Urteilskopf
132 II 234
21. Extrait de l'arręt de la Cour de cassation pénale dans la cause X. contre Tribunal administratif du canton de Genčve (recours de droit administratif)6A.70/2005 du 13 mars 2006
Regeste
Art. 16c SVG; Mindestdauer des Führerausweisentzugs nach schwerer Widerhandlung; Definition der schweren Widerhandlung bei Geschwindigkeitsüberschreitung. In den Anwendungsfällen von Art. 16c SVG ist es selbst bei Vorliegen besonderer Umstände nicht möglich, den Führerausweis für eine kürzere als die vom Gesetz vorgesehene Dauer zu entziehen (E. 2). Wie unter altem Recht stellt eine innerorts begangene Geschwindigkeitsüberschreitung von 25 km/h eine schwere Widerhandlung dar (E. 3).
Sachverhalt ab Seite 235
BGE 132 II 234 S. 235 X., né en 1962, domicilié dans le canton de Genčve, exerce la profession de chauffeur de taxi depuis une vingtaine d'années. Il y a environ trois ans, il s'est mis ŕ son compte.Le 4 janvier 2005 vers 09h30, il a circulé ŕ 75 km/h dans le village de Coppet (Vaud) alors que la vitesse autorisée y est limitée ŕ 50 km/h.Le Préfet du district de Nyon a infligé ŕ X. une amende de 400 fr. pour violation grave des rčgles de circulation routičre au sens de l'art. 90 ch. 2 LCR. Ce prononcé n'a fait l'objet d'aucune opposition.Par décision du 29 juillet 2005 fondée sur l'art. 16c LCR, disposition entrée en vigueur au 1er janvier 2005 et relative au retrait du permis de conduire pour infraction grave, le Service des automobiles et de la navigation du canton de Genčve a ordonné ŕ l'encontre de X. un retrait du permis de conduire pour toutes les catégories et sous-catégories, d'une durée de trois mois. Il a cependant autorisé l'intéressé ŕ conduire des véhicules des catégories spéciales F (véhicules automobiles dont la vitesse n'excčde pas 45 km/h, ŕ l'exception des motocycles), G (véhicules automobiles agricoles dont la vitesse maximale n'excčde pas 30 km/h, ŕ l'exception des véhicules spéciaux) et M (cyclomoteurs) ainsi que les véhicules pour lesquels un permis de conduire n'est pas nécessaire.Par arręt du 25 octobre 2005, le Tribunal administratif du canton de Genčve a rejeté le recours de X.X. interjette un recours de droit administratif auprčs du Tribunal fédéral. Il conclut principalement au prononcé d'un avertissement. A titre subsidiaire, il demande que le retrait de trois mois soit limité ŕ ses activités privées et ŕ ętre autorisé, durant cette période, ŕ conduire dans le cadre de ses activités professionnelles.Invité ŕ se déterminer, le Tribunal administratif a simplement déclaré persister dans les considérants et le dispositif de son arręt.Le Tribunal fédéral a rejeté le recours.
Erwägungen
Extrait des considérants:
2. Le recourant se plaint pour l'essentiel d'une inégalité de traitement entre les chauffeurs professionnels et les autres conducteurs.
2.1 Il objecte principalement que la réglementation légale, en prévoyant une durée de retrait minimale de trois mois pour tous les BGE 132 II 234 S. 236conducteurs sans distinction, viole les principes constitutionnels de l'égalité (art. 8 Cst.) et de l'interdiction de l'arbitraire (art. 9 Cst.), au motif qu'elle soumettrait ŕ un régime identique des situations de fait différentes exigeant un traitement différent. Concrčtement, il estime que le principe de l'égalité exige des mesures de retrait différenciées pour les conducteurs professionnels et les autres conducteurs, au motif qu'un retrait du permis touche les premiers de maničre plus importante que les seconds; le législateur n'ayant pas fait de différences, il considčre que la loi en elle-męme est arbitraire.
2.2 A teneur de l'art. 191 Cst., le Tribunal fédéral est tenu d'appliquer les lois fédérales. Il n'est donc pas habilité ŕ en contrôler la constitutionnalité (ATF 131 II 562 consid. 3.2 p. 566 et les références). Il peut tout au plus leur appliquer le principe dit de l'interprétation conforme ŕ la constitution, si les (autres) méthodes d'interprétation laissent subsister un doute sur le sens d'une loi fédérale (ATF 129 II 249 consid. 5.4 p. 263 et les références).
2.3 Une interprétation de l'art. 16c LCR dans le sens d'un traitement différencié en faveur des chauffeurs professionnels, tel que le postule le recourant, est clairement exclue. Il ressort en effet des débats parlementaires que les Chambres n'entendaient pas, en particulier, qu'il puisse ętre dérogé aux durées minimales de retrait prévues en faveur de certaines catégories de chauffeurs particuličrement touchées par ce genre de mesure.Sous l'ancien droit, le Tribunal fédéral avait admis un retrait d'une durée inférieure au minimum légal en cas de circonstances particuličres. Le Conseil fédéral a proposé aux Chambres fédérales d'exclure cette possibilité ouverte par la jurisprudence (Message du 31 mars 1999, FF 1999 p. 4131). Le Conseil des Etats, lors de la premičre lecture, a prévu la possibilité de réduire la durée minimale du retrait en faveur de conducteurs professionnels dont les chauffeurs de taxi, mais uniquement pour certaines infractions moyennement graves au sens de l'art. 16b al. 1 let. a LCR (BO 2000 CE 214/215). En revanche, il l'a exclue en cas d'infraction grave au sens de l'art. 16c LCR (BO 2000 CE 215). Le Conseil national par contre a été plus sévčre et a opté pour la proposition du Conseil fédéral (BO 2001 CN 911). Le Conseil des Etats n'a alors pas insisté; il a adhéré ŕ la solution du Conseil national et du Conseil fédéral, renonçant ainsi également ŕ toute dérogation en faveur des chauffeurs professionnels (BO 2001 CE 562). La volonté du législateur de ne pas BGE 132 II 234 S. 237permettre au juge de prononcer un retrait de permis d'une durée inférieure ŕ la durée minimale prévue par la loi est donc manifeste. Au demeurant, elle ressort clairement de l'art. 16 al. 3 LCR, oů il est précisé que la nécessité professionnelle de conduire un véhicule doit ętre prise en considération pour fixer la durée du retrait, mais que la durée minimale du retrait ne peut pas ętre réduite.En outre, le retrait pour la durée minimale légale s'applique ŕ toutes les catégories de permis. Lors des débats devant le Conseil national, il a été proposé de permettre un retrait limité ŕ certaines catégories de permis, dans le but qu'un chauffeur professionnel puisse se voir interdire de conduire un véhicule privé tout en conservant l'autorisation de conduire dans l'exercice de sa profession. Cette proposition a été rejetée (BO 2001 CN 911/912). En conséquence, la différenciation des durées de retrait selon les catégories, afin d'éviter une rigueur excessive, n'est possible que sous réserve d'observer pour toutes les catégories la durée minimale fixée par la loi (art. 33 al. 5 de l'ordonnance du 27 octobre 1976 réglant l'admission des personnes et des véhicules ŕ la circulation routičre [OAC; RS 741.51]; cf. ATF 128 II 173 consid. 3b p. 175 s.).
3. Se pose encore la question de savoir si les critčres développés par la jurisprudence pour définir le cas grave au sens de l'ancien droit (art. 16 al. 3 let. a aLCR) sont encore pertinents sous le nouveau droit.
3.1 Selon l'ancien art. 16 al. 3 let. a LCR, le cas était grave et le permis de conduire devait ętre retiré si le conducteur avait compromis gravement (in schwerer Weise) la sécurité de la route. Cela supposait une violation grossičre d'une rčgle essentielle de la circulation créant un danger concret ou un danger abstrait accru. L'art. 16 al. 3 let. a aLCR correspondait ŕ l'art. 90 ch. 2 LCR (ATF 123 II 37 consid. 1b p. 38 s.). Le cas était par contre moyennement grave et n'entraînait qu'un retrait dit facultatif si le conducteur avait, par des infractions aux rčgles de la circulation, compromis la sécurité de la route ou incommodé le public (art. 16 al. 2 phr. 1 aLCR).Pour assurer l'égalité de traitement, la jurisprudence avait été amenée ŕ fixer des rčgles précises dans le domaine des excčs de vitesse. A l'intérieur des localités, le cas était considéré comme grave et le retrait était partant obligatoire dčs que le dépassement atteignait 25 km/h, nonobstant les circonstances particuličres du cas comme, notamment, des conditions de la circulation favorables ou une excellente réputation du conducteur en tant qu'automobiliste. Hors des BGE 132 II 234 S. 238localités et sur les autoroutes, le cas grave était retenu en cas de dépassements de respectivement 30 km/h et 35 km/h (ATF 128 II 86 consid. 2b p. 88; ATF 126 II 202 consid. 1a p. 204; ATF 124 II 475 consid. 2a p. 476 ss).
3.2 Aux termes de l'art. 16c al. 1 let. a LCR, dans sa nouvelle teneur, commet une infraction grave la personne qui, en violant les rčgles de la circulation, met sérieusement en danger la sécurité d'autrui (ernstliche Gefahr für die Sicherheit) ou en prend le risque. Elle ne commet par contre qu'une infraction moyennement grave lorsque, en violant les rčgles de la circulation, elle crée un danger pour la sécurité d'autrui ou en prend le risque (art. 16b al. 1 let. a LCR). Ces définitions du cas grave et du cas moyennement grave dans le nouveau droit correspondent ŕ celles de l'ancien droit. Cela est au demeurant conforme ŕ la volonté clairement exprimée par le législateur qui a notamment précisé que, sur le fond, l'art. 16c al. 1 let. a LCR ne subissait aucune modification par rapport ŕ l'art. 16 al. 3 let. a aLCR, dont il ne s'agissait que d'adapter le libellé ŕ celui de l'art. 90 ch. 2 LCR (FF 1999 p. 4134). Et pour ce qui concerne plus particuličrement les excčs de vitesse, le législateur s'est expressément référé aux catégories fixées par la jurisprudence en la matičre (FF 1999 p. 4131). Celles-ci se retrouvent au demeurant ŕ l'art. 38 ch. 2 let. a OAC. Cette disposition, adoptée le 28 avril 2004 et mise en vigueur en męme temps que la révision de la LCR au 1er janvier 2005, permet ŕ la police de saisir sur-le-champ le permis de conduire lorsque le conducteur dépasse la limite de respectivement 30, 35 et 40 km/h ŕ l'intérieur des localités, hors des localités et sur autoroutes. Il s'agit lŕ des limites fixées par la jurisprudence précitée pour retenir le cas grave, augmentées chaque fois de 5 km/h.La révision du droit de la circulation routičre entrée en vigueur le 1er janvier 2005 ne touche donc pas ŕ la définition du cas grave, qui reste la męme ŕ l'art. 16c LCR et ŕ l'art. 90 ch. 2 LCR. Elle ne met pas non plus en cause la jurisprudence en matičre de retrait de permis pour excčs de vitesse. Il y a donc lieu de retenir que, sous le nouveau droit aussi, un dépassement de 25 km/h de la vitesse autorisée dans une localité constitue un cas grave. Certes, l'art. 16c al. 2 let. a LCR prévoit des sanctions massivement plus sévčres que l'ancien droit avec une durée minimale du retrait trois fois plus longue. Mais cette sévérité accrue a été expressément voulue par le législateur afin de renforcer la sécurité et, partant, d'épargner des vies BGE 132 II 234 S. 239humaines et des blessés (FF 1999 p. 4130). Il ne peut qu'en ętre pris acte. Elle n'entraîne dčs lors pas de modification de la notion de cas grave.