Urteilskopf
141 III 560
73. Extrait de l'arręt de la IIe Cour de droit civil dans la cause A. contre Cour de justice du canton de Genčve (recours en matičre civile)5A_504/2015 du 22 octobre 2015
Regeste
Art. 117 ff. ZPO, insb. Art. 122 ZPO; Art. 1 Abs. 2 lit. a, Art. 3 lit. c und Art. 8 Abs. 1 MWSTG; Entschädigung des unentgeltlichen Rechtsbeistands im Rahmen des Zivilprozesses; Berücksichtigung der Mehrwertsteuer. Im Rahmen des Zivilprozesses ist der Staat der Empfänger der Dienstleistungen des unentgeltlichen Rechtsbeistands. Die Honorierung des Anwalts muss deshalb unter dem Titel der Mehrwertsteuer auch dann einen Betrag enthalten, wenn der durch die unentgeltliche Rechtspflege Begünstigte seinen Wohnsitz im Ausland hat (E. 2 und 3).
Sachverhalt ab Seite 560
BGE 141 III 560 S. 560
A. Dans le cadre de diverses procédures, le Vice-président du Tribunal civil du canton de Genčve a octroyé l'assistance judiciaire ŕ B., domiciliée en France, lui désignant Me A. comme avocat d'office.Par décision du 28 novembre 2014, il a indemnisé le conseil d'office ŕ concurrence de 6'750 fr. Il n'a alloué aucun montant ŕ titre de la TVA, motif pris que l'assistée était domiciliée ŕ l'étranger.Statuant le 29 janvier 2015 sur l'opposition de Me A., il a refusé de reconsidérer sa décision s'agissant de la question de l'indemnisation de la TVA.Le 5 mai 2015, la Cour de justice du canton de Genčve (Assistance judiciaire) a rejeté le recours interjeté par Me A. contre ce prononcé.
B. Le Tribunal fédéral a admis le recours en matičre civile de Me A. et fixé l'indemnité de l'avocat d'office ŕ 6'750 fr., plus 540 fr. ŕ titre de TVA (taux de 8 %). (résumé) BGE 141 III 560 S. 561
Erwägungen
Extrait des considérants:
2. Le recourant reproche ŕ l'autorité cantonale d'avoir considéré que son activité d'avocat désigné par l'Etat (avocat d'office) n'est pas soumise ŕ la loi fédérale du 12 juin 2009 régissant la taxe sur la valeur ajoutée (LTVA; RS 641.20) lorsque le bénéficiaire de l'assistance judiciaire est domicilié ŕ l'étranger et d'avoir ainsi refusé d'ajouter ŕ l'indemnité due pour cette activité le montant correspondant ŕ la TVA.(...)
2.2 Se plaignant d'une violation des art. 29 al. 3 Cst. et 12 let. g de la loi fédérale du 23 juin 2000 sur la libre circulation des avocats (LLCA; RS 935.61), des art. 96 et 117 ss CPC, de l'art. 16 al. 1 du rčglement genevois du 28 juillet 2010 sur l'assistance juridique et l'indemnisation des conseils juridiques et défenseurs d'office en matičre civile, administrative et pénale (RAJ/GE; rs/GE E 2 05.04) ainsi que des art. 8 ss LTVA, le recourant soutient en substance que le destinataire de ses prestations de service au sens de la LTVA est l'Etat et non le bénéficiaire de l'assistance judiciaire domicilié ŕ l'étranger.
3.
3.1 Dans une jurisprudence récente (ATF 141 IV 344 consid. 2-4 p. 345 ss), le Tribunal fédéral a considéré que l'indemnité allouée, dans le cadre d'une défense obligatoire (art. 132 al. 1 let. a et 135 CPP), au défenseur d'office d'un prévenu domicilié ŕ l'étranger doit comprendre un montant ŕ titre de TVA, le destinataire des prestations de service, soit l'Etat, étant domicilié sur le territoire suisse. Se référant en particulier ŕ l'avis d'un auteur (PIERRE-MARIE GLAUSER, Stipulation pour autrui et représentation en TVA, L'Expert-comptable suisse 8/1998 p. 1468), il a considéré en bref que les conditions d'une représentation indirecte sont réunies dans la relation tripartite qualifiée de stipulation pour autrui - unissant l'Etat (le stipulant), le défenseur d'office (le promettant) et le prévenu assisté (le tiers). Dans une telle configuration, il fallait retenir que le rapport entre le promettant (le défenseur d'office) et le tiers (le prévenu assisté) est ignoré au profit du rapport entre le promettant et le stipulant (l'Etat), ce dernier étant le destinataire de la prestation du point de vue de la LTVA (dans le męme sens: ordonnance de la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral BB.2015.33 du 28 juillet 2015 consid. 5).
3.2 Il n'y a pas lieu de trancher différemment dans le cas présent, les caractéristiques de la défense d'office en matičre pénale mises en BGE 141 III 560 S. 562évidence dans la jurisprudence précitée correspondant ŕ celles du mandat d'office.
3.2.1 En matičre civile, l'octroi de l'assistance judiciaire est réglé aux art. 117 ss CPC. Il dépend de l'incapacité du requérant ŕ supporter les frais de la procédure (art. 117 let. a CPC) et du défaut d'absence de chances de succčs (art. 117 let. b CPC). Il peut prendre plusieurs formes selon les prestations accordées, l'étendue de ces prestations ou encore la phase du procčs concerné (cf. art. 118 al. 2 CPC). L'assisté peut notamment ętre dispensé d'avancer, ou de supporter, en tout ou en partie les frais (art. 118 al. 1 let. a et b CPC; ATF 141 III 369 consid. 4 p. 371) ou se voir commettre d'office un conseil juridique lorsque la défense de ses droits l'exige (art. 118 al. 1 let. c CPC). La fourniture d'un conseil juridique rémunéré par l'Etat suppose ainsi la réalisation de trois conditions: une cause non dénuée de chances de succčs, l'indigence et la nécessité de l'assistance par un professionnel (sur ce dernier point: ATF 130 I 180 consid. 2.2 et les références).
3.2.2 A l'instar du défenseur d'office en matičre pénale, le conseil juridique commis d'office n'exerce pas un mandat privé, mais accomplit une tâche de droit public, ŕ laquelle il ne peut se soustraire (cf. art. 12 let. g LLCA) et qui lui confčre une prétention de droit public ŕ ętre rémunéré équitablement (cf. ATF 137 III 185 consid. 5.2. et 5.3) dans le cadre des normes cantonales applicables (cf. art. 122 CPC; ATF 122 I 1 consid. 3a; arręts 5D_175/2008 du 6 février 2009 consid. 1.1, in Pra 2009 n° 114; 5D_54/2014 du 1er juillet 2014 consid. 1.1; sur le régime applicable lorsque la partie assistée obtient gain de cause: 5D_54/2014 du 1er juillet 2014 consid. 2.2). En dépit de ce rapport particulier avec l'Etat, il n'est obligé que par les intéręts de l'assisté, dans les limites toutefois de la loi et des rčgles de sa profession. Sous cet angle, son activité ne se distingue pas de celle d'un mandataire de choix (WALTER FELLMANN, Anwaltsrecht, 2010, n. 806; DANIEL WUFFLI, Die unentgeltliche Rechtspflege in der Schweizerischen Zivilprozessordnung, 2015, n. 408 et 410 ss). Si le conseil d'office fournit ainsi ses prestations en premier lieu dans l'intéręt du bénéficiaire de l'assistance judiciaire, il le fait toutefois aussi dans l'intéręt de l'Etat. Sa désignation ne concrétise pas seulement un droit constitutionnel du justiciable (cf. art. 29 al. 3 Cst.; art. 6 par. 1 CEDH; DENIS TAPPY, in CPC, Code de procédure civile commenté, 2011, n° 3 ad art. 117 CPC). Elle est aussi le moyen pour l'Etat d'assurer l'égalité de traitement et la garantie d'un procčs BGE 141 III 560 S. 563équitable et d'accomplir ses obligations d'assistance (cf. arręt P.3015/1986 du 21 février 1986 consid. 3; WUFFLI, op. cit., n. 11 et 403; FELLMANN, op. cit., n. 762). C'est ŕ cet effet que l'Etat désigne le conseil juridique d'office - qui est tenu d'accepter le mandat d'assistance (art. 12 let. g LLCA) -, est seul compétent pour le délier de cette fonction (sur les motifs fondant un changement d'avocat: ATF 116 Ia 102 consid. 4b/aa; ATF 114 Ia 101; arręt 5A_643/2010 du 11 janvier 2011 consid. 4.3) et décide de sa rémunération, qui peut ętre inférieure aux honoraires d'un représentant de choix (ATF 122 I 1; ATF 137 III 185 consid. 5 et 6; WUFFLI, op. cit., n. 406 ss, spéc. 409). Sur ce dernier point, le bénéficiaire de l'assistance judiciaire n'est pas lié au mandataire d'office par une obligation de rémunération. Męme lorsque sa situation financičre s'améliore ultérieurement, il peut uniquement ętre amené ŕ rembourser l'Etat (art. 123 CPC; BOHNET/MARTENET, Droit de la profession d'avocat, 2009, n. 1754 p. 722). Le mandat d'office ne consiste ainsi pas simplement ŕ faire financer par l'Etat un mandat privé. Il constitue une relation tripartite dans laquelle l'Etat confčre au conseil d'office la mission de défendre les intéręts du justiciable démuni, lui conférant une sorte de mandat en faveur d'un tiers (cf. FELLMANN, op. cit., n. 803 ss; WUFFLI, op. cit., n. 407; cf. aussi: JOËL KRIEGER, Quelques considérations relatives ŕ l'assistance judiciaire en matičre civile, in L'avocat moderne, 1998, p. 87 ss).
3.3 Ainsi qu'il en a été jugé dans l' ATF 141 IV 344 consid. 2-4 p. 345 ss, dans une telle relation l'Etat doit ętre considéré comme le destinataire au sens de l'art. 8 al. 1 LTVA des prestations de services (cf. art. 3 let. e LTVA) du mandataire d'office. Cela étant, en posant que le destinataire était en l'espčce l'assistée et en refusant d'allouer au recourant un montant ŕ titre de TVA motif pris que, sa "cliente" étant domiciliée ŕ l'étranger, son activité de conseil d'office n'était pas soumise ŕ la TVA, l'autorité cantonale a violé le droit fédéral.