Bundesgericht Tribunal fédéral Tribunale federale Tribunal federal {T 0/2} 4A_15/2009 Arręt du 15 septembre 2009 Ire Cour de droit civil Composition Mmes et MM. les juges Klett, présidente, Corboz, Rottenberg Liatowitsch, Kolly et Kiss. Greffier: M. Thélin. Parties A.X.________, demanderesse et recourante, représentée par Me Albert Rey-Mermet, contre Y.________, défendeur et intimé, représenté par Me Benoît Chappuis. Objet mandat; reddition de compte recours contre l'arręt rendu le 14 novembre 2008 par la Cour de justice du canton de Genčve. Faits: A. A.X.________ est la fille de H.X.________ et de son épouse F.X.________, lesquels s'étaient mariés en *** et sont décédés dans ce pays, respectivement en 200* et en 198*. H.X.________ avait des biens auprčs de plusieurs banques en Suisse, et il a chargé Y.________, avocat ŕ Genčve, de pourvoir ŕ diverses affaires en Suisse et au Liechtenstein. Déjŕ avant la disparition de F.X.________, un différend s'est élevé entre H.X.________ et sa fille: celle-ci l'accusait d'avoir fait, secrčtement, d'importantes libéralités avec des biens de la communauté matrimoniale, de nature ŕ léser ses propres expectatives successorales. Aprčs le décčs de sa mčre et le partage de la succession, A.X.________ persista ŕ réclamer des renseignements sur les avoirs de ses parents en Suisse, et H.X.________ chargea alors Me Y.________ de la défense de ses intéręts. Par l'intermédiaire de cet avocat et des conseils genevois de sa fille, il lui communiqua des relevés de comptes bancaires. Néanmoins, toujours pour obtenir des renseignements, et avec succčs, A.X.________ ouvrit action contre une banque ŕ Bâle et contre une autre ŕ Saint-Gall. Elle ouvrit aussi action contre une fondation au Liechtenstein. A.X.________ est l'unique héritičre de son pčre, décédé le ***. Elle s'est adressée ŕ Me Y.________ pour l'informer du décčs et pour révoquer tout mandat et toute procuration qui lui étaient éventuellement confiés par le défunt, et exiger la conservation, pendant dix ans, de tous les documents en sa possession. Me Y.________ répondit qu'il n'avait reçu aucun mandat concernant les biens de la communauté des époux X.________, ni de H.X.________ seulement, et qu'il n'avait reçu, non plus, aucun pouvoir sur les comptes bancaires. B. Le 17 mai 2004, A.X.________ a ouvert action contre Me Y.________ devant le Tribunal de premičre instance du canton de Genčve. Le défendeur devait ętre condamné ŕ rendre compte de toutes les opérations qui lui avaient été confiées en relation avec les biens des époux X.________ ou de H.X.________, telles que, en particulier, des donations faites directement ou par l'intermédiaire d'autres personnes physiques ou morales, ou des opérations de compensation; le défendeur devait aussi rendre compte de tous actifs immobiliers ou mobiliers, tels que, en particulier, des comptes bancaires ayant appartenu ŕ la communauté des époux X.________ ou ŕ H.X.________ seulement, ŕ eux seuls, conjointement avec des tiers ou par l'intermédiaire d'autres personnes. La demanderesse se prétendait en droit d'obtenir le relevé de toutes les opérations effectuées du vivant de ses parents, dans la mesure oů elle pourrait exiger, sur la base du droit *** applicable ŕ leurs successions, la réduction des libéralités entre vifs faites par eux. Le défendeur a conclu au rejet de l'action. Le tribunal a rendu un premier jugement le 23 juin 2005, déclarant la demande irrecevable. Statuant sur l'appel de la demanderesse, la Cour de justice a annulé ce prononcé le 20 janvier 2006. La demanderesse a ensuite confirmé et amplifié ses conclusions, surtout pour spécifier, trčs largement, la documentation ŕ livrer par le défendeur. Le tribunal a rendu un deuxičme jugement le 21 février 2008. Il a rejeté l'action en tant que les renseignements et documents voulus relevaient du secret professionnel de l'avocat; il l'a accueillie pour le surplus. Le dispositif se lit comme suit: 1. [Le tribunal ordonne au défendeur de restituer ŕ la demanderesse]: 1.1. l'intégralité des dossiers encore en sa possession confiés par feu H.X.________ ou constitués par lui-męme pour l'exécution des différents mandats reçus, ŕ l'exception des documents relatifs aux litiges ayant opposé feu H.X.________ ŕ sa fille; 1.2. tous autres documents encore en sa possession, en particulier toute la correspondance reçue et adressée ŕ caractčre bancaire ou financier, et leurs annexes, notamment ceux Ť gardés en dépôt ť pour le compte de feu H.X.________; 1.3. tous documents encore en sa possession liés ŕ son activité de mandataire social, soit comme administrateur de société ou membre de conseil de fondation, notamment l'intégralité des documents sociaux et comptables (bouclements annuels, soit bilans et comptes de pertes et profits) et financiers, en particulier la correspondance reçue ou adressée se rapportant notamment ŕ la Fondation N.________ ŕ Vaduz. 2. Ordonne [au défendeur] de rendre compte de: 2.1. l'exercice de tout mandat en relation avec les opérations financičres pour le compte des défunts parents de [la demanderesse], y compris, notamment, concernant tout transfert d'actifs ayant appartenu ŕ la communauté des époux X.________ et leur succession, ainsi que toute donation effectuée par H.X.________ ou postérieurement ŕ son décčs, que ce soit par le truchement de personnes physiques, morales, trusts, établissements et, en particulier, par le truchement de la Fondation N.________, en indiquant l'identité des destinataires et donataires; 2.2. l'exercice de toute activité de mandataire social dans toutes sociétés dans lesquelles il a siégé ou sičge au sein du conseil d'administration en exécution des mandats confiés par feu H.X.________, ainsi que de son activité dans le cadre de la constitution de la Fondation N.________, ŕ Vaduz, et en sa qualité de membre du conseil de cette fondation; 2.3. toutes transactions effectuées dont il a connaissance concernant des actifs dépendant ou ayant dépendu de la communauté des époux X.________, de la succession de F.X.________, ou des biens de H.X.________, et toutes opérations de compensation dont il a connaissance effectuées par H.X.________ personnellement ou au travers des personnes physiques ou morales dont il a été un organe ou un fondé de procuration, et dont la communauté des époux X.________ ou lui-męme ont été ayants droit économiques; 2.4. l'existence de tout actif mobilier ou immobilier dont il a connaissance, en particulier de tout compte bancaire ayant appartenu ŕ la communauté des époux X.________ ou ŕ H.X.________ personnellement, seul ou conjointement avec un tiers et dont ils ont été l'un des ayants droit économiques; 2.5. toutes instructions données par H.X.________, plus particuličrement en ce qui concerne la Fondation N.________, ŕ l'exception de celles relatives aux litiges ayant opposé feu H.X.________ ŕ sa fille. 3. Déboute [la demanderesse] des ses autres conclusions. C. La demanderesse a derechef appelé ŕ la Cour de justice, pour contester que le secret professionnel lui fűt opposable et réclamer une documentation et des informations plus étendues. La Cour devait surtout compléter le jugement et imposer des obligations supplémentaires au défendeur, ŕ spécifier comme suit: en complément du chiffre 1.1 du dispositif du jugement attaqué, [restituer également] la totalité des dossier [...] confiés par feu H.X.________ et feue F.X.________ ou constitués par [le défendeur] pour l'exécution des différents mandats reçus, en particulier tous les documents relatifs aux litiges ayant opposé feu H.X.________ ŕ sa fille; en complément du chiffre 1.2 du dispositif du jugement attaqué, [restituer également] tous autres documents, en particulier toutes les notes d'honoraires, quittances, ainsi que la liste complčte des sommes d'argent reçues, sans qu'importe le mode de transfert, et le décompte clair et précis de leur affectation (décompte du Ť doit ť et de Ť l'avoir ť), cela dans le cadre de toute l'activité accomplie pour les époux X.________ ou feu H.X.________; en complément du chiffre 2.5 du dispositif du jugement attaqué, [rendre également compte de] toutes instructions données par H.X.________, plus particuličrement en ce qui concerne la Fondation N.________ et les litiges ayant opposé feu H.X.________ ŕ sa fille. Statuant le 14 novembre 2008, la Cour de justice a rejeté l'appel et confirmé le jugement. D. Alors que la cause était pendante devant le Tribunal de premičre instance, le défendeur a présenté une demande de levée du secret professionnel ŕ la Commission du barreau qui est, dans le canton de Genčve, l'autorité de surveillance des avocats. La Commission a rejeté cette demande le 12 septembre 2006. Selon sa décision, parce que seule l'activité typique de l'avocat est soumise au secret professionnel, il s'imposait d'opérer une distinction parmi les services professionnels que le défendeur avait fournis ŕ H.X.________. Le défendeur avait accompli des tâches d'intermédiaire financier qui n'étaient pas couvertes par le secret, ŕ la différence du conseil et de la représentation de H.X.________ dans le litige qui l'opposait ŕ sa fille. Le défendeur ne pouvait plus se faire délier du secret professionnel par le client entre-temps décédé; ŕ juste titre, il s'adressait donc ŕ la Commission du barreau. En dépit de l'action judiciaire intentée ŕ l'avocat et des motifs allégués par la demanderesse ŕ l'appui de cette action, la révélation des faits couverts par le secret ne paraissait pas indispensable ŕ la protection d'intéręts supérieurs publics ou privés; cela conduisait au rejet de la requęte. La demanderesse n'était pas partie ŕ cette procédure et elle n'y fut aucunement entendue. E. Agissant par la voie du recours en matičre civile, la demanderesse requiert le Tribunal fédéral de réformer l'arręt de la Cour de justice en ce sens que le défendeur soit condamné ŕ restituer [...] la totalité des dossiers qui lui ont été confiés par feu H.X.________ et feue F.X.________ ou constitués par lui-męme pour l'exécution des différents mandats reçus, en particulier tous les documents comportant des dispositions ŕ cause de mort ainsi que ceux relatifs aux litiges ayant opposé feu H.X.________ ŕ sa fille [...], tels que notes d'honoraires, quittances, la liste complčte des sommes d'argent reçues et le décompte clair et précis de leur affectation (décompte du Ť doit ť et de Ť l'avoir ť) relatifs ŕ ces litiges; rendre compte de toutes instructions ŕ lui données par feu H.X.________. La demanderesse a simultanément introduit un recours constitutionnel, aux conclusions identiques, pour le cas oů le recours en matičre civile serait jugé irrecevable. Le défendeur conclut au rejet des deux recours, dans la mesure oů ils sont recevables. Le Tribunal fédéral délibčre en public le 15 septembre 2009. Considérant en droit: 1. Le Tribunal fédéral examine d'office la recevabilité des recours qui lui sont soumis (ATF 134 III 235 consid. 1 p. 236). 1.1 Dans les contestations pécuniaires, le recours en matičre civile n'est recevable que si la valeur litigieuse s'élčve, en rčgle générale, ŕ 30'000 fr. au moins (art. 74 al. 1 let. b LTF); il est recevable sans égard ŕ la valeur litigieuse lorsque la contestation soulčve une question juridique de principe (art. 74 al. 2 let. a LTF). La valeur litigieuse est déterminée d'aprčs les conclusions restées litigieuses devant l'autorité précédente (art. 51 al. 1 let. a LTF); lorsque ces conclusions ne tendaient pas au paiement d'une somme déterminée, le Tribunal fédéral la fixe selon son appréciation (art. 51 al. 2 LTF). Il est douteux que la valeur litigieuse minimum soit atteinte dans la présente affaire, compte tenu que, devant le Tribunal de premičre instance déjŕ, la demanderesse a obtenu la reddition de compte relative ŕ toutes les affaires confiées au défendeur par H.X.________, ŕ la seule exception du litige l'ayant opposée ŕ ce dernier. Quoi qu'il en soit, l'affaire soulčve une question juridique de principe (cf. ATF 135 III 1 consid. 1.3 p. 4), consistant ŕ déterminer si le secret professionnel de l'avocat est opposable ŕ l'héritičre de son client décédé. Ce point de droit fédéral est en effet controversé, et il est souhaitable de l'élucider ŕ l'intention des autorités compétentes pour statuer sur la levée du secret professionnel. 1.2 Pour le surplus, les recours sont dirigés contre un jugement final (art. 90 LTF), rendu en matičre civile (art. 72 al. 1 LTF) et en derničre instance cantonale (art. 75 al. 1 LTF). Leur auteur a pris part ŕ l'instance précédente et succombé dans ses conclusions (art. 76 al. 1 LTF). Introduit en temps utile (art. 100 al. 1 LTF) et dans les formes requises (art. 42 al. 1 ŕ 3 LTF), le recours en matičre civile est en principe recevable, de sorte que le recours constitutionnel, subsidiaire (art. 113 LTF), est exclu. 1.3 Le recours en matičre civile est ouvert pour violation du droit fédéral (art. 95 let. a LTF). Le Tribunal fédéral applique ce droit d'office, hormis les droits fondamentaux (art. 106 LTF). Il n'est pas lié par l'argumentation des parties et il apprécie librement la portée juridique des faits; il s'en tient cependant, d'ordinaire, aux questions juridiques que la partie recourante soulčve dans la motivation du recours (art. 42 al. 2 LTF; ATF 133 II 249 consid. 1.4.1 p. 254), et il ne se prononce sur la violation de droits fondamentaux que s'il se trouve saisi d'un grief invoqué et motivé de façon détaillée (art. 106 al. 2 LTF; ATF 134 I 83 consid. 3.2 p. 88; 134 II 244 consid. 2.2 p. 246; 133 II 249 consid. 1.4.2). En rčgle générale, il conduit son raisonnement juridique sur la base des faits constatés dans la décision attaquée (art. 105 al. 1 LTF). Aux termes de l'art. 99 al. 2 LTF, toute conclusion nouvelle est irrecevable devant le Tribunal fédéral. Par leur libellé, les conclusions de la demanderesse diffčrent de celles prises par elle devant la Cour de justice, qui tendaient ŕ un complčtement du jugement de premičre instance; en particulier, la mention expresse des dispositions ŕ cause de mort ne se trouvait pas dans ces conclusions précédentes. Néanmoins, par leur formulation trčs générale, ces derničres incluaient déjŕ toute espčce de document remis par H.X.________, ou créé ŕ son intention par le défendeur, de sorte que cette prétention spécifique n'est pas nouvelle dans la présente instance. 2. Aux termes de l'art. 92 al. 1 de la loi fédérale sur le droit international privé (LDIP), le droit applicable ŕ une succession, suisse ou étranger, détermine notamment en quoi consiste la succession, qui est appelé ŕ succéder et quelles institutions de droit successoral peuvent ętre invoquées. La demanderesse tient le droit *** pour applicable aux successions de ses pčre et mčre, lesquels ont vécu et sont décédés en ***; ce point est incontesté et il n'y a pas lieu de le mettre en doute. Il est également indiscutable que les services professionnels fournis ŕ H.X.________ par le défendeur, avocat ŕ Genčve, étaient régis par le droit suisse selon l'art. 117 LDIP, et que ce conseil avait, envers son client, les droits et les devoirs d'un mandataire aux termes de l'art. 394 al. 1 CO. 3. L'art. 400 al. 1 CO oblige le mandataire ŕ rendre compte de sa gestion au mandant, en tout temps et ŕ la demande de celui-ci, et de lui restituer tout ce qu'il a reçu du chef de cette gestion, ŕ quel que titre que ce soit. La demanderesse fait valoir qu'elle a succédé ŕ son pčre dans tous ses droits de mandant envers le défendeur, et elle fonde sa demande de renseignements et de documents sur cette disposition. Le droit de tout héritier d'exiger des renseignements sur les biens de la succession, consacré par la jurisprudence relative aux art. 607 al. 3 et 610 al. 2 CC (ATF 132 III 677 consid. 4 p. 684), est présentement hors de cause car les successions des époux X.________ ne sont pas soumises au droit suisse. 3.1 En rčgle générale, selon l'art. 405 al. 1 CO, le mandat se termine ŕ la mort du mandant. La demanderesse a de plus révoqué, comme le permet l'art. 404 al. 1 CO, celui confié par son pčre au défendeur. Néanmoins, le droit ŕ la reddition de compte subsiste aprčs la fin du mandat et il se transmet aux héritiers du mandant (ATF 133 III 664 consid. 2.5 p. 667). Les précédents juges ont en principe reconnu ce droit ŕ la demanderesse, et ils ont partiellement admis ses prétentions; ce point n'est plus litigieux. En l'état de la contestation, il est seulement nécessaire de déterminer si le secret professionnel de l'avocat est opposable ŕ l'héritičre du client décédé, et justifie de retrancher, de l'ensemble des renseignements et documents relatifs au mandat, ceux couverts par ce secret. Le Tribunal fédéral a depuis longtemps jugé que les banquiers ne peuvent pas opposer le secret bancaire aux héritiers de leurs clients passés de vie ŕ trépas, parce que ces héritiers sont devenus les maîtres du secret (ATF 82 II 555 consid. 7 p. 567; 133 III 664 consid. 2.5). Le droit aux renseignements porte au minimum sur tout ce qui concerne le patrimoine du client disparu; le banquier est autorisé ŕ retenir les renseignements strictement personnels qui lui étaient éventuellement confiés (ATF 133 III 664 consid. 2.5; voir aussi ATF 74 I 485 consid. 2 p. 493; 89 II 87 consid. 6 p. 93). La demanderesse se réfčre ŕ ces principes; selon son argumentation, ils doivent ętre transposés sans changement au secret professionnel de l'avocat. 3.2 Selon l'opinion la plus répandue en doctrine, le secret professionnel de l'avocat est pleinement opposable aux héritiers du client décédé; l'autorité de surveillance compétente peut éventuellement le lever et l'avocat est alors libre, s'il trouve cela convenable, de fournir des renseignements aux héritiers. Les auteurs expliquent parfois que, de son vivant, le client avait le droit de délier l'avocat de son secret professionnel, que ce droit était strictement personnel et qu'il ne s'est donc pas transmis aux héritiers (François Bohnet et Vincent Martenet, Droit de la profession d'avocat, 2009, p. 782, nos 1919 ŕ 1921; Hans Vest, in Stefan Trechsel et al., Schweizerisches Strafgesetzbuch, 2008, p. 1333/1334, n° 28 ad art. 321 CP; Walter Fellmann, in Kommentar zum Anwaltsgesetz, 2005, n° 73 ad art. 13 LLCA; Giovanni Testa, Die zivil- und standesrechtlichen Pflichten des Rechtsanwaltes gegenüber dem Klienten, 2001, p. 147 let. c et p. 149 in initio; Christian Favre et Patrick Stoudmann, Le secret professionnel de l'avocat et ses limites, in L'avocat moderne, 1998, p. 305; Lorenz Erni, Anwaltsgeheimnis und Strafverfahren, in Das Anwaltsgeheimnis n° 4, 1997, p. 15 n° 29; Lelio Vieli, Der Anwalt als Partei im Zivilrecht, in Das Anwaltsgeheimnis n° 2, 1994, p. 47 in medio et p. 61 let. dd; Jürg Boll, Die Entbindung vom Arzt- und Anwaltsgeheimnis, 1983, p. 104; Paul Wegmann, Die Berufspflichten des Rechtsanwalts unter besonderer Berücksichtigung des zürcherischen Rechts, 1969, p. 171). Certains auteurs consacrent une mention particuličre aux circonstances éventuellement connues de l'avocat et propres ŕ intéresser personnellement les héritiers, telles que les dispositions ŕ cause de mort prises par le défunt, les biens de la succession et les dettes qui la grčvent. Selon l'une de ces contributions, ces éléments ne sont pas couverts par le secret professionnel ŕ l'encontre des héritiers, et ceux-ci ont donc le droit d'ętre renseignés (Bernard Corboz, Le secret professionnel de l'avocat selon l'art. 321 CP, SJ 1993 p. 92). Selon les autres études, l'intéręt des héritiers justifie seulement que l'autorité de surveillance, si l'avocat l'en requiert, autorise la communication de ces męmes éléments (Bohnet/Martenet, op. cit., n° 1919, avec référence ŕ la jurisprudence de divers cantons; Vest, loc. cit.; Wegmann, op. cit., p. 174). On envisage parfois que les héritiers puissent s'adresser eux-męmes ŕ l'autorité de surveillance (Bohnet/Martenet, ibid.; opinion contraire: Bernard Bertossa, Le secret professionnel de l'avocat, SJ 1981 p. 322 ch. 2), mais nul ne met en doute que l'avocat, męme délié du secret professionnel, demeure libre de se taire entičrement. Enfin, selon un avis isolé, les héritiers du client ont le droit de tout apprendre, sans aucune restriction, du mandat auparavant confié ŕ l'avocat (Georg Gautschi, in Commentaire bernois, 1971, n° 16d ad art. 398 CO). 3.3 Tout mandataire assume, męme s'il ne l'a pas expressément promis, une obligation de garder le silence sur les faits dont la divulgation pourrait ętre préjudiciable au mandant (Fellmann, in Commentaire bernois, 1992, nos 42 et 43, 63 et 64 ad art. 398 CO). Celui-ci est donc en droit d'exiger du mandataire qu'il lui rende compte de sa gestion et, simultanément, qu'il garde le silence envers les tiers. Ces deux prétentions coexistent et, au décčs du mandant, elles passent l'une et l'autre aux héritiers (sur la transmission du droit au silence: Fellmann, Commentaire bernois, n° 80 ad art. 398 CO). Le mandataire ne saurait donc, aprčs la disparition du mandant, opposer l'obligation de garder le silence ŕ celle de rendre compte aux héritiers; il est au contraire le débiteur de ces deux obligations. L'avocat est en outre soumis au secret professionnel selon les art. 321 CP et 13 de la loi fédérale sur la libre circulation des avocats (LLCA; RS 935.61). Selon cette premičre disposition, une violation du secret professionnel engage la responsabilité pénale de l'avocat. A la différence de l'obligation contractuelle de garder le silence, le secret professionnel ne couvre pas toutes les affaires que l'avocat s'est chargé de gérer; il porte seulement sur ce qui relčve de l'activité professionnelle spécifique d'un avocat, et d'autres services qui pourraient aussi ętre fournis par des gérants de fortune, des fiduciaires ou des banquiers, tels que l'administration de sociétés et la gestion de fortune ou de fonds, en sont exclus (ATF 112 Ib 606; voir aussi ATF 132 II 103 consid. 2.1 p. 105; 120 Ib 112 consid. 4 p. 119). La Commission du barreau a dűment souligné cette délimitation. Par rapport ŕ l'obligation contractuelle de garder le silence, le secret professionnel se distingue sur un autre point encore, essentiel dans la présente affaire: aux termes de l'art. 321 ch. 2 CP, la révélation de faits couverts par le secret n'est licite que dans deux éventualités strictement définies, réalisées lorsque l'avocat a fait la révélation avec le consentement du client, ou lorsque, sur proposition de l'avocat, l'autorité de surveillance l'a autorisée par écrit. L'art. 321 ch. 3 CP réserve une hypothétique législation fédérale ou cantonale qui obligerait l'avocat ŕ témoigner en justice ou ŕ renseigner des autorités. Ainsi, au regard de l'art. 321 CP, les héritiers du client ne jouissent d'aucune prérogative particuličre; ils demeurent étrangers ŕ la relation ayant existé entre l'avocat et le client décédé, et ce conseil est tenu, sauf ŕ encourir une sanction pénale s'il subsiste un lésé susceptible de déposer plainte, de leur opposer le secret professionnel. Sous menace des sanctions disciplinaires prévues par l'art. 17 LLCA, l'art. 13 LLCA oblige aussi l'avocat ŕ observer le secret professionnel ŕ l'encontre des tiers, sans limitation dans le temps, c'est-ŕ-dire aussi ŕ l'encontre de l'héritier du client. Cette derničre disposition précise textuellement que męme s'il est délié du secret professionnel, l'avocat n'est pas tenu de révéler les faits concernés. 3.4 Le secret professionnel de l'avocat est donc institué et régi par des dispositions particuličres de droit fédéral, édictées dans l'intéręt général parce que ce secret est un élément important de la protection de l'ordre juridique et de l'accčs ŕ la justice (Bohnet/Martenet, op. cit., p. 744 nos 1804 ŕ 1807; Fellmann, Anwaltsgesetz, n° 4 ad art. 13 LLCA; voir aussi Walter Schluep, Über Sinn und Funktionen des Anwaltsgeheimnisses im Rechtsstaat, in Das Anwaltsgeheimnis n° 1, 1994, p. 37 nos 44 et 45, p. 51 n° 63). Ces dispositions particuličres priment les rčgles générales concernant le contrat de mandat, en tant qu'elles ne concordent pas entičrement avec ces derničres. Il s'ensuit que, conformément ŕ l'opinion de la doctrine presque unanime, le secret professionnel est opposable aux héritiers du client. En particulier, ce secret fait échec ŕ l'action en reddition de compte fondée sur l'art. 400 al. 1 CO, lorsque celle-ci est intentée par les héritiers du client et qu'elle porte sur des renseignements que l'avocat recherché avait recueillis dans son activité professionnelle spécifique. La demanderesse ne met pas en doute que les précédents juges aient correctement distingué, parmi les services fournis ŕ son pčre par le défendeur, entre ce qui relevait de l'activité professionnelle spécifique d'un avocat et ce qui relevait d'autres activités. Pour le surplus, le défendeur n'a pas obtenu d'ętre délié du secret professionnel, et de toute maničre, il était en droit de refuser les informations et documents demandés. La décision présentement attaquée, rejetant partiellement l'action en reddition de compte, est donc conforme au droit fédéral. 4. Sur la base des art. 29 al. 1 et 29a Cst., la demanderesse se plaint de déni de justice et de violation de la garantie de l'accčs ŕ un juge. Elle expose qu'elle n'a pas eu la possibilité de s'exprimer dans la procédure entreprise par le défendeur devant la Commission du barreau, et que la Cour de justice s'est refusée ŕ tout contrôle de la décision de cette autorité, de sorte qu'elle n'a pas eu l'occasion de prendre position devant un juge au sujet de la levée du secret professionnel. En rčgle générale, les décisions de la Commission du barreau peuvent ętre déférées au Tribunal administratif du canton de Genčve (art. 50 de la loi genevoise sur la profession d'avocat, du 26 avril 2002, ci-aprčs LPAv gen.; art. 56A de la loi genevoise d'organisation judiciaire); ce recours cantonal est toutefois exclu contre les décisions portant refus de lever le secret professionnel (art. 12 al. 3 LPAv gen.). La garantie de l'accčs ŕ un juge est conférée par l'art. 29a Cst. Au jour oů la Commission s'est prononcée, le 12 septembre 2006, cette disposition n'était pas encore en vigueur et la demanderesse ne peut donc pas l'invoquer utilement. La décision était susceptible du recours de droit public au Tribunal fédéral, pour violation des droits constitutionnels des citoyens, selon les art. 84 al. 1 let. a et 86 al. 1 de la loi fédérale d'organisation judiciaire qui était alors applicable (OJ). La demanderesse aurait pu user de cette voie juridique pour soutenir qu'elle aurait dű bénéficier personnellement, devant la Commission, des garanties de procédure conférées par l'art. 29 al. 1 et 2 Cst., et que cette autorité a violé ces dispositions en omettant de la citer en qualité de partie ou de lui donner autrement l'occasion de prendre position sur la requęte du défendeur. Le recours était soumis au délai de trente jours prévu par l'art. 89 al. 1 OJ. Si la décision n'a pas été communiquée ŕ la demanderesse, le délai n'a pu s'écouler, au plus tôt, que dčs le jour oů celle-ci en a effectivement pris connaissance (ATF 134 V 306 consid. 4.2 p. 312/313; 116 Ib 321 consid. 3a p. 325/326). Dans ce laps de trente jours qu'il n'est pas nécessaire de situer plus précisément, la demanderesse a donc eu l'occasion de faire valoir ses droits constitutionnels. Pour le surplus, aucune disposition de procédure ou d'organisation judiciaire n'habilitait la Cour de justice ŕ exercer un quelconque contrôle sur la décision de la Commission du barreau; la Cour devait au contraire s'en tenir aux rčgles délimitant sa propre compétence. 5. Le recours en matičre civile se révčle privé de fondement, ce qui conduit ŕ son rejet. A titre de partie qui succombe, la demanderesse doit acquitter l'émolument ŕ percevoir par le Tribunal fédéral et les dépens auxquels l'autre partie peut prétendre. Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce: 1. Le recours constitutionnel est irrecevable. 2. Le recours en matičre civile est rejeté. 3. La demanderesse acquittera un émolument judiciaire de 4'000 francs. 4. La demanderesse versera une indemnité de 5'000 fr. au défendeur ŕ titre de dépens. 5. Le présent arręt est communiqué aux parties et ŕ la Cour de justice du canton de Genčve. Lausanne, le 15 septembre 2009 Au nom de la Ire Cour de droit civil du Tribunal fédéral suisse La présidente: Le greffier: Klett Thélin