Urteilskopf
140 III 75
14. Extrait de l'arręt de la Ire Cour de droit civil dans la cause X. AG contre Z. (recours en matičre civile)4A_490/2013 du 28 janvier 2014
Regeste
Internationale Schiedsgerichtsbarkeit; Fällung des Entscheids nach Ablauf des Amtes des Einzelschiedsrichters. Prüfung der Fälle, in denen der Schiedsrichtervertrag vor dem Urteilsspruch enden kann (E. 3.2.1). Anwendung auf die Umstände des konkreten Falles (E. 3.2.2 und 3.3). Ein Entscheid, der nach Erlöschen der Amtsbefugnisse des Einzelschiedsrichters ergeht, ist mit Beschwerde wegen Unzuständigkeit im Sinne von Art. 190 Abs. 2 lit. b IPRG anfechtbar (E. 4.1).
Sachverhalt ab Seite 75
BGE 140 III 75 S. 75
A. Par contrats de location signés les 14 juin 2002 et 8 mai 2003, X. AG (ci-aprčs: la recourante), société anonyme de droit suisse, a remis ŕ bail ŕ Z. (ci-aprčs: l'intimée), société anonyme de droit français, deux avions ŕ hélices destinés au transport de passagers et de fret. Les deux contrats étaient régis par le droit suisse quant au fond. Une clause compromissoire identique, incluse dans chacun d'eux, BGE 140 III 75 S. 76fixait le sičge de l'arbitrage ŕ Genčve et confiait ŕ un arbitre unique, nommé par le "Tribunal de Genčve", le soin de trancher, dans les meilleurs délais, tout différend que les parties auraient été incapables de régler dans les dix jours.
B. Un litige survenu entre les parties au sujet de l'exécution de leurs obligations respectives a donné lieu ŕ la mise en oeuvre de la procédure arbitrale prévue par les deux contrats de location.En avril 2010, un avocat genevois, désigné conjointement par les parties en qualité d'arbitre unique (ci-aprčs: l'arbitre), a accepté d'arbitrer ce litige. Le Tribunal de premičre instance du canton de Genčve a entériné cette désignation par jugement du 27 mai 2010. La procédure proprement dite a débuté le 7 juin 2010, par le dépôt de la demande d'arbitrage, pour prendre fin le 4 mai 2011, ŕ l'issue de l'audience de plaidoiries, lorsque l'arbitre a gardé la cause ŕ juger. Aprčs leur constitution, en date du 13 janvier 2012, les conseils actuels de la recourante sont intervenus une premičre fois auprčs de l'arbitre, ŕ la mi-juin 2012, pour connaître l'état d'avancement de son travail de délibération. Il leur a été répondu que la sentence serait rendue, en principe, ŕ la fin de ce mois-lŕ. Les mandataires de la recourante ont relancé l'arbitre ŕ une dizaine de reprises. N'ayant rien obtenu de concret, en dépit de diverses promesses précises de l'intéressé, ils se sont faits plus pressants au fil du temps.L'arbitre a finalement rendu sa sentence le 3 septembre 2013. Le conseil de l'intimée en a reçu un exemplaire le męme jour, l'étude des mandataires de la recourante le lendemain.En annexe ŕ une lettre du 6 septembre 2013, l'arbitre a adressé un dispositif rectificatif aux avocats des parties.
C. Le 4 octobre 2013, la recourante a saisi le Tribunal fédéral d'un recours en matičre civile aux fins d'obtenir l'annulation de la sentence et de son complément. Elle a fait valoir, ŕ titre principal, que l'arbitre unique avait été irréguličrement désigné (art. 190 al. 2 let. a LDIP [RS 291]).Par arręt du 28 janvier 2014, le Tribunal fédéral a admis le recours et annulé la sentence du 3 septembre 2013 telle que rectifiée le 6 septembre 2013. (résumé) BGE 140 III 75 S. 77
Erwägungen
Extrait des considérants:
3.
3.2
3.2.1 Le contrat d'arbitre - receptum arbitrii ou arbitri (cf. ATF 136 III 597 consid. 5 p. 600; sur la terminologie, voir THOMAS CLAY, L'arbitre, Paris 2001, p. 487-498) - désigne la relation contractuelle qui se noue entre l'arbitre et les parties. Il participe de la nature mixte de l'arbitrage, lequel revęt un caractčre contractuel par sa source et juridictionnel par son objet (FOUCHARD/GAILLARD/GOLDMAN, Traité de l'arbitrage commercial international, Paris 1996, n. 1122). L'arbitre, tel le juge étatique, est investi du pouvoir de trancher un différend par une sentence équivalant ŕ un jugement, mais il tient ce pouvoir de la volonté des parties (KAUFMANN-KOHLER/RIGOZZI, Arbitrage international, Droit et pratique ŕ la lumičre de la LDIP, 2e éd. 2010, n. 24). Le contrat d'arbitre est souvent qualifié de mandat sui generis, mais les rčgles du mandat (art. 394 ss CO) sont largement exclues par le statut de l'arbitre, s'agissant notamment des conditions dans lesquelles ce contrat prend fin (PIERRE-YVES TSCHANz, in Commentaire romand, Loi sur le droit international privé, Convention de Lugano, 2011, n° 55 ad art. 179 LDIP). Le contrat d'arbitre s'éteint normalement en męme temps que l'instance, c'est-ŕ-dire, dans la grande majorité des cas, lorsque la sentence finale est rendue (pour autant qu'elle ne soit pas nulle ni annulée) voire, plus rarement, suite ŕ un retrait d'instance, que ce soit par un désistement ou par une transaction. Il peut toutefois se terminer de maničre anticipée, pendente lite, en particulier si l'arbitre décčde, s'il est récusé, s'il est révoqué par les parties, s'il est destitué par le juge ou s'il démissionne (TSCHANZ, op. cit., n° 60 ad art. 179 LDIP; POUDRET/BESSON, Comparative Law of International Arbitration, 2e éd. 2007, n. 430).Selon l'art. 179 al. 1 LDIP, les arbitres sont révoqués conformément ŕ la convention des parties. La révocation (Abberufung, revocation) émane de celles-ci. Non soumise, en principe, ŕ l'exigence d'une forme particuličre, contrairement ŕ ce qui prévaut en matičre d'arbitrage interne (cf. l'art. 370 al. 1 du Code de procédure civile du 19 décembre 2008 [CPC; RS 272]qui requiert un accord écrit), elle peut intervenir en tout temps et sans motifs, mais doit émaner de toutes les parties ŕ l'arbitrage. D'oů l'expression de révocation BGE 140 III 75 S. 78conjointe, souvent utilisée pour qualifier cette manifestation de volonté. La révocation est possible męme ŕ l'égard d'un arbitre désigné par un tiers ou par le juge d'appui. L'arbitre visé ne peut pas s'y opposer (BERGER/KELLERHALS, International and Domestic Arbitration in Switzerland, 2e éd. 2010, n. 843-848; LALIVE/POUDRET/REYMOND, Le droit de l'arbitrage interne et international en Suisse, 1989, n° 9 ad art. 179 LDIP).Le concept de révocation, auquel l'art. 179 al. 1 LDIP se réfčre, inclut aussi celui de destitution (Absetzung, removal; BERGER/KELLERHALS, op. cit., n. 851; KAUFMANN-KOHLER/RIGOZZI, op. cit., n. 413b; LALIVE/POUDRET/REYMOND, op. cit., n° 10 ad art. 179 LDIP et les auteurs cités). La destitution désigne la fin de la mission d'un arbitre prononcée par un juge ou par une institution d'arbitrage ŕ la requęte d'une partie en cas de justes motifs tenant ŕ la personne de l'arbitre (BERGER/KELLERHALS, op. cit., n. 849-856, spéc. n. 852; POUDRET/BESSON, op. cit., n. 431; LALIVE/POUDRET/REYMOND, ibid.) mais ne constituant pas des motifs de récusation (KAUFMANN-KOHLER/RIGOZZI, ibid.). Elle se justifie, en particulier, comme le rappelle l'art. 370 al. 2 CPC pour l'arbitrage interne, lorsqu'un arbitre n'est pas en mesure de remplir sa mission en temps utile ou ne s'en acquitte pas avec la diligence requise. A défaut d'une convention des parties établissant directement ou indirectement (par référence ŕ un rčglement d'arbitrage) des rčgles en la matičre, c'est le juge du sičge du tribunal arbitral (juge d'appui) qui sera saisi de la requęte ad hoc et qui appliquera par analogie la disposition précitée, conformément ŕ l'art. 179 al. 2 LDIP. Il sied de rappeler ici que les parties sont tombées d'accord pour appliquer la loi de procédure civile du 10 avril 1987 du canton de Genčve (LPC/GE) jusqu'ŕ la fin de la procédure arbitrale, nonobstant l'entrée en vigueur du CPC. Dčs lors, en vertu de l'art. 461B al. 1 let. a LPC/GE, c'est le Tribunal de premičre instance du canton de Genčve qui était compétent pour destituer l'arbitre unique. Il l'eűt d'ailleurs aussi été sous l'empire du nouveau droit de procédure civile (voir l'art. 86 al. 2 let. d de la loi genevoise du 26 septembre 2010 sur l'organisation judiciaire [LOJ; RSG E 2 05] en liaison avec les art. 370 al. 2 et 356al. 2 let. a CPC).La démission d'un arbitre en cours de procédure ne fait l'objet d'aucune disposition spécifique dans le droit suisse de l'arbitrage interne et international (BERGER/KELLERHALS, op. cit., n. 857). Le contrat d'arbitre n'étant pas un mandat pur et simple, il échappe ŕ la rčgle, ancrée ŕ BGE 140 III 75 S. 79l'art. 404 al. 1 CO, selon laquelle le mandat peut ętre répudié en tout temps (LALIVE/POUDRET/REYMOND, op. cit., n° 8 ad art. 179 LDIP). Aussi est-il communément admis que l'arbitre n'est en droit de démissionner que pour de justes motifs (ATF 117 Ia 166 consid. 6c p. 169 et les auteurs cités; KAUFMANN-KOHLER/RIGOZZI, op. cit., n. 413c; pour des exemples de justes motifs, cf. BERGER/KELLERHALS, op. cit., n. 861). Si toutes les parties ŕ la procédure acceptent la démission d'un arbitre, cette acceptation a le męme effet qu'une révocation. Dans l'hypothčse inverse, ŕ défaut de rčgles topiques résultant de la convention des parties ou du rčglement d'arbitrage choisi par elles, c'est le juge d'appui qui statuera sur la validité de la démission litigieuse (BERGER/KELLERHALS, op. cit., n. 863). Pour le surplus, quant ŕ sa nature juridique, la démission s'apparente ŕ la répudiation du mandat. Comme celle-ci, elle consiste dans l'exercice d'un droit formateur résolutoire qui éteint le rapport de droit que les parties avaient noué avec l'arbitre unique en concluant le contrat d'arbitre (cf. PIERRE ENGEL, Traité des obligations en droit suisse, 2e éd. 1997, p. 30). A l'instar de la répudiation du mandat, la démission sortit ses effets ex nunc, soit immédiatement, soit ŕ l'expiration du délai si elle est donnée pour un terme déterminé (cf. JOSEF HOFSTETTER, Der Auftrag und die Geschäftsführung ohne Auftrag, SPR vol. VII, 2e éd. 2000, p. 58). Assortir la répudiation du mandat ou la démission d'une condition est d'ordinaire peu compatible avec le principe de la sécurité du droit. Cependant, une répudiation ou une démission conditionnelle ne saurait ętre exclue d'emblée, de męme qu'une révocation conditionnelle du mandat d'ailleurs, pour peu qu'il n'en résulte pas une situation incertaine dans la personne du destinataire de la manifestation de volonté. Est ainsi généralement tenue pour admissible la révocation ou la répudiation du mandat assortie d'une condition potestative dont la réalisation dépend de la seule volonté du mandataire ou du mandant, telle la révocation d'ores et déjŕ signifiée au mandataire pour le cas oů il n'exécuterait pas ses obligations contractuelles dans un certain délai (HOFSTETTER, ibid.; WALTER FELLMANN, Commentaire bernois, 1992, n° 38 ad art. 404 CO; ROLF H. WEBER, in Commentaire bâlois, Obligationenrecht, vol. I, 5e éd. 2011, n° 6 ad art. 404 CO).Il est une derničre hypothčse dans laquelle le contrat d'arbitre peut prendre fin avant le prononcé de la sentence. Les parties ont, en effet, le droit de limiter, dans la convention d'arbitrage ou dans un accord ultérieur, la durée de la mission du tribunal arbitral. Cette BGE 140 III 75 S. 80faculté, que leur réserve l'art. 366 al. 1 CPC s'agissant d'un arbitrage interne, doit aussi leur ętre reconnue en matičre d'arbitrage international (POUDRET/BESSON, op. cit., n. 452 dernier §; BERGER/KELLERHALS, op. cit., n. 916; PHILIPP HABEGGER, in Commentaire bâlois, Schweizerische Zivilprozessordnung, 2e éd. 2013, n° 1a ad art. 366 CPC). Sans doute, dans l'un et l'autre domaine, est-il prévu - expressément (art. 366 al. 2 CPC) ou indirectement par la mise en oeuvre des art. 179 al. 1 et 185 LDIP - que ce délai puisse ętre prolongé par convention entre les parties, voire, ŕ la demande de l'une d'elles (ou encore du tribunal arbitral dans un arbitrage interne en tout cas, cf. art. 366 al. 2 let. b CPC), par une décision du juge d'appui (BERGER/KELLERHALS, ibid.; HABEGGER, ibid.). Toujours est-il que, si une telle prolongation n'est pas requise ou qu'elle ne soit pas accordée, la sentence finale n'interviendra, le cas échéant, qu'au-delŕ de la date butoir fixée ŕ l'arbitre pour l'exécution de sa mission (sur les risques que comporte la limitation de cette mission dans le temps, cf. PHILIPPE SCHWEIZER, in CPC, Code de procédure civile commenté, 2011, nos 1-6 ad art. 366 CPC).
3.2.2 Il y a lieu de rechercher maintenant si les manifestations de volonté émanant des parties et de l'arbitre, telles qu'elles ressortent des faits retenus plus haut, présentent les traits distinctifs de l'un ou l'autre des cas de figure qui viennent d'ętre envisagés sur le plan théorique. Cela suppose d'en établir le sens en conformité avec les rčgles générales régissant l'interprétation de telles manifestations, que ces derničres revętent un caractčre unilatéral ou bilatéral (cf. arręt 4A_219/2013 du 4 septembre 2013 consid. 3.2 et les précédents cités). Ainsi, en vertu du principe de la confiance, l'accent sera mis sur la maničre dont le destinataire de la manifestation de volonté considérée pouvait comprendre celle-ci de bonne foi en fonction de l'ensemble des circonstances. L'auteur de cette manifestation de volonté devra s'en laisser imputer le sens objectif quand bien męme il ne correspondrait pas ŕ sa volonté intime (ATF 135 III 410 consid. 3.2). L'hypothčse d'une destitution de l'arbitre peut ętre écartée d'emblée en l'espčce. Il est, en effet, constant que le Tribunal de premičre instance n'a pas été saisi d'une requęte ad hoc par l'une ou l'autre des parties. Il aurait pu l'ętre, ŕ vrai dire, et les conseils de la recourante avaient d'ailleurs menacé par deux fois l'arbitre d'en appeler au juge d'appui. Ils ont toutefois opté pour une autre solution par la suite, BGE 140 III 75 S. 81d'entente avec l'intimée, ce qu'il leur était loisible de faire du moment que la loi établit la primauté de la convention des parties en la matičre (cf. art. 179 al. 1 et 2 LDIP).Bien plus délicat est, en revanche, le point de savoir auquel des autres cas de figure envisagés plus haut les manifestations de volonté litigieuses doivent ętre rattachées. Pour trancher cette question, il y a lieu d'interpréter, en les replaçant dans leur contexte, les écrits échangés de part et d'autre pendant la période allant du 3 juin au 4 septembre 2013.Il en appert, tout d'abord, que, si l'arbitre, dans son courrier électronique du 3 juin 2013, a offert sa démission, sous réserve de l'accord des parties, pour le cas oů la sentence ne serait pas rendue ŕ la date du 30 juin 2013, il ne l'a pas fait de sa propre initiative, mais en réponse ŕ une suggestion formulée dans un courriel du męme jour par le directeur de la recourante. Il a du reste qualifié cette suggestion de dure (tough proposal) et sa conduite ultérieure - demande d'octroi d'un délai de grâce et notification de la sentence aux conseils des parties en dépit de l'expiration de ce délai - démontre, si besoin est, qu'il n'entendait pas faire valoir un juste motif, tenant ŕ sa personne ou ŕ d'autres facteurs, qui l'aurait empęché de poursuivre sa mission et de la mener jusqu'ŕ son terme. Force est de souligner, ensuite, que les conseils des parties ne sont pas restés sans réaction ŕ réception de l'offre de démission conditionnelle de l'arbitre. De fait, dans la lettre qu'il a rédigée le 8 aoűt 2013 sur papier ŕ en-tęte de son étude et qui a finalement été envoyée ŕ l'arbitre le 27 du męme mois, l'un des conseils de la recourante, constatant que le délai proposé par l'arbitre lui-męme avait expiré sans qu'une sentence n'ait été rendue, a déclaré accepter l'offre de démission sous la męme condition, mais avec un nouveau délai fixé au 30 aoűt 2013. Quant au conseil de l'intimée, il a contresigné cette lettre pour accord. A la date du 27 aoűt 2013 toujours, l'arbitre a répondu aux deux mandataires pour leur signifier qu'il se voyait contraint d'accepter leurs conditions, tout en réclamant une ultime prolongation de ce nouveau délai jusqu'au lundi 2 septembre 2013, ce qu'ils ont accepté par un fax du męme jour portant leurs deux signatures en précisant que sa démission serait effective ŕ cette derničre date ŕ 17h00 au cas oů ils n'auraient pas reçu la sentence d'ici lŕ. Sur quoi, l'arbitre leur a indiqué, dans un courriel du 28 aoűt 2013, qu'il acceptait les termes de ce dernier écrit.La volonté ainsi manifestée, au terme de l'instance arbitrale, par les protagonistes de la cause en litige n'est pas d'une clarté telle qu'elle BGE 140 III 75 S. 82présenterait les caractéristiques de l'une seulement des trois causes d'extinction prématurée du contrat d'arbitre susmentionnées (en sus de la destitution), ŕ l'exclusion des deux autres. Pour ce qui est de la démission, si l'arbitre a bien écrit "I shall resign" dans son courriel du 3 juin 2013, on vient de souligner qu'il ne l'a pas fait de son plein gré parce qu'il entendait en réalité poursuivre sa mission malgré le retard accumulé par lui dans la mise en oeuvre de celle-ci. Il paraît donc difficile d'admettre, en l'occurrence, l'existence d'une démission stricto sensu, autrement dit l'exercice par l'arbitre d'un droit formateur résolutoire (la répudiation du mandat sui generis) soumis ŕ la condition potestative et suspensive de l'absence de notification de la sentence dans le délai imparti. Si l'hypothčse d'une démission conditionnelle devait ętre néanmoins retenue ici, encore faudrait-il préciser que cet acte formel a été accompli contre le gré de son auteur, sous la pression des événements. Une révocation conjointe et conditionnelle de l'arbitre par les parties pourrait également ętre retenue dčs lors que les mandataires de celles-ci ont expressément accepté la proposition de démission conditionnelle que l'arbitre leur avait soumise. Cette figure juridique correspondrait sans doute mieux que celle de la démission ŕ la volonté commune exprimée par ces mandataires de sanctionner, de guerre lasse, l'inaction ou, ŕ tout le moins, l'extręme manque de diligence de l'arbitre par une révocation. Vrai est-il toutefois, bien que cela ne soit pas décisif, que ce dernier terme n'apparaît pas dans les écrits précités. Le comportement des parties pourrait enfin ętre regardé comme un accord passé en cours d'instance par celles-ci en vue de limiter la durée de la mission de l'arbitre. Cependant, pareille construction juridique n'expliquerait gučre la participation active de l'intéressé aux discussions qui ont eu lieu quant ŕ la poursuite et ŕ la fin de sa mission.Quoi qu'il en soit, les circonstances de la cause révčlent clairement la volonté concordante des deux parties ŕ la procédure d'arbitrage considérée de voir le contrat d'arbitre prendre fin ipso facto le 2 setembre 2013 ŕ 17h00 au cas oů l'une d'elles n'aurait pas reçu la sentence finale avant cette date couperet. Il en ressort tout aussi nettement que l'arbitre unique ne pouvait pas comprendre autrement, selon les rčgles de la bonne foi, la volonté manifestée de la sorte par ses deux mandantes. Il apparaît, en définitive, que la cause de l'extinction prématurée des pouvoirs de l'arbitre doit ętre recherchée davantage dans un accord tripartite conclu ŕ cet effet par chacune des parties avec l'autre, d'une part, et par les deux parties conjointement BGE 140 III 75 S. 83avec l'arbitre, d'autre part, que dans une simple démission de l'arbitre ou dans la révocation de celui-ci par une décision commune des deux mandantes.Il suit de lŕ que les objections soulevées par l'intimée pour exclure que le contrat d'arbitre ait valablement pu prendre fin ŕ la date et ŕ l'heure fixées dans le fax du 27 aoűt 2013 ne peuvent pas ętre retenues. Ainsi en va-t-il de l'argument fondé sur la jurisprudence voulant que l'arbitre ne puisse mettre fin ŕ sa mission qu'en invoquant de justes motifs. Semblable argument ne tient pas compte de ce que l'extinction du contrat d'arbitre n'a pas été le fait d'une décision unilatérale de l'arbitre de mettre un terme ŕ sa mission parce qu'il aurait estimé avoir des raisons de répudier son mandat, mais la conséquence d'un accord que les deux parties avaient passé avec l'intéressé ŕ cette fin. N'est pas plus fondé le moyen pris de l'effet guérisseur (sanatio) qu'aurait produit l'acceptation par l'intimée de la sentence qui lui a été notifiée aprčs la survenance du délai ultime imparti ŕ l'arbitre pour procéder ŕ la notification de cette décision. De fait, il serait contraire, ŕ la fois au principe pacta sunt servanda et ŕ la rčgle du parallélisme des formes, de permettre ŕ une partie ŕ un accord bilatéral ou multilatéral d'en écarter les conséquences de son chef par un acte unilatéral, telle la réception de la sentence. Pareil acte n'eűt donc été concluant, en l'espčce, que si la recourante avait agi de męme en acceptant, elle aussi, sans formuler la moindre réserve, la notification tardive de la sentence. Or, il n'en a rien été, comme cela ressort des faits relatés dans le présent arręt.
3.3 Dčs lors, force est de constater, en guise de conclusion intermédiaire, que la sentence litigieuse, datée du 3 septembre 2013, a été rendue aprčs que la mission de l'arbitre unique avait pris fin, le 2 septembre 2013 ŕ 17h00.
4.
4.1 Une sentence rendue postérieurement ŕ l'expiration de la mission de l'arbitre unique ou du tribunal arbitral n'est pas nulle, mais annulable sur recours. L'art. 36 let. g du concordat sur l'arbitrage du 27 mars 1969 (CA; RO 1969 1117) érigeait ce vice de procédure en motif de recours, en prévoyant que la sentence pouvait ętre attaquée en nullité "lorsque le tribunal arbitral a[vait] statué aprčs l'expirationdu délai qui a[vait] pu lui ętre imparti pour remplir sa mission". Ledroit actuel de l'arbitrage international et interne en Suisse ne contient pas de disposition spécifique comparable ŕ la rčgle concordataire BGE 140 III 75 S. 84abrogée. Dans sa grande majorité, la doctrine considčre le vice de procédure en question comme un problčme de compétence ratione temporis visé par l'art. 190 al. 2 let. b LDIP (arbitrage international) ou par l'art. 393 let. b CPC (arbitrage interne), car le tribunal arbitral ou l'arbitre unique, en statuant hors délai, s'arrogerait implicitement une compétence qu'il n'a plus (cf. parmi d'autres: BERGER/KELLERHALS, op. cit., n. 917; RÜEDE/HADENFELDT, Schweizerisches Schiedsgerichtsrecht, 2e éd. 1993, p. 371 1er §; LALIVE/POUDRET/REYMOND, op. cit., n° 4g ad art. 36 CA; PIERRE JOLIDON, Commentaire du Concordat suisse sur l'arbitrage, 1984, n° 10b ad art. 36 CA; SCHWEIZER, op. cit., n° 14 ad art. 370 CPC; HABEGGER, op. cit., n° 11 ad art. 366 CPC; STEFAN GRUNDMANN, in Kommentar zur Schweizerischen Zivilprozessordnung [ZPO], Sutter-Somm/Hasenböhler/Leuenberger [éd.],2e éd. 2013, n° 10 ad art. 366 CPC; RICHARD GASSMANN, in Schweizerische Zivilprozessordnung [ZPO], Baker & McKenzie [éd.], 2010,n° 3 ad art. 366 CPC; FELIX DASSER, in ZPO, Oberhammer [éd.], 2010, n° 6 ad art. 366 CPC; PLANINIC/KUBAT ERK, in ZPO Kommentar, Schweizerische Zivilprozessordnung, Gehri/Kramer [éd.], 2010, n° 8 ad art. 366 CPC). Quelques auteurs réservent cependant la possibilité d'admettre que le tribunal arbitral ou l'arbitre unique qui statue aprčs l'expiration du délai assigné ŕ sa mission doit ętre assimilé ŕ un tribunal arbitral irréguličrement composé, respectivement ŕ un arbitre unique irréguličrement désigné au sens des art. 190 al. 2 let. a LDIP et 393 let. a CPC (SCHWEIZER, ibid. [ŕ titre trčs éventuel];SCHWANDER/STACHER, in Schweizerische Zivilprozessordnung [ZPO],Brunner/Gasser/Schwander [éd.], 2011, n° 3 ad art. 366 CPC).En théorie, les deux constructions juridiques pourraient s'appliquer au vice de procédure examiné. Aussi bien, l'arbitre unique (ou le tribunal arbitral) qui statue aprčs que sa mission a expiré peut-il ętre regardé ŕ la fois comme une personne usurpant les pouvoirs d'un arbitre (ou d'un tribunal arbitral) et comme un arbitre (ou un tribunal arbitral) ayant dépassé les limites temporelles de sa compétence juridictionnelle. Si l'on s'en tient toutefois ŕ la délimitation jurisprudentielle du champ d'application de l'art. 190 al. 2 let. a LDIP, la préférence doit ętre donnée ŕ la seconde construction juridique. En effet, comme le Tribunal fédéral l'a rappelé récemment (arręt 4A_282/2013 du 13 novembre 2013 consid. 4), par régularité de la constitution du tribunal arbitral ou de la désignation de l'arbitre unique, au sens de cette disposition, il faut entendre la maničre dont le ou les arbitres ont été nommés ou remplacés (art. 179 LDIP) et les questions relatives ŕ leur indépendance (art. 180 LDIP). Or, vue sous l'angle BGE 140 III 75 S. 85restrictif ainsi défini par la jurisprudence, la position de l'arbitre ou du tribunal arbitral qui statue hors délai n'est pas assimilable ŕ celle d'un arbitre ou d'un tribunal qui n'aurait pas été réguličrement nommé ou remplacé; elle s'apparente davantage ŕ celle d'un arbitre ou d'un tribunal arbitral dont la désignation ne souffre aucune discussion, mais qui a simplement omis de respecter la limite dans le temps qui avait été fixée ŕ sa compétence juridictionnelle. Cela étant, il n'échappe pas ŕ la Cour de céans que le critčre distinctif permettant d'écarter une construction juridique au profit de l'autre demeure assez flou. La sécurité du droit commande néanmoins de trancher la question. On le fera en traitant le vice de procédure considéré comme un motif de recours au sens de l'art. 190 al. 2 let. b LDIP ou de l'art. 393 let. b CPC.Dans le cas concret, la recourante, quant ŕ elle, s'est fondée exclusivement sur l'art. 190 al. 2 let. a LDIP pour fustiger le comportement de l'arbitre. A la rigueur du droit et, singuličrement, de la jurisprudence relative ŕ l'art. 77 al. 3 LTF, elle pourrait se voir reprocher de n'avoir pas invoqué le moyen pertinent dans son mémoire de recours (cf. arręt 4A_538/2012 du 17 janvier 2013 consid. 4.3.1). Toutefois, déclarer son recours irrecevable pour ce seul motif reviendrait ŕ faire preuve d'un formalisme excessif, étant donné l'incertitude qui régnait jusqu'ŕ ce jour sur la question de la disposition - l'art. 190 al. 2 let. a LDIP ou l'art. 190 al. 2 let. b LDIP - entrant en ligne de compte. On y renoncera donc. L'intimée n'a, du reste, soulevé aucune objection en ce qui concerne le choix du grief formulé par la recourante.Dčs lors, la sentence finale attaquée doit, en principe, ętre annulée au motif, prévu ŕ l'art. 190 al. 2 let. b LDIP, que l'arbitre unique s'est déclaré ŕ tort compétent pour la rendre aprčs que ses pouvoirs s'étaient éteints.