Urteilskopf
119 II 401
81. Extrait de l'arręt de la IIe Cour civile du 8 juillet 1993 dans la cause époux X. contre canton de Neuchâtel (Département de justice) (recours de droit administratif)
Regeste
Schreibweise eines Vornamens (Art. 301 Abs. 4 ZGB, Art. 69 Abs. 2 ZStV). Unzulässigkeit der Schreibweise Djonatan für Jonathan: Weil rein phonetisch, ist sie absurd und verletzt daher die Interessen des Kindes.
Sachverhalt ab Seite 401
BGE 119 II 401 S. 401 Les époux X. ont eu un fils, né le 14 décembre 1992, auquel ils ont décidé de donner le prénom "Djonatan". L'Officier de l'état civil de la commune de Neuchâtel a refusé d'inscrire ce prénom dans la mesure oů sa graphie n'était pas celle qui est utilisée usuellement.Par décision du 1er février 1993, le Département de justice du canton de Neuchâtel, autorité de surveillance de l'état civil, a déclaré mal fondé le recours formé par les parents.Les époux X. ont déposé un recours de droit administratif auprčs du Tribunal fédéral. Ils demandaient que la décision attaquée fűt annulée et la cause renvoyée ŕ l'autorité cantonale pour nouvelle décision dans le sens des considérants. Le Tribunal fédéral a rejeté le recours. BGE 119 II 401 S. 402
Erwägungen
Extrait des considérants:
2. a) Aux termes de l'art. 301 al. 4 CC, les pčre et mčre choisissent le prénom de l'enfant. Cette rčgle est reprise par l'art. 69 OEC (al. 1) (RS 211.112.1), dont l'alinéa 2 précise que les prénoms manifestement préjudiciables aux intéręts de l'enfant ou de tiers, notamment les prénoms choquants ou absurdes, sont refusés, et qu'il en est de męme lorsque le sexe de l'enfant ne ressort pas de son ou de ses prénoms.b) Dans la décision déférée, l'autorité cantonale a estimé, en substance, que le prénom "Djonatan" devait ętre refusé, non parce qu'il est rare, voire nouveau, mais parce que la graphie choisie n'est pas correcte et peut créer des confusions perpétuelles. Dans sa réponse au recours, elle précise que ce prénom devient absurde en raison de la graphie voulue par les parents; il apparaît ainsi préjudiciable aux intéręts de l'enfant, qui se trouvera réguličrement confronté ŕ l'incompréhension, ŕ la surprise, voire ŕ la moquerie des autres, et qui risque de rencontrer de sérieuses difficultés dans ses relations personnelles, administratives ou professionnelles.c) Les recourants soutiennent que l'autorité cantonale a abusé de son pouvoir d'appréciation en refusant l'inscription du prénom "Djonatan" pour le seul motif que la graphie choisie ne serait pas correcte. Actuellement, font-ils valoir en se référant ŕ la doctrine, une grande variété rčgne dans la graphie des prénoms (cf. F. STURM, Le choix du prénom. La fantaisie et ses limites, Revue de l'état civil 1987 p. 294 ss, sp. p. 301 no 5); certains prénoms peuvent s'écrire de plusieurs maničres, laissées au libre choix des parents. A leur avis, le prénom "Djonatan" n'est ni choquant ni absurde, et ne porte donc pas préjudice aux intéręts de l'enfant: de nos jours, il n'est pas plus choquant de s'appeler Djonatan que d'ętre affublé d'un prénom désuet, tel Aristide, Alcide ou Lucius, que l'Officier de l'état civil inscrirait sans réserve.d) La graphie "Djonatan" marque, pour la premičre syllabe, la prononciation ŕ l'anglaise du prénom traditionnellement écrit "Jonathan". Ce prénom, d'origine biblique (nom porté par divers personnages masculins de l'Ancien Testament), n'est ni choquant ni absurde, et détermine le sexe de l'enfant; il est d'ailleurs indiqué, pour la Suisse alémanique et la Suisse romande, dans le guide des prénoms édité par l'Association suisse des officiers de l'état civil (éd. 1986). BGE 119 II 401 S. 403 Le Département fédéral de justice et police relčve que l'art. 69 al. 2 OEC n'impose pas d'utiliser la graphie traditionnelle d'un prénom. Ainsi "Jonathan" est parfois écrit "Jonatan" (Manuel international des prénoms, Francfort 1986). Mais cette derničre graphie paraît consacrée par l'usage dans certains pays ou régions: le Manuel international des prénoms la mentionne pour le Danemark et la Sučde, tandis que le guide des prénoms de l'Association suisse des officiers de l'état civil l'indique - et elle seule - pour la Suisse rhéto-romanche. Dans les pays anglo-saxons, en revanche, si l'on prononce "Djonathane", on écrit "Jonathan" (Manuel international des prénoms), de męme que, comme l'observe pertinemment l'autorité cantonale, on prononce "Djone", mais on écrit "John".Purement phonétique, la graphie "Djonatan" est absurde et, partant, préjudiciable aux intéręts de l'enfant. "Jonathan" s'écrivant, en français comme en anglais, avec un j initial et un h aprčs le t, la graphie insolite choisie par les recourants ne pourra qu'ętre une source de désagréments pour leur fils, qui devra constamment préciser l'orthographe de son prénom ou rectifier la maničre dont on l'aura écrit. A l'appui de leur choix, les recourants expliquent qu'ils ont trouvé mention de cette graphie dans un guide français des prénoms; ce n'est pas une raison suffisante: les parents ne peuvent user de la liberté accordée par l'art. 301 al. 4 CC que pour le bien de l'enfant, et le respect de la personnalité de ce dernier doit prévaloir sur les particularités de la personnalité des parents (ATF 109 II 95 consid. 7 p. 96; cf. ATF 107 II 26 consid. 2 p. 29).e) Il résulte de ce qui précčde que l'autorité cantonale n'a pas abusé de son pouvoir d'appréciation en confirmant le refus de l'Officier de l'état civil d'inscrire le prénom "Djonatan".