Tribunale federale Tribunal federal {T 1/2} 1A.55/2002 /col Arręt du 25 novembre 2002 Ire Cour de droit public Les juges fédéraux Aemisegger, président de la Cour et vice-président du Tribunal fédéral, Reeb, Féraud, Catenazzi, Fonjallaz, greffier Kurz. Pro Natura - Ligue suisse pour la protection de la nature, 4000 Bâle, recourante, représentée par Me Raphaël Dallčves, avocat, passage Raphy-Dallčves, case postale 374, 1951 Sion, contre Société Télé Champéry-Crosets Portes du Soleil SA, 1874 Champéry, intimée, représentée par Me Clément Nantermod, avocat, résidence Tivoli, rue du Coppet 14, case postale 1231, 1870 Monthey 2, Commune de Champéry, 1874 Champéry, Commission cantonale des constructions du canton du Valais, bâtiment Mutua, 1950 Sion, Conseil d'Etat du canton du Valais, Palais du Gouvernement, 1950 Sion, Tribunal cantonal du canton du Valais, Cour de droit public, avenue Mathieu-Schiner 1, 1950 Sion 2. art. 24 LAT; systčme de déclenchement d'avalanches, recours de droit administratif contre l'arręt du Tribunal cantonal du canton du Valais du 11 janvier 2002. Faits: A. Le 10 aoűt 2000, la société Télé Champéry-Crosets Portes du Soleil SA (ci-aprčs: TCC) a requis l'autorisation d'installer, sur la parcelle n. 636 de la commune de Champéry, un systčme de déclenchement d'avalanches, au lieu-dit "aręte de Barmaz", en zone forestičre. Le systčme est constitué de cinq exploseurs ŕ gaz implantés en versant nord-est, ŕ une altitude d'environ 1500 m, au sommet de couloirs avalancheux, et d'une station de contrôle implantée légčrement en amont. Il est destiné ŕ sécuriser le bas de la piste de ski "Ripaille-Grand Paradis", qui emprunte dans ce secteur la route reliant Champéry ŕ Barme. Mis ŕ l'enquęte le 1er septembre 2000, le projet a notamment fait l'objet d'une opposition commune de Pro Natura - Ligue suisse pour la protection de la nature (ŕ Bâle, ci-aprčs: Pro Natura) et de WWF, Suisse et Valais. Les opposants demandaient une planification d'ensemble de l'aménagement du domaine skiable de Champéry. Ils invoquaient les nuisances sonores susceptibles de terrifier les animaux. D'autres mesures, comme le reboisement des couloirs et la pose de filets, seraient moins dommageables pour la nature. TCC précisa, le 14 septembre 2000, que les installations avaient pour but de remplacer le minage, beaucoup trop dangereux pour le personnel qui doit se rendre sur place pour déposer les charges. Le systčme préconisé était plus sűr et moins cher que les systčmes traditionnels (télé-minage, pose par hélicoptčre, protections avalanches traditionnelles). Le sol caillouteux, au sommet des couloirs, empęchait tout reboisement. La commune de Champéry a délivré un préavis favorable le 20 septembre 2000. Des mesures d'intégration dans l'environnement forestier étaient préconisées. Le 5 octobre 2000, le Service des foręts et du paysage a préavisé positivement: il s'agissait de petites installations sur des zones ouvertes de la foręt, tendant également ŕ la protection de celle-ci et ne nécessitant donc pas de défrichement. Le 9 octobre suivant, le Service de la protection de l'environnement a lui aussi préavisé favorablement, considérant que des mesures de protection hydrogéologiques devaient ętre définies, surtout pendant les travaux. Les nuisances sonores sur le voisinage paraissaient nulles, vu la situation en foręt; des nuisances similaires existaient déjŕ actuellement (jets d'explosifs par hélicoptčre et personnes sur le terrain), et l'ordonnance du 15 décembre 1986 sur la protection contre le bruit (OPB; RS 814.41) ne prévoyait pas de normes pour de telles installations. Le Service de l'aménagement du territoire a estimé, le 10 octobre 2000, que l'implantation des installations était imposée par leur destination. Le Service administratif et juridique du Département des transports, de l'équipement et de l'environnement s'est prononcé le 6 novembre 2000. Une meilleure planification des aménagements du domaine skiable était certes souhaitable; elle pouvait se réaliser dans le contexte du plan directeur cantonal, mais il n'y avait aucune contrainte possible ŕ l'encontre des exploitants de remontées mécaniques. Le 8 novembre 2000, la Commission cantonale des constructions (ci-aprčs: la CCC) a accordé l'autorisation de construire et écarté les oppositions, en reprenant les motifs figurant dans les différents préavis. B. Pro Natura a recouru contre cette décision auprčs du Conseil d'Etat valaisan, en faisant valoir le défaut de planification du domaine skiable, ainsi que des lacunes dans l'instruction du dossier: s'agissant du respect de l'art. 24 LAT (RS 700), aucune étude n'avait été menée quant ŕ la nécessité de l'installation et ŕ la possibilité de solutions alternatives, et aucune pesée globale des intéręts (comprenant la production de plans précis, une étude concernant le bruit et la protection des animaux) n'avait été effectuée. L'art. 23 de la loi fédérale du 4 octobre 1991 sur les foręts (LFo; RS 921.0) était violé, l'installation litigieuse empęchant tout reboisement. Le 27 juin 2001, le Conseil d'Etat a rejeté le recours. En complément au plan directeur cantonal, approuvé le 21 décembre 1988 par le Conseil fédéral, une "fiche de coordination D.4/3" avait été approuvée le 22 décembre 1999 par le Département fédéral de justice et police, et posait les principes applicables ŕ l'extension des domaines skiables. Le rčglement communal homologué le 24 mai 1995 prévoyait une zone sportive consacrée au domaine skiable. Le plan d'affectation avait été complété par une carte du 21 juillet 2000 précisant l'étendue du domaine skiable des communes de Champéry et de Val d'Illiez. Il n'y avait donc pas de défaut de planification, et l'existence d'autres installations contestées (canons ŕ neige) n'était pas l'objet du litige. Une planification spécifique préalable n'était pas nécessaire pour ce type d'installations. L'implantation des exploseurs au sommet des couloirs d'avalanches était imposée par la destination des ouvrages, et l'intéręt lié ŕ la sécurité des skieurs et du personnel chargé de l'entretien des pistes était prépondérant. La pose de claies métalliques impliquait une dépense supplémentaire d'un million de francs. Le reboisement des vides forestiers n'était pas possible compte tenu de la nature du terrain. C. Par arręt du 11 janvier 2002, le Tribunal administratif valaisan a partiellement admis le recours formé par Pro Natura contre cette derničre décision. La nécessité de sécuriser la piste de ski n'était pas contestée; le systčme actuel de déclenchement d'avalanches n'était pas satisfaisant, et les installations projetées étaient prévues aux endroits adéquats, de sorte que l'art. 24 let. a LAT était respecté. Un reboisement au sens de l'art. 23 LFo n'était pas possible. Le systčme d'exploseurs permettrait la régénération de la foręt en aval des couloirs, la purge systématique évitant l'accumulation de trop grandes masses de neige. En dépit des vides forestiers, l'implantation des exploseurs nécessitait une autorisation de défricher. Or, les conditions d'une telle autorisation, en particulier la pesée des intéręts, le respect de la loi fédérale sur la chasse et une étude de bruit, n'avaient pas été examinées, de sorte que l'art. 24 let. b LAT était violé. La cause était renvoyée ŕ la CCC afin qu'elle procčde ŕ l'examen coordonné de tous les paramčtres. D. Pro Natura forme un recours de droit administratif contre cet arręt, en invoquant l'exigence de coordination (art. 25a LAT): l'étude de solutions alternatives, l'impact sur l'environnement et l'application de l'art. 23 LFo devraient ętre examinés dans le cadre de l'application de l'art. 24 let. a LAT. L'art. 23 LFo serait en outre applicable car les couloirs proprement dits seraient propices ŕ un reboisement. La cour cantonale et le Conseil d'Etat ont renoncé ŕ se déterminer. L'intimée TCC se réfčre aux considérants de l'arręt attaqué. La commune de Champéry s'en tient ŕ l'appréciation du Tribunal cantonal ŕ propos de l'application de l'art. 24 let. a LAT. L'Office fédéral de l'environnement, des foręts et du paysage (OFEFP) s'est déterminé ŕ propos de la protection contre le bruit et du reboisement. L'Office fédéral du développement territorial (OFDT) conclut dans le męme sens que la recourante, et s'interroge en outre sur la nécessité d'une procédure de planification du domaine skiable. En réplique, l'intimée a produit une expertise privée, ainsi que divers rapports. Le Tribunal fédéral considčre en droit: 1. L'arręt attaqué est une décision de derničre instance cantonale. Le Tribunal administratif a renvoyé la cause ŕ la CCC, le projet n'ayant pas fait l'objet d'une étude conforme au droit fédéral, en particulier ŕ la loi fédérale sur les foręts, ŕ la loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifčres et oiseaux sauvages (LChP; RS 922.0) et ŕ l'ordonnance sur la protection contre le bruit. La pesée des intéręts devait avoir lieu dans le cadre de l'application de l'art. 24 let. b LAT. 1.1 Selon l'art. 34 al. 1 LAT, le recours de droit administratif est recevable contre les décisions concernant des autorisations exceptionnelles de construire en dehors de la zone ŕ bâtir, régies par l'art. 24 LAT. En vertu de l'art. 46 LFo, le recours de droit administratif peut en outre porter sur l'application de l'art. 23 LFo (obligation de reboiser les vides en foręt). 1.2 Selon l'art. 106 OJ, le recours doit ętre déposé dans les trente jours ou, s'il s'agit d'une décision incidente, dans les dix jours dčs la notification de la décision. L'arręt attaqué est un arręt de renvoi. Il n'est pas pour autant incident dčs lors que la cour cantonale a statué sur la question de la conformité des installations ŕ l'art. 24 let. a LAT, ainsi que sur le caractčre forestier des zones concernées. Sur ces points, contestés par la recourante, la cour cantonale a statué définitivement au fond. Il s'agit donc d'un jugement partiel, attaquable aux męmes conditions qu'un jugement final (ATF 120 Ib 97 consid. 1b p. 99 et les arręts cités). 1.3 Męme si elle n'a pas directement un intéręt digne de protection ŕ obtenir l'annulation ou la modification de l'arręt attaqué, la recourante, en tant qu'association d'importance nationale vouée ŕ la protection de la nature, a qualité pour agir par la voie du recours de droit administratif (cf. art. 103 let. c OJ en relation avec l'art. 12 de la loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage [LPN; RS 451] et l'art. 55 de la loi fédérale sur la protection de l'environnement [LPE; RS 814.01]; cf. aussi le ch. 6 de l'annexe ŕ l'ordonnance relative ŕ la désignation des organisations habilitées ŕ recourir dans les domaines de la protection de l'environnement ainsi que de la protection de la nature et du paysage [ODO; RS 814.076]). 2. La recourante renonce, dans son recours de droit administratif, ŕ invoquer les défauts qui, selon elle, entacheraient la planification du domaine skiable dans son ensemble. Elle ne prétend plus, par ailleurs, que l'installation contestée nécessiterait l'adoption d'une planification spéciale. L'OFDT reprend toutefois ces griefs dans ses déterminations: il relčve que si le plan général d'affectation approuvé en 1995 définit une "zone sportive - domaine skiable", le rčglement y relatif ne précise pas quels types de constructions y sont autorisés. Le plan du 21 juillet 2001, relatif au domaine skiable des Portes du Soleil, ne serait pas un plan au sens de la LAT. La fiche de coordination évoquée par les autorités cantonales, approuvée sous réserve par l'office, ne serait pas non plus d'une clarté suffisante. Les installations litigieuses ne sauraient, en définitive, ętre autorisées si la piste de ski ŕ sécuriser ne fait pas l'objet d'une planification suffisante. Par son impact sur l'environnement, l'installation pourrait d'ailleurs en elle-męme exiger une mesure de planification spéciale. 2.1 Certains projets non conformes ŕ l'affectation de la zone non constructible peuvent avoir des effets importants sur l'organisation du territoire et la protection de l'environnement. Dans ce cas, l'obligation de planifier (art. 2 LAT) impose que la pesée des intéręts se fasse dans le cadre de la procédure de planification, avec la participation de la population, et non dans le cadre d'une autorisation exceptionnelle (ATF 120 Ib 207 consid. 5 p. 212). Il en va ainsi notamment des installations soumises ŕ l'étude d'impact sur l'environnement (ATF 124 II 252 consid. 3 p. 255), des ouvrages s'étendant sur une vaste surface (gravičres, ATF 123 II 88; installations de gestion des déchets, ATF 124 II 252; centres sportifs, ATF 114 Ib 180 consid. 3c/b p. 186; installations d'enneigement artificiel, arręt 1A.23/1994 du 21 décembre 1994, publié in RDAT 1995 II n. 63 p. 165), ou d'ouvrages de moindre surface, mais ayant des effets importants sur l'environnement (augmentation du trafic, ATF 116 Ib 50 consid. 3b p. 54). 2.2 Le projet litigieux comporte cinq exploseurs. Ceux-ci se présentent, selon les plans figurant au dossier, sous la forme d'un tube de 4m 30 ŕ 4m 95 de long pour un diamčtre de 50 ŕ 80 cm, dont l'extrémité recourbée vers le bas est reliée au sol par des barres d'ancrage ou par un contrepoids articulé. La base du tube est scellée dans un socle en béton. Les exploseurs sont reliés ŕ un abri rond en polyester de 2,3 m de diamčtre et de 2,35 m de haut, posé sur un socle en bois, contenant les bouteilles de propane et l'unité de réception dans le cas d'une commande par radio. L'oxygčne est stocké ŕ l'extérieur de l'abri, la surface totale au sol étant d'environ 3 m sur 3,5 m. Les gaz sont acheminés vers les exploseurs au moyen de tubes d'acier fixés au rocher ou de tubes en polyéthylčne enterrés ŕ 40 cm de profondeur. Les exploseurs sont répartis sur une distance d'environ 300 m. Par ses dimensions, le projet ne nécessite pas l'adoption d'une planification spéciale. Les exploseurs et l'abri ont une emprise au sol réduite, de quelques dizaines de mčtres carrés. Il s'agit de constructions de surface reliées entre elles par des conduites de faible diamčtre, ne nécessitant pas de travaux d'envergure. L'emprise sur le paysage et l'environnement est, elle aussi, limitée. Outre son aspect, l'installation aura certes un impact sous l'angle de la protection de la faune et de la foręt, ainsi que contre le bruit. Toutefois, on ne saurait perdre de vue qu'actuellement déjŕ, des minages ont lieu aux męmes emplacements, et il n'est pas établi que le bruit occasionné par les exploseurs soit supérieur ŕ celui des charges utilisées jusqu'ŕ présent, męme si le systčme d'exploseurs semble impliquer des minages plus fréquents, ce qu'il appartiendra ŕ la CCC d'examiner sous l'angle du respect de l'OPB. Par ailleurs, l'effet des installations sur la faune et la foręt est limité aux couloirs ŕ purger et, de ce point de vue également, les minages actuels ne paraissent pas plus avantageux. Si les déclenchements d'avalanches ont, comme le soutient la recourante, pour effet d'empęcher une repousse de la foręt - ce qui est contesté, notamment dans l'arręt attaqué, selon lequel la purge réguličre des couloirs évitera l'accumulation de trop grandes masses de neige -, il peut en aller de męme tant pour les minages effectués actuellement, que pour les déclenchements naturels qui auraient lieu en l'absence de toute intervention. Le projet contesté n'a rien ŕ voir, en particulier, avec les installations d'enneigement artificiel visées dans l'arręt du 21 décembre 1994 précité, qui comportaient une prise d'eau, des réservoirs, des bassins de réfrigération, des stations de pompage, une station de contrôle et 93 canons ŕ neige, répartis sur plusieurs kilomčtres, et présentant notamment des problčmes de protection des eaux. Mis ŕ part leur caractčre permanent, les installations contestées par la recourante n'auront pas de répercussions sur l'environnement plus importantes que la situation actuelle. 2.3 Dčs lors qu'elle est en soi admissible, la procédure d'autorisation exceptionnelle selon l'art. 24 LAT ne saurait conduire ŕ l'examen de l'ensemble de la planification du domaine skiable. Il ressort clairement du plan d'affectation des zones, approuvé le 25 mai 1995 par le Conseil d'Etat, que la piste de ski Ripaille-Grand Paradis emprunte, dans le secteur ŕ assainir, la route de Barme. L'OFDT prétend que l'utilisation de cette piste serait rendue possible par une installation d'enneigement artificiel existant depuis plusieurs années. Selon les derničres déterminations de TCC, ces installations seraient situées bien en amont de la piste ŕ sécuriser et seraient sans incidences sur la pratique du ski dans ce secteur, situé ŕ l'ombre et dont les conditions d'enneigement seraient idéales. L'admissibilité des installations d'enneigement n'a donc pas ŕ ętre examinée, męme indirectement, dans le présent cadre. Quant ŕ la question de savoir si l'installation litigieuse est nécessaire ŕ l'exploitation de la piste de ski, elle pourra - et devra - ętre résolue dans le cadre de la procédure d'autorisation selon l'art. 24 LAT (cf. ATF 117 Ib 266). 3. La recourante invoque l'art. 24 let. a LAT. Pour admettre que l'implantation de l'installation est "imposée par sa destination", au sens de cette disposition, il fallait aussi examiner si les variantes proposées étaient envisageables. La recourante préconisait la pose de filets ou de claies métalliques paravalanches, dont la réalisation avait été écartée par le Conseil d'Etat en raison d'un coűt supérieur d'environ 1'000'000 fr. Devant la cour cantonale, la recourante avait relevé qu'il fallait tenir compte, pour comparer les coűts, des frais d'exploitation et d'entretien du systčme d'exploseurs. La comparaison devait aussi se faire en tenant compte du bruit et des possibilités de reboiser. En retenant que les conditions de l'art. 24 let. a LAT étaient réunies, la cour cantonale aurait en tout cas constaté les faits de maničre inexacte ou incomplčte. 3.1 Selon l'art. 24 LAT, une autorisation dérogatoire peut ętre accordée pour des constructions hors de la zone ŕ bâtir lorsque l'implantation de ces constructions est imposée par leur destination (let. a) et lorsqu'aucun intéręt prépondérant ne s'y oppose (let. b). Pour que l'implantation soit imposée par la destination d'une construction, celle-ci doit ętre adaptée aux besoins qu'elle est censée satisfaire et ne pouvoir remplir son rôle que si elle est réalisée ŕ l'endroit prévu: une nécessité particuličre, tenant ŕ la technique, ŕ l'exploitation ou ŕ la nature du sol, doit exiger de construire ŕ cet endroit et selon les dimensions projetées; seuls des critčres objectifs sont déterminants, ŕ l'exclusion des préférences dictées par des raisons de commodité ou d'agrément (ATF 124 II 252 consid. 4a p. 255; 123 II 499 consid. 3b/cc p. 508 et la jurisprudence citée). L'implantation d'un ouvrage peut aussi ętre imposée par sa destination en raison des nuisances qu'elle provoque, incompatibles avec la zone ŕ bâtir (cf. par exemple ATF 118 Ib 17). La pesée des intéręts exigée par l'art. 24 let. b LAT comprend, selon l'art. 3 OAT (RS 700.1), la détermination de tous les intéręts, publics et privés, touchés par le projet (art. 3 al. 1 let. a OAT). Il s'agit évidemment d'abord des intéręts poursuivis par la LAT elle-męme (notamment la préservation des terres cultivables, l'intégration des constructions dans le paysage, la protection des rives, sites naturels et foręts - art. 3 al. 2 LAT -, la protection des lieux d'habitation - art. 3 al. 3 let. b LAT), mais aussi des autres intéręts protégés dans les lois spéciales (LPE, LPN, LFo, OPB, OPAir); les intéręts privés sont également pris en compte. L'autorité doit ensuite apprécier ces intéręts notamment en fonction du développement spatial souhaité et des implications qui en résultent (art. 3 al. 1 let. b OAT). La pesée des intéręts proprement dite tient compte, dans la mesure du possible, de l'ensemble des intéręts en présence, et doit ętre motivée (art. 3 al. 1 let. c et al. 2 OAT). 3.2 La protection de la foręt, le respect de l'OPB et de la LChP sont en principe ŕ prendre en compte dans le cadre de la pesée d'intéręts prévue ŕ l'art. 24 let. b LAT. En revanche, l'existence de variantes au projet de construction doit ętre examinée en relation avec l'art. 24 let. a LAT. Il s'agit en effet de déterminer si le projet doit ętre réalisé ŕ l'emplacement et selon les dimensions prévus. Le Tribunal administratif a retenu, ŕ juste titre, que l'emplacement des exploseurs était imposé par leur destination, dans la mesure oů ce type d'installation doit naturellement ętre positionné au sommet des couloirs qu'il s'agit d'assainir. La cour cantonale s'est toutefois contentée d'affirmer qu'"il n'existe gučre d'autre alternative que celle consistant ŕ implanter l'abri et les exploseurs litigieux aux endroits prévus". La recourante préconisait ŕ ce sujet la pose de claies métalliques ou de filets paravalanches, ce qui permettrait, selon elle, une repousse de la foręt, rendue impossible par la purge réguličre des couloirs, et éviterait les nuisances de bruit et les effets néfastes sur la faune. Elle relevait également que l'accčs par la route de Barme permettait aux pisteurs de miner efficacement et sans danger les couloirs en question. 3.3 L'arręt attaqué est muet sur ces questions. On ignore ainsi de quelle maničre se font actuellement les minages destinés ŕ sécuriser la piste de ski (les pičces du dossier évoquent tour ŕ tour un accčs ŕ ski et en ratrac par la route de Barme, ou en hélicoptčre), et, par conséquent, en quoi consistent les dangers encourus par le personnel chargé de ces opérations. La cour cantonale a ensuite écarté les variantes proposées par la recourante, sans motiver cette appréciation. Pour sa part, le Conseil d'Etat estimait que le coűt de claies métalliques serait d'un million de francs plus élevé. La recourante relčve que les frais d'exploitation de l'installation gaz-ex n'ont pas été pris en compte dans cette estimation. Par ailleurs, pour autant qu'une différence de prix importante soit avérée, cet argument n'est en principe pas décisif, dčs lors qu'il relčve plutôt des éléments subjectifs, proches de la convenance personnelle de l'exploitant, et doit céder le pas face aux autres critčres qu'il conviendra d'examiner (protection de la foręt et de la faune, protection contre le bruit). Dans le cadre de la protection contre les catastrophes naturelles, les cantons doivent assurer les zones de rupture d'avalanches par des méthodes aussi respectueuses que possible de la nature (art. 19 LFo). Selon l'art. 17 al. 1 let. b de l'ordonnance sur les foręts (OFo; RS 921.01), les installations pour le déclenchement préventif d'avalanches sont envisagées ŕ titre d'exception, subsidiairement aux constructions de protection. L'arręt attaqué n'examine ainsi ni la nécessité de l'installation du point de vue de la gestion du domaine skiable (soit la possibilité de changer le tracé de la piste, voire de la fermer temporairement), ni la possibilité de solutions de remplacement. Cette derničre question ne peut ętre examinée indépendamment des considérations relatives ŕ la protection de la foręt et de la faune, ainsi qu'ŕ l'esthétique et ŕ l'intégration dans le site. Dans ces circonstances, l'affirmation de la conformité du projet ŕ l'art. 24 let. a LAT apparaît prématurée. L'arręt attaqué doit donc ętre annulé sur ce point. 4. Appliquant l'art. 23 al. 1 LFo, le Tribunal administratif a considéré que le reboisement était impossible au sommet des couloirs oů doivent ętre implantés les exploseurs. En aval de ceux-ci, la régénération de la foręt serait favorisée par les installations, car la purge réguličre des couloirs empęcherait l'accumulation de neige. La recourante admet que le sommet des couloirs est formé de caillasse, peu propice ŕ un reboisement naturel. En revanche, un tel reboisement serait possible dans les couloirs proprement dits, ce que la cour cantonale aurait omis de considérer. Par ailleurs, le renvoi de la cause ŕ la CCC pour effectuer la pesée des intéręts prévue ŕ l'art. 24 let. b LAT, tout en excluant l'application de l'art. 23 LFo, violerait l'obligation de coordination posée aux art. 25a LAT et 11 al. 2 LFo. 4.1 Selon l'art. 23 LFo, les vides occasionnés par les atteintes de l'homme ou de la nature doivent ętre reboisés s'ils compromettent la stabilité ou la fonction protectrice des foręts (al. 1). Lorsque le reboisement ne peut pas ętre assuré par régénération naturelle, des arbres et des buissons adaptés ŕ la station doivent ętre plantés (al. 2). Si les parties semblent s'accorder sur la nature du terrain au sommet des couloirs, oů les exploseurs doivent ętre installés, elles divergent en revanche sur la nature du sol en aval, ainsi que sur les possibilités d'un reboisement. L'arręt cantonal exclut la possibilité d'un reboisement des couloirs, sans toutefois motiver cette appréciation. 4.2 Les rapports produits par TCC, en particulier l'expertise du 24 juillet 2002, fournissent des données nouvelles sous l'angle de la LFo et proposent une approche dont la pertinence et le bien-fondé n'ont pas encore pu ętre discutés par les parties. Il en ressort notamment que les couloirs principaux auraient toujours existé, et ne seraient pas le résultat de différentes tempętes. A propos du risque d'avalanches, le rapport du 24 juillet 2002 relčve que la pose de barričres afin de stabiliser le manteau neigeux est envisageable lorsque la reconstitution de la foręt permet de garantir ŕ long terme une protection efficace des objets menacés, "pour autant que cette protection soit plus importante que le maintien du couloir ŕ avalanches". Dans le cas des Forgnons, les objets menacés, soit la piste de ski et une grange transformée en bordure d'un couloir, ne justifieraient pas une telle protection; d'autre part, "le maintien de la valeur biologique et paysagčre du massif avec sa biodiversité est plus important que le rôle de protection". Le rapport fournit en effet une motivation détaillée sur l'état de la flore et l'évolution de la foręt depuis 1957. Il relčve en particulier que les couloirs ouverts contribuent au maintien de la biodiversité, une généralisation du couvert forestier n'étant pas souhaitable. Le déclenchement d'événements avalancheux importants permettrait le maintien de ces ouvertures. A propos de la faune, le rapport relčve la présence de toutes les espčces d'ongulés connues en Suisse (cerfs, chevreuils, chamois, bouquetins), ainsi que d'autres espčces rares ou sensibles (lynx, martre, tétras lyre, etc.). Le projet n'apporterait pas de changement ŕ la situation actuelle, le gibier étant toujours présent malgré les minages et les dérangements liés ŕ l'accčs en ratrac et ŕ ski. La pose de barričres constituerait un obstacle pour les déplacements de la faune, ainsi qu'une diminution des zones de nourrissage. L'expert recommande certaines mesures d'intégration des installations (déplacement de l'abri prčs des accčs, camouflage des exploseurs), ainsi que d'autres mesures, tels notamment le déplacement ou la fermeture de la piste. 4.3 Ce rapport n'était pas connu de la cour cantonale. S'il répond au problčme du reboisement en considérant - alors que cela n'était pas envisagé antérieurement - que la stabilité et la fonction protectrice de la foręt ne sont pas essentielles aux endroits considérés (art. 23 LAT), il envisage néanmoins diverses mesures qui ont une incidence sur la question de la "Standortgebundenheit", qu'il s'agisse de l'éventualité de solutions de remplacement, d'une fermeture ou d'un déplacement de la piste de ski, ce qui n'a nullement été examiné par les instances inférieures. De ce point de vue également, la LFo fait partie des intéręts ŕ prendre en compte, non seulement au titre de l'art. 24 let. b LAT, mais aussi pour évaluer les solutions de remplacement préconisées par la recourante. Cela étant, force est de constater que la question de la protection de la foręt n'a pas, elle non plus, fait l'objet d'un examen suffisant de la part des instances inférieures. 5. Le recours doit, enfin, ętre également admis au regard de l'art. 25a LAT. L'autorité ne pouvait admettre la réalisation des conditions posées par l'art. 24 let. a LAT, tout en exigeant, notamment, une étude de bruit et en réservant la décision relative ŕ l'application de la LFo. L'art. 11 al. 2 LFo impose lui aussi une telle coordination, qui n'a pas eu lieu en l'occurrence. 6. Sur le vu de ce qui précčde, le recours de droit administratif doit ętre admis et l'arręt attaqué annulé en tant qu'il considčre que les conditions posées aux art. 24 let. a LAT et 23 LFo sont respectées. La CCC, ŕ qui la cause était déjŕ renvoyée, devra procéder ŕ un examen coordonné des art. 24 let. a LAT (solutions de remplacement telles que le changement de tracé de la piste ou sa fermeture temporaire au regard des nécessités du domaine skiable; maintien du minage actuel compte tenu notamment de la sécurité du personnel, et installation de claies ou filets paravalanches au regard de la protection de la foręt et de la faune) et 24 let. b LAT, ainsi que de l'OPB, de la LFo et des prescriptions sur la protection de la faune. Il n'apparaît pas nécessaire de renvoyer la cause au Tribunal administratif afin qu'il statue ŕ nouveau sur les frais et dépens de la procédure de recours. En effet, le présent arręt ne modifie pas fondamentalement l'issue de la procédure cantonale, mais ne fait que préciser la portée du renvoi ŕ la CCC. Conformément aux art. 156 al. 1 et 159 al. 1 OJ, les frais de la présente procédure et l'indemnité de dépens allouée ŕ la recourante - représentée par un avocat - sont mis ŕ la charge de CCC, intimée; celle-ci n'a pas déposé de réponse, mais s'est référée ŕ l'arręt attaqué, concluant par lŕ implicitement ŕ sa confirmation. Elle a par ailleurs produit, dans le męme sens, une détermination aux prises de position des offices. Compte tenu de l'issue du recours, ses conclusions sont écartées et elle doit ętre considérée comme la partie qui succombe. Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce: 1. Le recours de droit administratif est admis et l'arręt attaqué est annulé en tant qu'il admet la conformité de l'installation aux art. 24 let. a LAT et 23 LFo. 2. Un émolument judiciaire de 3'000 fr. est mis ŕ la charge de la Société Télé Champéry-Crosets Portes du Soleil SA, intimée. 3. Une indemnité de dépens de 2'500 fr. est allouée ŕ la recourante, ŕ la charge de l'intimée. 4. Le présent arręt est communiqué en copie aux mandataires des parties, ŕ la Commune de Champéry, ŕ la Commission cantonale des constructions, au Conseil d'Etat et au Tribunal cantonal du canton du Valais, ainsi qu'ŕ l'Office fédéral du développement territorial, ŕ l'Office fédéral de l'environnement, des foręts et du paysage et au Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication. Lausanne, le 25 novembre 2002 Au nom de la Ire Cour de droit public du Tribunal fédéral suisse Le président: Le greffier: