Urteilskopf
144 V 258
30. Extrait de l'arręt de la IIe Cour de droit social dans la cause A. contre Office AI du canton de Fribourg (demande de révision)9F_5/2018 du 16 aoűt 2018
Regeste
Art. 123 Abs. 2 lit. a BGG. Der Entzug der Betriebsbewilligung für die "Abteilung Begutachtung" der Klinik X. (vgl. Urteil 2C_32/2017) begründet die Revision eines Urteils, in welchem die II. sozialrechtliche Abteilung ausschliesslich auf der Grundlage eines psychiatrischen Gutachtens dieses Instituts entschieden hat (Urteil 9C_587/2016) (E. 2).
Sachverhalt ab Seite 258
BGE 144 V 258 S. 258
A. Aprčs qu'une premičre demande de prestations de l'assurance-invalidité avait été rejetée, A. s'est annoncée une nouvelle fois ŕ l'Office de l'assurance-invalidité du canton de Fribourg (ci-aprčs: l'office AI), en avril 2013. Au cours de l'instruction, l'administration a obtenu copie d'un rapport d'expertise de la clinique X. du 21 mars 2014. Le docteur E., spécialiste en psychiatrie, y avait diagnostiqué un trouble obsessionnel compulsif et un trouble de l'adaptation, auquel s'associait une personnalité anankastique. Il avait retenu que ces troublesBGE 144 V 258 S. 259étaient sans incidence sur la capacité de travail de l'assurée, qui était entičre depuis le 1er juillet 2013. Fort de ces conclusions, l'office AI a rejeté la demande de prestations, par décision du 10 juillet 2014.
B.
B.a Statuant le 5 juillet 2016 sur le recours formé par A. contre cette décision, le Tribunal cantonal du canton de Fribourg, Cour des assurances sociales, a débouté l'assurée.
B.b Saisi d'un recours en matičre de droit public interjeté par A. contre le jugement cantonal, le Tribunal fédéral l'a rejeté par arręt du 12 décembre 2016 (9C_587/2016).
C. Par acte posté le 11 mai 2018, A. a présenté une demande en révision de l'arręt du 12 décembre 2016. Elle conclut ŕ l'annulation de cet arręt et ŕ ce que le Tribunal fédéral statue ŕ nouveau dans le sens suivant: l'arręt du Tribunal cantonal fribourgeois du 5 juillet 2016 est annulé et, ŕ titre principal, une rente entičre d'invalidité est allouée ŕ A.; ŕ titre subsidiaire, la cause est renvoyée ŕ l'autorité judiciaire cantonale pour complément d'instruction sur le plan médical.L'office AI s'en remet ŕ justice, tandis que l'Office fédéral des assurances sociales a renoncé ŕ se déterminer.Le Tribunal fédéral a admis la demande de révision.
Erwägungen
Extrait des considérants:
1.
1.1 La requérante invoque l'art. 123 al. 2 let. a LTF, en se prévalant de faits constatés par le Tribunal fédéral dans un arręt 2C_32/2017 rendu le 22 décembre 2017, dont elle a eu connaissance ŕ la suite d'un communiqué de presse de la Cour de justice de la République et canton de Genčve, publié le 20 mars 2018 dans la Tribune de Genčve.
1.2 Par arręté du 25 juin 2015, le Département de l'emploi, des affaires sociales et de la santé de la République et canton de Genčve a retiré ŕ la clinique X. SA (désormais T. SA) l'autorisation d'exploiter une institution de santé pour une durée de trois mois. Ce retrait a été confirmé par le Tribunal fédéral en ce qui concerne du moins les départements "psychiatrie" et "expertise" de cet établissement, par l'arręt cité du 22 décembre 2017; il a été effectif du 1er mars au 1er juin 2018 (publication de la Feuille d'avis officielle de la République et canton de Genčve du 21 février 2018). A la suite de cet arręt, la Cour de justice de la République et canton de Genčve a publié unBGE 144 V 258 S. 260communiqué de presse aux termes duquel les assurés dont le droit ŕ des prestations a été nié sur la base d'une expertise effectuée ŕ la clinique X. ont la possibilité de demander la révision - devant l'autorité qui a statué en dernier lieu (Office cantonal de l'assurance-invalidité, CNA ou autre assurance, Chambre des assurances sociales de la Cour de justice ou Tribunal fédéral) - de la décision les concernant - sans garantie quant au succčs de cette démarche - dans un délai de 90 jours depuis la connaissance des faits susmentionnés. La presse romande a fait largement état de la sanction en question et relayé le contenu du communiqué de presse de la Cour de justice, notamment la Tribune de Genčve dans un article publié le 20 mars 2018.En conséquence, en déposant sa demande de révision moins de 90 jours aprčs avoir eu connaissance du retrait de l'autorisation en cause par le biais des informations publiées par le quotidien genevois le 20 mars 2018, la requérante a respecté le délai prévu par l'art. 124 al. 1 let. d LTF (sur la notion de connaissance suffisante, ATF 143 V 105 consid. 2.4 p. 108 et les arręts cités). Par ailleurs, elle fonde sa demande sur des motifs prévus par la loi, de sorte que sa demande de révision est recevable.
2.
2.1 L'art. 123 al. 2 let. a LTF prévoit que la révision peut ętre demandée dans les affaires civiles et dans les affaires de droit public, si le requérant découvre aprčs coup des faits pertinents ou des moyens de preuve concluants qu'il n'avait pas pu invoquer dans la procédure précédente, ŕ l'exclusion des faits ou moyens de preuve postérieurs ŕ l'arręt. La jurisprudence a précisé que ces faits doivent ętre pertinents, c'est-ŕ-dire de nature ŕ modifier l'état de fait qui est ŕ la base de l'arręt attaqué et ŕ aboutir ŕ un jugement différent en fonction d'une appréciation juridique correcte (ATF 143 V 105 consid. 2.3 p. 107; ATF 143 III 272 consid. 2.2 p. 275 et les arręts cités).
2.2
2.2.1 Dans l'arręt dont la révision est demandée, le Tribunal fédéral a examiné si la juridiction cantonale avait fait preuve d'arbitraire en suivant les conclusions d'une expertise psychiatrique réalisée par la clinique X. sur mandat de l'assureur perte de gain de l'ancien employeur de la requérante, et établie le 21 mars 2014 par le docteur E., spécialiste en psychiatrie. Il a considéré que l'appréciation de l'autorité cantonale de recours selon laquelle cette expertise avait valeur probante et pouvait ętre suivie malgré les évaluations divergentes des BGE 144 V 258 S. 261médecins traitants de l'assurée était exempte d'arbitraire. En particulier, A. n'avait pas mis en évidence des éléments objectivement vérifiables qui auraient été ignorés par l'expert et suffisamment pertinents pour remettre en cause le point de vue des premiers juges.
2.2.2 A l'appui de sa demande de révision, la requérante invoque les "trčs graves manquements dans la réalisation d'expertises médicales" constatés par le Tribunal fédéral dans son arręt 2C_32/2017 du 22 décembre 2017. Le fait que la clinique X. a rédigé des rapports d'expertise médicale en violant "de maničre presque systématique ses devoirs professionnels" soulčve un "doute insurmontable" quant ŕ la fiabilité des conclusions de ses rapports d'expertise. Il s'agit, selon la requérante, d'un fait nouveau important puisque le Tribunal fédéral n'aurait en aucun cas reconnu implicitement valeur probante ŕ l'expertise du docteur E., dans son arręt 9C_587/2016 du 12 décembre 2016, s'il avait eu connaissance ŕ l'époque du comportement inadmissible du Directeur de la clinique X. et des graves fautes commises dans la réalisation de ses expertises médicales.
2.3
2.3.1 Dans son arręt 2C_32/2017 cité, le Tribunal fédéral a retenu que les expertises pratiquées auprčs du "département expertise" de la clinique X. ont un poids déterminant pour de nombreux justiciables, de sorte que l'on doit attendre de ces expertises qu'elles soient rendues dans les rčgles de l'art. Il existe ainsi un intéręt public manifeste ŕ ce que des acteurs intervenant dans des procédures administratives en tant qu'experts, et qui au demeurant facturent d'importants montants ŕ la charge de la collectivité, rendent des expertises dans lesquelles l'administré et l'autorité peuvent avoir pleine confiance, ceux-ci n'étant le plus souvent pas des spécialistes des domaines en cause. Or de trčs importants manquements ont été constatés dans la gestion de l'institution de santé et en particulier des graves violations des devoirs professionnels incombant ŕ une personne responsable d'un tel établissement. En particulier, cette personne qui était responsable médical du "département expertise" avait modifié (notamment sur des points non négligeables) et signé des dizaines d'expertises sans avoir vu les expertisés et sans l'accord de l'expert, ce qui constituait un comportement inadmissible relevant d'un manquement grave au devoir professionnel. C'est pourquoi le Tribunal fédéral a jugé qu'une mesure de retrait de trois mois de l'autorisation d'exploiter le "département expertise" n'était pas contraire au droit (consid. 6 et 7 de l'arręt cité). BGE 144 V 258 S. 262
2.3.2 En droit des assurances sociales, une évaluation médicale effectuée dans les rčgles de l'art revęt une importance décisive pour l'établissement des faits pertinents (ATF 122 V 157 consid. 1b p. 159). Elle implique en particulier la neutralité de l'expert, dont la garantie vise ŕ assurer notamment que ses conclusions ne soient pas influencées par des circonstances extérieures ŕ la cause et ŕ la procédure (cf. ATF 137 V 210 consid. 2.1.3 p. 231), ainsi que l'absence de toute intervention ŕ l'insu de l'auteur de l'expertise, les personnes ayant participé ŕ un stade ou ŕ un autre aux examens médicaux ou ŕ l'élaboration du rapport d'expertise devant ętre mentionnées comme telles dans celui-ci. Or les manquements constatés au sein du "département expertise" par le Tribunal fédéral dans la procédure relative au retrait de l'autorisation de la clinique X. soulčvent de sérieux doutes quant ŕ la maničre dont des dizaines d'expertises ont été effectuées au sein de cet établissement (arręt 2C_32/2017 cité consid. 7.1) et portent atteinte ŕ la confiance que les personnes assurées et les organes de l'assurance-invalidité étaient en droit d'accorder ŕ l'institution chargée de l'expertise (voir aussi arręt 8C_657/2017 du 14 mai 2018 consid. 5.2.2). Dčs lors, de męme que l'organe d'exécution de l'assurance-invalidité ou le juge ne peut se fonder sur un rapport médical qui, en soi, remplit les exigences en matičre de valeur probante (sur ce point, cf. ATF 125 V 351 consid. 3a p. 352) lorsqu'il existe des circonstances qui soulčvent des doutes quant ŕ l'impartialité et l'indépendance de son auteur, fondés non pas sur une impression subjective mais une approche objective (ATF 137 V 210 consid. 6.1.2 p. 267; ATF 132 V 93 consid. 7.1 p. 109 et la référence; arręt 9C_104/2012 du 12 septembre 2012 consid. 3.1), il n'est pas admissible de reprendre les conclusions d'une expertise qui a été établie dans des circonstances ébranlant de maničre générale la confiance placée dans l'institution mandatée pour l'expertise en cause.En l'occurrence, l'expertise rendue le 21 mars 2014 par un médecin psychiatre au sein de la clinique X., sur laquelle s'est essentiellement appuyée la juridiction cantonale pour nier le droit de l'assurée ŕ des prestations d'invalidité et qui a été prise en considération dans la procédure principale par le Tribunal fédéral pour juger de la conformité au droit de l'appréciation des preuves cantonale, a été réalisée ŕ une époque oů le responsable médical du "département expertise" modifiait illicitement le contenu de rapports. En conséquence, cette expertise ne peut pas servir de fondement pour statuer sur le droit de la requérante aux prestations de l'assurance-invalidité. Peu importe BGE 144 V 258 S. 263le point de savoir si ledit responsable est concrčtement intervenu dans la rédaction du rapport du docteur E., voire en a modifié le contenu ŕ l'insu de son auteur, parce qu'il n'est en tout état de cause pas possible d'accorder pleine confiance au rapport du 21 mars 2014, établi sous l'enseigne de la clinique X. Les exigences liées ŕ la qualité de l'exécution d'un mandat d'expertise médicale en droit des assurances sociales ne pouvaient ętre considérées comme suffisamment garanties au sein du "département expertise" de celle-ci (sur l'importance de la garantie de qualité de l'expertise administrative, SUSANNE LEUZINGER, Die Auswahl der medizinischen Sachverständigen im Sozialversicherungsverfahren [Art. 44 ATSG], in Soziale Sicherheit - Soziale Unsicherheit, Mélanges ŕ l'occasion du 65e anniversaire de Erwin Murer, 2010, p. 438). On relčvera ŕ cet égard que les organes de l'assurance-invalidité ont renoncé ŕ confier des mandats d'expertise ŕ la clinique X. depuis 2015 (cf. réponse du Conseil fédéral ŕ la question de Madame la Conseillčre nationale Rebecca Ruiz n° x).
2.3.3 Comme le soutient ŕ juste titre la requérante, les faits en cause sont de nature ŕ modifier l'état de fait ŕ la base de l'arręt dont elle demande la révision, dčs lors que, eussent-ils été connus du Tribunal fédéral, ils auraient conduit celui-ci ŕ donner une autre issue au litige, singuličrement ŕ nier que l'expertise suivie par la juridiction cantonale pűt servir de fondement pour le refus de prestations (consid. 3 infra). Sur le rescindant, il s'impose dčs lors d'annuler l'arręt rendu le 12 décembre 2016 par la IIe Cour de droit social dans la cause 9C_587/2016.
3. Dans la phase du rescisoire, le Tribunal fédéral doit statuer ŕ nouveau, comme l'y invite l'art. 128 al. 1 LTF. Il lui appartient donc de rendre un nouvel arręt tant sur le fond que sur les frais et dépens de la procédure relative ŕ la cause précitée.
3.1 En l'espčce, si la IIe Cour de droit social avait eu connaissance des graves manquements aux devoirs professionnels du responsable du "département expertise" de la clinique X., elle aurait considéré que ceux-ci entachaient la confiance placée dans une exécution lege artis de l'expertise psychiatrique confiée ŕ ce département, de sorte qu'elle aurait constaté que le rapport du 21 mars 2014 ne pouvait servir de fondement ŕ la décision relative au droit aux prestations de l'assurance-invalidité. A défaut d'autres pičces médicales que la juridiction cantonale aurait prises en considération pour confirmer les conclusions du docteur E., le Tribunal fédéral aurait constaté qu'il ne lui était pas possible d'apprécier de maničre circonstanciée l'état de santé de BGE 144 V 258 S. 264la requérante, ainsi que les éventuelles répercussions négatives de celui-ci sur la capacité de travail (cf. art. 105 al. 2 LTF). Il aurait en conséquence renvoyé la cause ŕ l'office AI pour qu'il complčte l'instruction sur le plan médical, en mettant en oeuvre une expertise indépendante, puis statue ŕ nouveau. C'est donc ce qu'il convient de faire, en annulant le jugement du Tribunal cantonal fribourgeois du 5 juillet 2016 ainsi que la décision administrative et en ordonnant ledit renvoi.
3.2 Compte tenu de la nouvelle issue du litige, les frais de justice doivent ętre mis ŕ la charge de l'intimé, qui versera également une indemnité de dépens ŕ l'assurée (art. 66 al. 1 et 68 al. 1 LTF).