Urteilskopf
141 III 245
35. Extrait de l'arręt de la Ire Cour de droit civil dans la cause A. contre A.B. et consorts (recours en matičre civile)4A_606/2014 du 7 juillet 2015
Regeste a
Begehren um Herabsetzung des Mietzinses während der Mietdauer (Art. 270a OR); absolute Berechnungsmethode (Art. 269 OR). Das für die Ertragsberechnung massgebende Datum ist der Tag, an dem der Mieter sein Begehren um Herabsetzung des Mietzinses spätestens der Post übergeben musste, damit dieses den Vermieter vor Ablauf der Kündigungsfrist erreicht (Bestätigung der Rechtsprechung; E. 3).
Regeste b
Einbezug von Eigenmitteln, die in umfassende Arbeiten investiert wurden, in die Ertragsberechnung. Unterscheidung zwischen wertvermehrenden Arbeiten und Unterhaltsarbeiten, bzw. zwischen ordentlichen und ausserordentlichen Unterhaltsarbeiten (E. 6.3-6.6).
Sachverhalt ab Seite 246
BGE 141 III 245 S. 246
A. Par contrat de bail ŕ loyer prenant effet le 1er avril 1988, les bailleurs A.B., B.B. et C.B. ont cédé au locataire A. l'usage de locaux au premier sous-sol d'un immeuble situé ŕ Lausanne. Conclu pour une durée initiale de cinq ans, le bail était ensuite renouvelable de cinq ans en cinq ans, sauf avis de résiliation signifié un an ŕ l'avance. Le loyer pouvait ętre adapté une fois par an en fonction de l'indice suisse des prix ŕ la consommation (IPC).Les bailleurs avaient acquis en juillet 1987 le lot de propriété par étages comprenant notamment lesdits locaux. Ils ont effectué des travaux en 1988 (500'000 fr.) et en 2009 (152'111 fr.), qu'ils ont entičrement financés avec leurs fonds propres, tout comme le prix d'acquisition du lot.Le loyer mensuel net a été fixé en dernier lieu ŕ 2'312 fr.
B.
B.a Par courrier du 29 novembre 2011, le locataire a exigé que son loyer soit baissé ŕ 1'000 fr. par mois avec effet au 31 mars 2013; il soutenait que la chose louée procurait un rendement excessif aux bailleurs. Au jour de cette demande, le taux hypothécaire de référence était de 2,75 %.Le conseil des bailleurs a répondu le 30 novembre 2011 qu'aucun élément ne justifiait d'entrer en matičre sur cette prétention "exorbitante", mais s'est réservé le droit de recontacter le locataire aprčs que ses clients auraient analysé la situation.Le 1er décembre 2011, le taux hypothécaire a baissé ŕ 2,5 %. Il a encore chuté ŕ 2,25 % le 1er juin 2012, puis ŕ 2 % le 3 septembre 2013.BGE 141 III 245 S. 247 Le locataire a saisi l'autorité de conciliation, puis porté l'action devant le Tribunal des baux du canton de Vaud, concluant par demande du 28 février 2012 ŕ ce que le loyer soit fixé ŕ 1'000 fr. dčs le 1er avril 2013, charges en sus.Le 3 février 2012, le locataire a réitéré sa demande en réduction de loyer auprčs des bailleurs, afin de ne pas ętre déchu de ses droits dans l'hypothčse oů le courrier du 30 novembre 2011 serait interprété comme un refus de baisser le loyer. Aprčs l'échec de la conciliation, il a saisi le Tribunal des baux le 19 avril 2012 d'une nouvelle demande contenant des conclusions identiques ŕ celle du 28 février 2012.
B.b Le Tribunal des baux a ordonné la jonction des procédures. Par jugement du 17 juillet 2013, il a rejeté la demande déposée le 28 février 2012 et déclaré sans objet celle du 19 avril 2012.Sur le fond, le tribunal a retenu que les parties étaient liées par un contrat de bail ŕ loyer indexé; le locataire était donc en droit de demander une diminution de loyer pour l'échéance contractuelle du 1er avril 2013 en invoquant la méthode absolue du rendement net. Le tribunal a procédé au calcul de rendement en se plaçant ŕ la date de la demande en réduction de loyer, soit le 29 novembre 2011. En conséquence, il s'est fondé sur le taux hypothécaire en vigueur ŕ ce moment-lŕ (2,75 %) et sur l'IPC d'octobre 2011, soit le dernier indice connu au jour de cette demande. Il a renoncé ŕ prendre en compte les charges immobiličres de l'année 2011 au motif qu'elles n'étaient pas encore connues en date du 29 novembre 2011. Par ailleurs, il a décidé d'intégrer l'entier des travaux financés par des fonds propres dans les coűts d'investissement, et non pas seulement la part de plus-value.A l'issue du calcul, le tribunal a obtenu un loyer admissible de 2'476 fr. 60, supérieur au loyer actuel de 2'312 fr.; celui-ci ne procurait donc pas un rendement excessif aux bailleurs.
B.c Le locataire a déféré cette décision au Tribunal cantonal vaudois, qui a rejeté son appel par arręt du 7 juillet 2014.Le locataire a notamment soulevé les griefs suivants:-le calcul de rendement devrait ętre effectué ŕ la date d'entrée en vigueur de la baisse de loyer requise (1er avril 2013);- seule la part ŕ plus-value des travaux devrait ętre prise en compte dans les coűts d'investissement. Il conviendrait d'appliquer par BGE 141 III 245 S. 248analogie l'art. 14 al. 1 de l'ordonnance du 9 mai 1990 sur le bail ŕ loyer et le bail ŕ ferme d'habitations et de locaux commerciaux (OBLF; RS 221.213.11), en vertu duquel les frais causés par d'importantes réparations sont considérés, ŕ raison de 50 ŕ 70 %, comme des investissements créant des plus-values.La Cour d'appel civile du Tribunal cantonal a rejeté le premier argument et maintenu que la date de la demande en réduction de loyer (29 novembre 2011) était déterminante pour le calcul de rendement. Concernant le deuxičme moyen, elle a fait état de divergences doctrinales et renoncé ŕ trancher la question au motif qu'elle n'influait pas sur l'issue de la cause.
C. Le locataire a déféré cette décision ŕ l'autorité de céans, qui a partiellement admis son recours en matičre civile, annulé l'arręt sur appel et renvoyé la cause ŕ l'autorité précédente pour qu'elle statue ŕ nouveau. (résumé)
Erwägungen
Extrait des considérants:
3.
3.1 Le locataire reproche ŕ la Cour d'appel vaudoise d'avoir pris en compte le taux hypothécaire de 2,75 % en vigueur le 29 novembre 2011, jour oů il a émis sa premičre demande en réduction de loyer, plutôt que le taux de 2,25 % ayant cours le 1er avril 2013, date d'entrée en vigueur de la réduction requise. A titre subsidiaire, il plaide que la deuxičme demande déposée le 3 février 2012 a privé d'objet la premičre, et non l'inverse; la Cour aurait ŕ tout le moins dű se fonder sur le taux de 2,5 % prévalant en février 2012. Le locataire dénonce en outre des lacunes dans l'état de fait.
3.2 Ce dernier grief peut d'emblée ętre rejeté. L'évolution du taux hypothécaire de référence, qui est au demeurant un fait notoire, est retracée en page 6 de l'arręt attaqué. Par ailleurs, les décisions cantonales relatent clairement le contexte dans lequel les deux demandes en réduction de loyer ont été déposées.
3.3 Les bases de calcul du loyer sont susceptibles d'évoluer en cours de bail, en particulier le taux hypothécaire ou l'IPC. Si le locataire décide de demander une réduction de loyer, elle ne pourra prendre effet qu'au prochain terme de résiliation (art. 270a al. 1 CO); il doit en outre respecter le délai de congé (ATF 122 III 20 consid. 4b p. 23). S'agissant d'une hausse de loyer, l'avis doit męme parvenir au locataire dix jours au moins avant le début du délai de congé, afin que l'intéressé ait la possibilité de résilier le bail (art. 269d al. 1 CO). BGE 141 III 245 S. 249 Plusieurs moments sont envisageables pour effectuer le calcul du loyer, en particulier la date ŕ laquelle la demande de modification est formulée, le dernier jour oů elle peut ętre présentée, le jour de la réponse du cocontractant, ou encore la date d'entrée en vigueur de la modification (cf. ISABELLE BIÉRI, Droit du bail [DB] 1996 p. 28 n. 5). A noter que lorsqu'il s'agit de majorer le loyer, le bailleur doit d'emblée indiquer un motif qui le lie pour la suite de la procédure (art. 269d al. 1 et 2 CO; ATF 118 II 130 consid. 2a). L'on ne trouve pas d'exigence semblable pour la baisse de loyer.
3.4 Dans un arręt publié en 1996, la cour de céans a précisé que pour juger une demande d'adaptation de loyer, il faut se placer au dernier moment oů la déclaration de hausse ou la demande de baisse devait ętre exprimée, soit le dernier jour oů elle devait ętre remise ŕ la poste pour atteindre le cocontractant en temps utile (ATF 122 III 20 consid. 4b). S'agissant d'une demande en réduction de loyer, la date déterminante est donc le dernier jour oů elle devait ętre postée pour parvenir au bailleur la veille du délai de congé. L'arręt précise encore que sont uniquement pris en compte les facteurs de calcul connus de façon certaine ŕ ce moment déterminant, et qui prendront effet au plus tard au terme de résiliation. La pratique s'en remettait initialement ŕ la date d'entrée en vigueur de la modification requise, puis une évolution a semblé se dessiner en faveur de la date de communication effective de la demande d'adaptation; ce dernier critčre doit toutefois ętre écarté dans la mesure oů il s'agit d'un moment choisi arbitrairement par la partie requérante. Dans un contexte oů les bases de calcul changent fréquemment, l'on ne saurait laisser libre cours ŕ des abus (ATF 122 III 20 consid. 4b).
3.5 A sa parution, cet arręt n'a pas suscité de critiques doctrinales majeures en tant qu'il précise le moment déterminant pour calculer le loyer. D'aucuns ont résumé le principe posé sans véritablement prendre parti (LAURA JACQUEMOUD-ROSSARI, L'évolution récente de la jurisprudence en matičre de loyers, in 11e Séminaire sur le droit du bail, 2000, p. 23 s.; PETER MÜNCH, Mietzinsherabsetzung [...], RSJB1996 p. 350 s.). Un auteur a contesté l'utilité de recourir ŕ une date "objective" en soulignant les difficultés pratiques que peuvent poser les jours fériés et autres délais de garde; il aurait été préférable de retenir la date de communication effective de la réponse du bailleur, et en tous les cas - notamment ŕ défaut de réponse -, le jour avant le début du délai de résiliation (BIÉRI, op. cit., p. 28). BGE 141 III 245 S. 250 Depuis lors, la doctrine semble n'avoir retenu qu'une partie de cette jurisprudence. Pour DAVID LACHAT, le calcul de rendement net doit se faire le jour oů le locataire sollicite une baisse de loyer; cette rčgle ne souffrirait qu'une exception, soit lorsqu'il est certain qu'un facteur de calcul évoluera entre le jour oů la prétention est émise et celui oů elle doit entrer en vigueur. La date d'émission de la prétention devrait aussi prévaloir lorsque le rendement non abusif est invoqué comme moyen de défense par la partie adverse; il s'agirait d'éviter qu'une prétention justifiée soit rendue inopérante par l'évolution postérieure d'un facteur de calcul (LACHAT, Le bail ŕ loyer, 2008, p. 446). Ce dernier point de vue est aussi défendu par ROGER WEBER, qui précise toutefois, en citant l' ATF 122 III 20, que des modifications peuvent ętre prises en compte jusqu'ŕ l'entrée en vigueur de l'adaptation, dans la mesure oů elles étaient déjŕ prédictibles le dernier jour oů la requęte devait parvenir au cocontractant (WEBER, in Basler Kommentar, Obligationenrecht, vol. I, 5e éd. 2011, n° 6a ad art. 269 CO). Pour leur part, PETER HIGI et FRANÇOIS BOHNET considčrent que quand le calcul de rendement est invoqué par la partie adverse comme moyen de défense, il faut se placer au moment oů l'objection est formulée (HIGI, Zürcher Kommentar, 4e éd. 1998, n° 65 ad art. 269 CO; BOHNET, in Droit du bail ŕ loyer, 2010, n° 10 ad art. 269 CO). Certains de ces auteurs reprochent ŕ la cour de céans de s'écarter des principes posés en tenant parfois compte de l'évolution des facteurs de calcul en cours de procédure (LACHAT, ibidem, WEBER, ibidem, et BOHNET, ibidem, qui se réfčrent aux ATF 123 III 317 consid. 4d p. 325 s. et ATF 127 III 411 consid. 5a).
3.6 Il n'y a pas de raison de s'écarter du principe posé ŕ l' ATF 122 III 20 consid. 4b résumé ci-dessus. Peu importe que la cour de céans n'ait jusque-lŕ pas eu ŕ appliquer cette jurisprudence dans un cas oů les bases de calcul auraient évolué entre la communication effective de la prétention et le dernier jour utile oů elle aurait pu ętre communiquée. Cette absence de précédent peut notamment s'expliquer par le fait que la cour de céans revoit uniquement les éléments du calcul de rendement visés par un grief. A cela s'ajoute que le principe posé ŕ l' ATF 122 III 20 concerne principalement les baisses de loyer (cf. JACQUEMOUD-ROSSARI, op. cit., p. 24), et que le terme d'échéance et le délai de congé sont habituellement nettement plus brefs que dans le cas présent (échéance de cinq ans, délai de congé d'un an), avec pour conséquence une probabilité moindre que les facteurs de calcul évoluent entre l'annonce effective de l'adaptation BGE 141 III 245 S. 251et le dernier moment oů celle-ci doit atteindre le cocontractant. Bien souvent, la distinction entre ces deux moments n'aura donc pas de portée pratique.Par ailleurs, la jurisprudence "divergente" citée par la doctrine se rapporte ŕ l'autre critčre absolu que sont les loyers comparatifs (ATF 123 III 317 consid. 4d p. 325 in fine et 326; ATF 127 III 411 consid. 5a); l'on ne saurait y voir une volonté de déroger ŕ un principe qui venait d'ętre posé en matičre de calcul de rendement.Le loyer, qui repose sur des données variables, ne peut pas ętre constamment adapté; il est "bloqué" dans l'intervalle compris entre deux échéances contractuelles, sous réserve d'une clause d'indexation ou d'échelonnement (cf. art. 269b et 269c CO). Il est légitime que le loyer fixé selon la méthode du rendement net reflčte la situation telle qu'elle était peu avant qu'il entre en vigueur, et plus exactement au dernier moment oů la partie concernée devait prendre la décision de demander une adaptation de loyer. Il faut dčs lors s'en tenir ŕ la jurisprudence précitée.
3.7 En l'occurrence, le locataire a demandé le 29 novembre 2011 une réduction de loyer pour la prochaine échéance du 1er avril 2013. Le contrat de bail prévoyait un délai de congé d'une année; pour pouvoir prendre effet au prochain terme contractuel, la demande de réduction devait donc parvenir aux bailleurs au plus tard le 31 mars 2012. En admettant que la prudence impose de faire ce type d'envoi sous pli recommandé, que les plis recommandés sont distribués le jour ouvrable suivant leur dépôt ŕ l'exception du samedi, et en admettant que le pli est réputé reçu au plus tard sept jours aprčs la premičre tentative de distribution (cf. ATF 127 I 31 consid. 2b p. 35; art. 44 al. 2 LTF), la demande de baisse de loyer devait en l'occurrence ętre postée au plus tard le jeudi 22 mars 2012. Le taux hypothécaire déterminant était alors de 2,5 %, de sorte que le taux de rendement admissible est de 3 % (2,5 % + 0,5 %; cf. ATF 122 III 257 consid. 3a). Męme si le recourant omet de le faire dans son calcul, il faut prendre en compte l'évolution de l'IPC jusqu'au 29 février 2012, date du dernier indice connu. Quant aux charges 2011, elles peuvent aussi ętre prises en compte, dans la mesure oů la jurisprudence préconise de procéder en général ŕ une moyenne sur les cinq derničres années (arręt 4A_530/2012 du 17 décembre 2012 consid. 3.1, in MietRecht Aktuell [MRA] 2014 p. 27).
3.8 Les considérations qui précčdent privent d'objet le grief selon lequel les juges vaudois auraient dű déclarer valable la deuxičme BGE 141 III 245 S. 252demande déposée le 3 février 2012 plutôt que celle du 29 novembre 2011. Au demeurant, le grief semblait voué ŕ l'échec dans la mesure oů le locataire avait précisé déposer une deuxičme demande ŕ titre conditionnel, dans l'hypothčse - non réalisée - oů sa premičre demande serait jugée tardive.Il convient encore d'examiner les autres griefs.(...)
6. (...)
6.3 En vertu de l'art. 269 CO, le loyer est abusif lorsqu'il permet au bailleur d'obtenir un rendement excessif de la chose louée. Est ici visé le rendement net des fonds propres investis (cf. ATF 122 III 257 consid. 3a). Ce rendement correspond au rapport entre les revenus nets que procure la chose louée au bailleur, aprčs déduction de toutes les charges, et les fonds propres investis (ATF 125 III 421 consid. 2b; ATF 123 III 171 consid. 6a p. 174). Le loyer doit d'une part offrir un rendement raisonnable par rapport aux fonds propres investis, d'autre part couvrir les charges immobiličres (LACHAT, op. cit., p. 425 et 441).Le calcul du rendement net relčve de la méthode absolue, oů le loyer est contrôlé sur la base de la situation financičre de l'immeuble ŕ un moment donné, sans égard aux accords antérieurs (ATF 123 III 171 consid. 6a p. 173 i.f. et s.). Globalement, il implique de déterminer les coűts d'investissement financés par les fonds propres (principalement le prix d'acquisition de l'immeuble) et d'appliquer ŕ ces investissements un taux de rendement admissible, qui se définit par le taux d'intéręt hypothécaire de référence augmenté de 0,5 pour cent (cf. ATF 122 III 257 consid. 3a). Il convient d'y ajouter les charges immobiličres annuelles, soit les charges financičres (en particulier les intéręts hypothécaires dus sur les emprunts), les charges courantes (impôt, prime d'assurance, etc.) et les charges d'entretien.
6.4 Une partie de la doctrine, suivie notamment par le Tribunal des baux vaudois, soutient que la totalité des fonds propres ayant financé de grands travaux peut ętre intégrée dans les coűts d'investissement, et pas seulement la part représentant une plus-value. Les principaux arguments sont les suivants: si l'on ne prend que partiellement en compte les dépenses consenties pour les travaux, le montant des fonds propres investis risque d'ętre négatif; il arrive en effet que l'on détermine ce poste en soustrayant les fonds étrangers ŕ la valeur d'investissement. Par ailleurs, si un propriétaire effectue BGE 141 III 245 S. 253des travaux importants juste avant de vendre, ces frais seront répercutés en plein sur le prix de vente; le nouveau bailleur pourra intégrer les travaux dans les coűts d'investissement comme prix d'acquisition, sans que l'on distingue entre plus-value et entretien. De surcroît, ces travaux seront pris en compte une deuxičme fois, au titre de l'amortissement figurant dans les charges. Enfin, la pratique admet d'intégrer les frais de démolition dans les coűts d'investissement lorsque ce travail est nécessaire pour réaliser la chose louée; or, il ne s'agit pas d'une plus-value (PHILIPPE CONOD, La prise en compte des travaux ŕ plus-value et importants travaux de rénovation selon la méthode absolue [art. 269 CO], CdB 2010 p. 11 ss; BEAT GUT, Angemessener Ertrag, mp 1996 p. 189 ss; apparemment dans le męme sens MARTINE JAQUES, Répercussion des travaux d'entretien extraordinaires sur le loyer [...], CdB 2014 p. 99 s.). Un auteur concčde que cette solution a le mérite de la simplicité, mais a le désavantage de permettre au bailleur de renter les frais d'entretien différés payés par des fonds propres (BOHNET, op. cit., n° 71 ad art. 269 CO).
6.5 Il convient de confronter cet avis doctrinal aux développements de la jurisprudence.Des arręts publiés relčvent que le montant des fonds propres composant les coűts d'investissement (coűts de revient) peut varier avec le temps. Ainsi, ce poste, qui inclut le prix d'acquisition de l'immeuble, augmente lorsque le bailleur finance lui-męme des travaux ŕ plus-value (ATF 123 III 171 consid. 6a p. 174; ATF 122 III 257 consid. 3a).Dans un arręt de 2001, la cour de céans a apporté des précisions quant aux frais d'entretien. Il s'agit des dépenses que le bailleur assume pour maintenir l'objet loué dans l'état correspondant ŕ l'usage convenu. En principe, ces frais peuvent ętre inclus dans les charges dčs que les travaux ont été effectués et payés par le bailleur. Pour compenser le caractčre fortuit du moment auquel il faut effectuer des travaux d'entretien, l'on procčde ŕ une moyenne des charges encourues les cinq derničres années, cas échéant au moins les trois derničres années. Lorsque le bailleur encourt des frais d'entretien extraordinaires, ceux-ci sont répartis sur plusieurs exercices, en fonction de la durée de vie des installations ainsi financées. La quote-part correspondante est intégrée chaque année dans les charges d'entretien jusqu'ŕ amortissement complet; l'on y ajoute un intéręt sur le capital non amorti. Opérer une confusion entre coűts BGE 141 III 245 S. 254d'investissement et frais d'entretien est incompatible avec le modčle du calcul de rendement net. L'entretien différé effectué dans le cadre d'une importante rénovation reste de l'entretien et doit ętre traité comme tel. A cet égard, il est ŕ la fois nécessaire et suffisant d'estimer quelle est la part d'entretien, puis de procéder ŕ l'amortissement, intéręt compris, des frais d'entretien extraordinaires (arręt 4C.293/2000 du 24 janvier 2001 consid. 1b, in MRA 2001 p. 116 et rés. in DB 2002 p. 23).Un arręt de 2012 souligne qu'en présence d'une importante rénovation comportant une part de plus-value et une part d'entretien, il faut distinguer entre frais d'entretien extraordinaires et frais d'entretien courants. Seuls les premiers sont susceptibles d'ętre amortis et rentés sur plusieurs exercices. L'importance des montants en jeu n'implique pas qu'il s'agisse automatiquement d'entretien extraordinaire. Le bailleur négligent qui n'entretient pas les locaux et laisse la situation se dégrader avant de procéder ŕ des travaux d'entretien différé peut subitement devoir engager des montants importants; il ne doit pas pour autant ętre favorisé par rapport au bailleur qui a entretenu réguličrement la chose louée. Les frais d'entretien extraordinaires peuvent ętre pris en compte aussi bien dans un calcul de rendement que dans une adaptation de loyer selon la méthode relative (arręt 4A_530/2012 précité consid. 3.2).Récemment, dans le cadre d'un calcul de rendement net, l'autorité de céans a statué sur un grief concernant le taux applicable au capital investi dans des travaux d'entretien extraordinaires. Elle a précisé que ce taux correspond au taux hypothécaire de référence augmenté de 0,5 pour cent. Ce taux s'applique au capital investi non encore amorti, lequel va en diminuant jusqu'ŕ l'amortissement complet. Pour tenir compte de cet élément, l'on peut soit appliquer un taux plein sur la moitié du capital investi, soit appliquer un demi-taux sur la totalité du capital investi (ATF 140 III 433 consid. 3.5.2 p. 441 et consid. 3.5.3.2).Enfin, la cour de céans a admis, s'agissant de la prise en compte des frais de rénovation dans un calcul de rendement, que le juge est en droit d'appliquer la rčgle simplificatrice de l'art. 14 al. 1 OBLF, lorsque le bailleur n'a pas tenté de distinguer concrčtement entre les investissements ŕ plus-value et les frais d'entretien (arręt 4A_636/2012 du 2 avril 2013 consid. 2.5; cf. aussi arręt 4A_397/2013 du 11 février 2014 consid. 5.4). BGE 141 III 245 S. 255 Plusieurs commentateurs de l'art. 269 CO, du reste cités par la jurisprudence résumée ci-dessus, approuvent le fait de répartir sur plusieurs années les dépenses d'entretien extraordinaires en fonction de la durée de vie des installations concernées et d'appliquer un taux d'intéręt sur la part non amortie (WEBER, op. cit., n° 11a ad art. 269 CO; BOHNET, op. cit., n° 67 ad art. 269 CO; LACHAT, op. cit., p. 444; HIGI, op. cit., nos 94 ss ad art. 269 CO; cf. aussi Le droit suisse du bail ŕ loyer, adaptation française de Burkhalter/Martinez-Favre, 2011, nos 30-34 ad art. 269 CO, qui critique toutefois le fait de ne pas autoriser les provisions). D'aucuns soulignent qu'il s'agit d'apporter un correctif pour les frais d'entretien extraordinaires, qui sont trčs élevés et surviennent ŕ des intervalles trčs espacés. Si l'on intčgre ces frais dans les charges l'année oů ils sont subis par le bailleur, cela fausse le calcul du loyer établi en fonction de ces charges. Par ailleurs, en procédant ŕ de telles dépenses, le bailleur avance des moyens qui servent ŕ prolonger la valeur d'usage de la chose louée. Il apparaît plus adéquat de répartir ces frais en fonction de la durée de vie des installations financées, ce qui permet d'en tenir compte męme s'ils ont été engagés bien avant la période déterminante pour le calcul du loyer (WEBER, ibidem; HIGI, op. cit., n° 96 ad art. 269 CO).
6.6 Au vu de ce qui précčde, il faut admettre que la distinction entre coűts d'investissement (coűts de revient) et charges est essentielle dans le modčle du rendement net. Cela implique de rechercher dans quelle proportion les fonds propres investis dans des travaux apportent une plus-value ŕ la chose louée, respectivement servent ŕ son entretien. En tant que coűts d'investissement, les fonds propres contribuant ŕ l'acquisition de la chose louée ou ŕ sa plus-value sont pris en compte indéfiniment dans le temps, sans égard ŕ leur date d'investissement; ils sont au moins partiellement indexés sur le coűt de la vie. Le rendement admissible de ces fonds est déterminé par le taux hypothécaire de référence augmenté de 0,5 %.Quant aux frais d'entretien, ils sont intégrés dans les charges, et l'on procčde en principe ŕ une moyenne des charges sur les cinq ans précédant le calcul de rendement. Il s'ensuit que normalement, seuls les frais d'entretien payés les cinq derničres années précédant le calcul de rendement sont pris en compte. Toutefois, des fonds propres investis antérieurement pour l'entretien extraordinaire - remplacement d'installations telles que chaudičre, ascenseur, toiture, prise d'eau (HIGI, op. cit., n° 94 ad art. 269 CO) - peuvent ętre pris en compte, BGE 141 III 245 S. 256en ce sens qu'ils sont répartis sur plusieurs exercices en fonction de la durée de vie des installations concernées; ils bénéficient du męme taux de rendement que celui appliqué aux coűts d'investissement, mais ce taux est divisé par deux pour tenir compte de l'"amortissement" du capital investi.Il apparaît donc que dans le calcul de rendement net, la distinction entre fonds propres contribuant ŕ une plus-value et fonds propres engagés pour l'entretien a des incidences pratiques non négligeables. Par ailleurs, la possibilité d'"amortir" les frais d'entretien ne vaut que pour l'entretien extraordinaire.Dans ces circonstances, l'on ne saurait se rallier au point de vue doctrinal consistant par principe ŕ traiter automatiquement comme coűts d'investissement les travaux importants financés par des fonds propres. La méthode utilisée par la jurisprudence pour les frais d'entretien extraordinaires s'inspire certes de celle instituée par l'art. 14 OBLF pour les augmentations de loyer fondées sur la méthode relative, mais elle ne trahit nullement les principes fondamentaux du calcul de rendement net, qui doit procurer au bailleur un rendement approprié des fonds propres investis dans l'achat et l'amélioration de la chose louée, et couvrir ses charges. Le renouvellement des installations, qui représente un investissement important ŕ intervalles trčs éloignés, justifie un correctif. Cela étant, il faut concéder que des situations spéciales peuvent appeler un traitement particulier. L'on peut notamment songer au cas oů le bailleur achčte ŕ prix avantageux un immeuble nécessitant des travaux, qu'il effectue dans la foulée de l'acquisition; selon les circonstances, l'on peut concevoir de traiter les fonds propres dépensés pour ces travaux comme coűts d'investissement, par égalité de traitement avec le bailleur qui achčte un immeuble dont la rénovation récente a influé sur le prix de vente.En l'occurrence, les décisions cantonales ne précisent pas quels travaux ont été accomplis en 1988 pour le montant de 500'000 fr. L'on sait tout au plus que les locaux loués par le locataire ont été aménagés pour une école de danse, avec vestiaires et douches, ce qui peut expliquer que les travaux soient qualifiés de travaux ŕ plus-value. Dans la mesure du possible, il appartiendra ŕ l'autorité cantonale de déterminer en quoi ces travaux ont consisté, et dans quelle proportion ils apportaient une plus-value, respectivement contribuaient ŕ de l'entretien extraordinaire encore susceptible d'ętre pris en compte dans les charges 2007-2011. Il est possible, vu BGE 141 III 245 S. 257l'ancienneté des travaux, que la durée de vie des installations remplacées soit déjŕ échue.Quant aux travaux de 2009 (152'111 fr.), ils ont consisté, selon les décisions cantonales, ŕ remplacer des fenętres et stores et ŕ moderniser des détecteurs d'incendie. Il devrait s'agir en bonne partie d'entretien extraordinaire, comme l'a du reste retenu le Tribunal des baux s'agissant d'un autre remplacement de fenętres et stores effectué en 2010. Pour ce poste également, la cour cantonale devra déterminer quelle part de plus-value revętent ces travaux.L'on rappellera que le juge bénéficie d'un large pouvoir d'appréciation pour distinguer entre plus-value et entretien et que pour ce faire, il peut notamment appliquer par analogie la présomption posée ŕ l'art. 14 al. 1 OBLF ou recourir aux rčgles de l'équité.