Bundesgericht Tribunal fédéral Tribunale federale Tribunal federal 2C_821/2017 Arręt du 23 mars 2018 IIe Cour de droit public Composition MM. et Mme les Juges fédéraux Seiler, Président, Aubry Girardin et Stadelmann. Greffier : M. Ermotti. Participants ŕ la procédure A.X.________, représenté par Me Antoine Berthoud, avocat, recourant, contre Administration fiscale cantonale du canton de Genčve. Objet Impôt cantonal et communal 2010; irrecevabilité, recours contre l'arręt de la Cour de justice de la République et canton de Genčve, Chambre administrative, 4čme section, du 22 aoűt 2017 (A/119/2015-ICC). Faits : A. A.a. Le 4 mars 2005, B.X.________ et ses enfants Y.________, A.X.________ et Z.________, ont acquis en propriété commune (indivision de famille) l'ensemble des parts de copropriété d'un immeuble soumis au régime de la propriété par étages, situé ŕ la rue C.________ ŕ Genčve, pour un montant de 8'500'000 fr. En 2008, cet immeuble a fait l'objet d'importants travaux d'aménagement, pour une valeur d'environ 6'600'000 fr. Par acte notarié des 29 juin et 9 aoűt 2010, B.X.________ a fait donation irrévocable ŕ ses trois enfants, ŕ concurrence d'un tiers chacun, de tous ses droits relatifs ŕ l'immeuble précité. Dans le męme acte, les parts de copropriété ont été attribuées aux intéressés selon une nouvelle clef de répartition, d'aprčs laquelle A.X.________ est devenu propriétaire de 317,2 o/oo des parts. Le 10 aoűt 2010, l'Administration fiscale cantonale du canton de Genčve (ci-aprčs: l'Administration cantonale) a adressé au notaire qui avait établi l'acte précité un avis de taxation pour les droits d'enregistrement relatifs aux opérations mentionnées dans celui-ci. La valeur de l'immeuble prise en compte pour la taxation était de 15'525'000 fr. Cet avis n'a pas été contesté. A.b. Au mois d'octobre 2011, A.X.________, qui résidait ŕ Zurich, a remis ŕ l'Administration cantonale sa déclaration fiscale 2010 de contribuable domicilié hors canton, en y joignant sa déclaration fiscale zurichoise. Dans celle-ci, l'immeuble situé ŕ la rue C.________ ŕ Genčve était mentionné pour un montant de 2'696'200 fr. B. B.a. Le 28 juillet 2014, l'Administration cantonale a établi le bordereau de taxation pour les impôts cantonal et communal (ci-aprčs: ICC) 2010 de A.X.________. Ledit bordereau faisait état dans la fortune immobiličre du contribuable d'un montant de 5'619'785 fr. relatif ŕ l'immeuble précité. Le 22 aoűt 2014, A.X.________ a formé réclamation contre le bordereau de taxation ICC 2010 du 28 juillet 2014. Il demandait que la valeur fiscale de sa part de l'immeuble situé ŕ la rue C.________ ŕ Genčve soit fixée ŕ 3'420'045 fr. Par décision sur réclamation du 11 décembre 2014, l'Administration cantonale a maintenu inchangé le bordereau querellé. Le 12 janvier 2015, l'intéressé a recouru contre cette décision devant le Tribunal administratif de premičre instance du canton de Genčve (ci-aprčs: le TAPI). Par jugement du 12 novembre 2015, le TAPI a admis partiellement le recours, a fixé ŕ 4'924'500 fr. la valeur fiscale de la part de l'immeuble litigieux appartenant ŕ A.X.________ et a renvoyé le dossier ŕ l'Administration cantonale pour nouvelle taxation dans le sens des considérants. B.b. Le 16 décembre 2015, A.X.________ a formé recours contre le jugement du TAPI auprčs de la Chambre administrative de la Cour de justice du canton de Genčve (ci-aprčs: la Cour de justice), en concluant ŕ ce qu'il soit dit que la valeur fiscale relative ŕ sa part de l'immeuble situé ŕ la rue C.________ ŕ Genčve soit fixée ŕ 3'420'045 fr. Par arręt du 22 aoűt 2017, la Cour de justice a déclaré le recours irrecevable. Les juges cantonaux ont retenu, en substance, que le contribuable n'avait conclu ni ŕ l'annulation du jugement entrepris, ni ŕ sa réforme, mais qu'il s'était limité ŕ former des conclusions constatatoires, de sorte qu'il n'était pas possible d'entrer en matičre sur le recours. C. Agissant par la voie du recours en matičre de droit public, A.X.________ demande au Tribunal fédéral, sous suite de frais et dépens, d'annuler l'arręt de la Cour de justice du 22 aoűt 2017, de dire que le recours déposé le 16 décembre 2015 était recevable et de renvoyer la cause ŕ l'autorité précédente pour qu'elle statue sur le fond. L'Administration cantonale formule des observations et conclut au rejet du recours. La Cour de justice persiste dans les considérants et le dispositif de son arręt. Considérant en droit : 1. Le Tribunal fédéral examine d'office sa compétence (art. 29 al. 1 LTF) et contrôle librement la recevabilité des recours portés devant lui (ATF 140 IV 57 consid. 2 p. 59). 1.1. L'arręt attaqué est une décision finale (art. 90 LTF). En effet, il met définitivement fin au litige, le jugement de renvoi du TAPI n'ayant lui-męme pas un caractčre incident, dčs lors qu'il ne laissait aucune marge de manoeuvre ŕ l'Administration cantonale (cf. ATF 138 I 143 consid. 1.2 p. 148; arręt 2C_585/2014 du 13 février 2015 consid. 2.3.1). Par ailleurs, il a été rendu en derničre instance cantonale par un tribunal supérieur (art. 86 al. 1 let. d et al. 2 LTF) dans une cause de droit public (art. 82 let. a LTF) ne tombant pas sous le coup de l'une des exceptions prévues ŕ l'art. 83 LTF. La voie du recours en matičre de droit public est donc en principe ouverte. 1.2. Le recourant, qui était le destinataire de l'arręt entrepris, a un intéręt digne de protection ŕ demander l'annulation de celui-ci, dčs lors que ledit arręt refuse d'entrer en matičre sur son recours du 16 décembre 2015; cela indépendamment et sans préjudice du motif d'irrecevabilité retenu par la Cour de justice, qui constitue l'objet de la contestation devant le Tribunal fédéral (ATF 135 II 145 consid. 3.1 p. 148; arręt 2C_841/2016 du 25 aoűt 2017 consid. 1.3). L'intéressé a ainsi qualité pour recourir au Tribunal fédéral, afin que ce dernier examine la question de la recevabilité de son recours devant l'instance précédente. Au surplus, le recours a été déposé en temps utile (art. 100 al. 1 LTF) et dans les formes prescrites (art. 42 LTF). Il est donc recevable. 1.3. Compte tenu de la nature de l'acte attaqué, c'est ŕ juste titre que le recourant n'a conclu qu'ŕ son annulation et au renvoi de la cause ŕ l'autorité précédente pour qu'elle entre en matičre, les conclusions sur le fond n'étant en principe pas admissibles contre une décision d'irrecevabilité (cf. arręts 6B_688/2013 du 28 octobre 2013 consid. 1.2 et 2C_373/2011 du 7 septembre 2011 consid. 1.2). 2. 2.1. Le Tribunal fédéral conduit son raisonnement juridique sur la base des faits constatés par l'autorité précédente (art. 105 al. 1 LTF), sous réserve des cas prévus ŕ l'art. 105 al. 2 LTF. Selon l'art. 97 al. 1 LTF, le recours ne peut critiquer les constatations de fait que si les faits ont été établis de façon manifestement inexacte - notion qui correspond ŕ celle d'arbitraire - ou en violation du droit au sens de l'art. 95 LTF et si la correction du vice est susceptible d'influer sur le sort de la cause (ATF 142 II 355 consid. 6 p. 358; 139 II 373 consid. 1.6 p. 377 s.). Conformément ŕ l'art. 106 al. 2 LTF, la partie recourante doit expliquer de maničre circonstanciée en quoi ces conditions seraient réalisées. A défaut, il n'est pas possible de tenir compte d'un état de fait qui diverge de celui qui est contenu dans l'acte attaqué (ATF 137 II 353 consid. 5.1 p. 356; arręt 2C_665/2017 du 9 janvier 2018 consid. 2.1). 2.2. Dans la mesure oů le recourant présente une argumentation partiellement appellatoire, notamment en complétant librement l'état de fait, sans invoquer ni l'arbitraire, ni une constatation manifestement inexacte des faits, le Tribunal fédéral ne peut pas en tenir compte. Il sera donc statué sur la base des faits tels qu'ils ressortent de l'arręt attaqué. 3. Saisi d'un recours en matičre de droit public, le Tribunal fédéral contrôle librement le respect du droit fédéral, qui comprend les droits de nature constitutionnelle (cf. art. 95 let. a et 106 al. 1 LTF; arręts 2C_365/2017 du 7 décembre 2017 consid. 3.1 et 2C_1056/2016 du 22 novembre 2017 consid. 3), sous réserve des exigences de motivation figurant ŕ l'art. 106 al. 2 LTF. Aux termes de cet article, le Tribunal fédéral n'examine la violation de droits fondamentaux ainsi que celle de dispositions de droit cantonal et intercantonal que si ce grief a été invoqué et motivé par le recourant, ŕ savoir exposé de maničre claire et détaillée (cf. ATF 141 I 36 consid. 1.3 p. 41). 4. Le litige porte sur le point de savoir si l'autorité précédente pouvait déclarer irrecevable le recours déposé par le contribuable le 16 décembre 2015 au motif que cet acte ne contenait que des conclusions constatatoires. 4.1. La Cour de justice a fondé son raisonnement sur le fait que le recourant, qui était représenté par un avocat, n'avait pas demandé formellement l'annulation du jugement attaqué, mais avait uniquement conclu "ŕ ce qu'il soit dit que la valeur fiscale du bien immobilier dont il est propriétaire soit ramenée ŕ CHF 3'420'045". Les juges cantonaux ont relevé que "des conclusions constatatoires sont irrecevables lorsque leur auteur n'a pas d'intéręt pratique ŕ leur admission" et que tel était le cas en l'espčce, "puisque s'il était donné suite aux conclusions du recourant, cela n'entraînerait pas l'annulation du jugement du TAPI, ni sa réforme" (arręt attaqué, p. 5). 4.2. Le recourant critique cette approche. En invoquant en premier lieu l'art. 29 Cst. et l'interdiction du formalisme excessif, il admet d'avoir "omis de demander formellement l'annulation du jugement du [TAPI] et l'établissement d'une nouvelle taxation conforme ŕ ses conclusions" (recours, p. 6). Cependant, ŕ son avis, une telle requęte ressortait implicitement des conclusions constatatoires formées devant la Cour de justice et de l'ensemble du litige. L'arręt d'irrecevabilité serait donc constitutif de formalisme excessif et devrait ętre annulé. 4.3. Le formalisme excessif est un aspect particulier du déni de justice prohibé par l'art. 29 al. 1 Cst. Il est réalisé lorsque la stricte application des rčgles de procédure ne se justifie par aucun intéręt digne de protection, devient une fin en soi, complique de maničre insoutenable la réalisation du droit matériel ou entrave de maničre inadmissible l'accčs aux tribunaux (ATF 142 IV 299 consid. 1.3.2 p. 304 s.; 142 V 152 consid. 4.2 p. 158; 132 I 249 consid. 5 p. 253). Le Tribunal fédéral examine librement si l'on se trouve en présence d'un formalisme excessif (ATF 135 I 6 consid. 2.1 p. 9; 128 II 139 consid. 2a p. 142; arręt 8D_6/2016 du 1er juin 2017 consid. 3.1). En tant qu'il sanctionne un comportement répréhensible de l'autorité dans ses relations avec le justiciable, ce principe poursuit le męme but que celui de la bonne foi consacré aux art. 5 al. 3 et 9 Cst. (ATF 125 I 166 consid. 3a p. 170; arręt 5A_637/2016 du 2 novembre 2016 consid. 5.1.1). L'interdiction du formalisme excessif commande en particulier de ne pas se montrer trop strict dans l'examen de la formulation des conclusions si, ŕ la lecture du mémoire, on comprend clairement ce que veut le recourant (arręts 5A_950/2015 du 29 septembre 2016 consid. 8.4; 5A_866/2015 du 2 mai 2016 consid. 1.2, non publié in ATF 142 III 364; 2C_861/2015 du 11 février 2016 consid. 1.2; 4A_688/2011 du 17 avril 2012 consid. 2, non publié in ATF 138 III 425). 4.4. En l'espčce, dans son recours devant la Cour de justice, le contribuable avait pris les conclusions suivantes: "Déclarer bon et recevable le présent recours contre le jugement du Tribunal administratif de premičre instance du 12 novembre 2015 (JTAPI/1338/2015 dans la cause A/119/2015). Dire que la valeur fiscale des lots de PPE de l'immeuble sis ŕ la rue C.________ détenus par le recourant doit ętre ramenée ŕ CHF 3'420'045. Débouter l'Administration fiscale cantonale de toutes autres ou contraires conclusions. Laisser les frais de la procédure ŕ la charge de l'Etat et allouer au recourant une équitable indemnité ŕ titre de dépens". Dans ledit recours, l'intéressé avait exposé clairement que le litige concernait "la valeur fiscale des lots de PPE [...] détenus par le recourant", en particulier s'agissant des conséquences de "l'acte de donation-partage conclu en 2010" sur l'évaluation de ces lots (recours du 16 décembre 2015 auprčs de la Cour de justice, p. 2; cf. art. 105 al. 2 LTF). Le mémoire de recours contenait des calculs relatifs ŕ cette évaluation et soutenait que "la valeur fiscale totale des lots de PPE détenus par le recourant" s'élevait ŕ 3'420'045 fr. (recours du 16 décembre 2015 auprčs de la Cour de justice, p. 4). En outre, il ressort de l'arręt entrepris que la question de la valeur fiscale des parts de copropriété appartenant au contribuable constituait déjŕ l'objet du litige devant l'Administration cantonale (réclamation du 22 aoűt 2014) et le TAPI (recours du 12 janvier 2015), lequel avait admis partiellement le recours du contribuable et avait fixé cette valeur - que l'Administration cantonale avait arrętée ŕ 5'619'785 fr. - ŕ 4'924'500 fr. En concluant devant la Cour de justice ŕ ce que celle-ci soit ramenée ŕ 3'420'045 fr., il était donc évident que le recourant s'en prenait ŕ l'évaluation opérée par les autorités précédentes. Il découle de ces éléments que, męme si le recourant n'avait pas formellement conclu, devant la Cour de justice, ŕ l'annulation de l'arręt du TAPI et ŕ l'établissement d'une nouvelle taxation fondée sur une valeur fiscale de 3'420'045 fr. pour l'immeuble de Genčve, cette requęte ressortait clairement des (autres) conclusions contenues dans le recours, de la motivation de celui-ci et de la procédure devant l'Administration cantonale et le TAPI. Partant, il s'agissait typiquement d'une situation dans laquelle, ŕ la lecture du mémoire, on comprenait aisément ce que voulait le recourant. Dans ces circonstances, en déclarant irrecevable le recours déposé par le contribuable le 16 décembre 2015 au motif que cet acte ne contenait que des "conclusions constatatoires", la Cour de justice a fait preuve de formalisme excessif et a violé l'art. 29 Cst. Le grief de l'intéressé ŕ ce sujet est dčs lors bien-fondé. 4.5. Par conséquent, le recours doit ętre admis et l'arręt attaqué annulé pour violation de l'interdiction du formalisme excessif. L'examen des autres griefs formulés par le recourant, notamment concernant la violation de l'art. 50 de la loi fédérale du 14 décembre 1990 sur l'harmonisation des impôts directs des cantons et des communes (LHID; RS 642.14) ou l'application arbitraire du droit cantonal, s'avčre donc superflu. La cause sera renvoyée ŕ la Cour de justice pour qu'elle entre en matičre sur le recours déposé le 16 décembre 2015 par le contribuable. 5. Compte tenu de l'issue du litige, les frais judiciaires sont mis ŕ la charge du canton de Genčve, qui succombe et dont l'intéręt patrimonial est en cause (art. 66 al. 1 et 4 LTF). Ayant obtenu gain de cause avec l'aide d'un mandataire professionnel, le recourant a droit ŕ des dépens (art. 68 al. 1 et 2 LTF), ŕ charge du canton de Genčve. Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce : 1. Le recours est admis. 2. L'arręt du 22 aoűt 2017 est annulé et la cause est renvoyée ŕ la Cour de justice pour qu'elle entre en matičre sur le recours déposé le 16 décembre 2015 par le contribuable. 3. Les frais judiciaires, arrętés ŕ 2'000 fr., sont mis ŕ la charge du canton de Genčve. 4. Le canton de Genčve versera au recourant une indemnité de 3'000 fr. ŕ titre de dépens. 5. Le présent arręt est communiqué au mandataire du recourant, ŕ l'Administration fiscale cantonale du canton de Genčve et ŕ la Cour de justice de la République et canton de Genčve, Chambre administrative, 4čme section. Lausanne, le 23 mars 2018 Au nom de la IIe Cour de droit public du Tribunal fédéral suisse Le Président : Seiler Le Greffier : Ermotti