Tribunale federale Tribunal federal {T 0/2} 4P.284/2005 /ech Arręt du 1er février 2006 Ire Cour civile Composition MM. et Mme les Juges Corboz, président, Favre et Kiss. Greffičre: Mme Aubry Girardin. Parties A.________, recourant, représenté par Me Pierre de Preux, contre Masse en faillite de X.________ Holding, intimée, représentée par Me Alain Bruno Lévy et/ou Me Jean-Pierre Augier, Chambre civile de la Cour de justice du canton de Genčve, case postale 3108, 1211 Genčve 3. Objet procédure civile genevoise; appel en cause; arbitraire (recours de droit public contre l'arręt de la Chambre civile de la Cour de justice genevoise du 16 septembre 2005). Faits: A. A.a X.________ Holding (ci-aprčs : X.________) était une société anonyme genevoise fondée en 1893. Fin 1984, début 1985, X.________ a été reprise par un groupe d'actionnaires, dont notamment C.________, qui détenait une participation de 51 % du capital-actions. Dčs cette période, X.________, qui était supposée se vouer ŕ l'acquisition, la restructuration et la revente de sociétés en difficulté, est devenue la holding d'un groupe international extręmement complexe, comprenant plusieurs sous-holdings, des dizaines de filiales et des centaines de participations. Surendettée depuis la fin 1988 au plus tard, X.________ a réussi, par le recours ŕ des manipulations comptables frauduleuses, ŕ dissimuler pendant des années l'accumulation de ses pertes et ŕ différer ainsi le dépôt de son bilan, au détriment de ses créanciers. L'organe de contrôle de X.________ était Y.________ Holding SA et/ou Y.________ (ci-aprčs: Y.________). Depuis 1985, X.________ a notamment vu siéger au sein de son conseil d'administration C.________, D.________ et A.________. La banque V.________, repris par la suite par la banque W.________ (ci-aprčs : W.________), était l'un des principaux bailleurs de fonds de X.________. Le 30 octobre 1992, la faillite de X.________ a été prononcée. A l'ouverture de la faillite, l'actif disponible était pratiquement inexistant, alors que le total des créances produites se montait ŕ 5,23 milliards de francs. A l'heure actuelle, aprčs apurement des productions, l'état de collocation fait apparaître un passif de 1,15 milliard de francs. A.b La débâcle financičre de X.________ a entraîné l'ouverture d'une instruction pénale qui a abouti ŕ la seule condamnation, en 1995, de C.________ ŕ une peine de 6 ans de réclusion pour diverses infractions contre le patrimoine. Selon les experts judiciaires commis au pénal, Y.________ avait failli ŕ ses devoirs légaux et statuaires de réviseur en acceptant de certifier, jusqu'en juin 1991, les comptes partiellement faux de X.________. Il a été retenu que, pour sa part, W.________ avait concouru ŕ la prise de décisions essentielles concernant la gestion de la société et avait exercé, dčs le mois de juillet 1991 au plus tard, un rôle d'organe de fait de X.________. La masse en faillite de X.________ (ci-aprčs : la masse en faillite) a inventorié une prétention en responsabilité contre divers anciens administrateurs et anciens organes de X.________, parmi lesquels figuraient C.________, D.________, A.________ et Y.________. Dans le cadre des opérations de liquidation et d'établissement de l'état de collocation, la masse en faillite a conclu plusieurs transactions, dont une, le 22 mai 1995, avec W.________, portant sur le rachat de certaines créances douteuses. A.c Deux actions en responsabilité ont été introduites ŕ l'encontre de Y.________, l'une par la masse en faillite, le 9 avril 1998, l'autre par W.________, le 8 mars 1993. Dans le cadre de ces deux procédures, Y.________ a appelé en cause plusieurs anciens administrateurs de X.________, dont D.________, C.________ et A.________. Ces appels en cause ont été admis judiciairement. Ces deux actions ont été définitivement retirées ŕ la suite de transactions passées respectivement en septembre et en octobre 2002 entre la masse en faillite et Y.________ d'une part et W.________ et Y.________, d'autre part, ce qui a entraîné l'extinction des appels en cause. B. Le 30 octobre 2002, la masse en faillite a déposé en conciliation, auprčs des autorités judiciaires genevoises, quatorze demandes distinctes dirigées contre des anciens administrateurs de X.________, dont A.________, qu'elle tenait pour responsables conjointement de la ruine de la société. Elle a réclamé leur condamnation solidaire au paiement de 30 millions de francs, en alléguant que cette somme correspondait uniquement ŕ la part du préjudice résultant de la faillite de X.________ imputable aux quatorze personnes citées, ŕ l'exclusion de la partie du préjudice éventuellement imputable ŕ d'autres organes ou ŕ des tiers. La masse en faillite a retiré ou n'a pas introduit l'ensemble de ces demandes en paiement, ŕ la suite de transactions conclues avec trois défendeurs, dont D.________. En fonction de ces accords, elle a réduit ses conclusions en paiement au montant de 24 millions de francs ŕ l'encontre des onze défendeurs restant. Sept d'entre eux, dont A.________, ont formé des demandes d'appel en cause. A.________ a annoncé l'appel en cause de Y.________, de W.________ et de D.________. En aoűt 2004, Y.________, W.________ et D.________ ont adressé une lettre aux défendeurs, contestant le bien-fondé des prétentions récursoires et excipant de la prescription. Par jugement du 2 février 2004, le Tribunal de premičre instance du canton de Genčve a déclaré les appels en cause irrecevables. Le 16 septembre 2005, la Cour de justice a rejeté les appels formés par cinq défendeurs, dont A.________, et confirmé le jugement du 2 février 2004, déboutant au surplus les parties de toutes autres conclusions sur incident d'appel en cause. A l'appui de leur décision, les juges cantonaux se sont fondés sur deux motifs distincts. Ils ont considéré en substance que les appels en cause ne se justifiaient pas, premičrement parce que les créances récursoires des appelants n'apparaissaient pas comme vraisemblables et, deuxičmement, parce que l'admission d'autres parties ŕ la procédure entraînerait une complication excessive du procčs. C. Contre l'arręt du 16 septembre 2005, A.________ interjette un recours de droit public au Tribunal fédéral. Invoquant l'arbitraire, il conclut ŕ l'annulation de l'arręt entrepris, avec suite de dépens. La masse en faillite propose le rejet du recours, dans la mesure de sa recevabilité. La cour cantonale observe, pour sa part, que la décision attaquée n'est pas finale et qu'elle ne cause aucun préjudice irréparable au recourant. Le Tribunal fédéral considčre en droit: 1. 1.1 La décision entreprise ne met pas un terme ŕ la procédure, puisqu'elle ne fait que liquider un incident survenu au cours de celle-ci relativement ŕ l'appel en cause de tiers. Il s'agit donc d'une décision incidente qui tombe en principe sous le coup de l'art. 87 OJ (arręt du Tribunal fédéral 4P.200/2005 du 15 décembre 2005 destiné ŕ la publication, consid. 1.1; arręts du Tribunal fédéral 4P.8/2003 du 11 mars 2003, consid. 2.1, et 4P.64/1991 du 27 juin 1991 consid. 1a). Comme le relčve la cour cantonale, la jurisprudence considčre que les décisions concernant l'appel en cause n'occasionnent pas de préjudice irréparable qui ouvrirait la voie du recours de droit public en application de l'art. 87 al. 2 OJ (arręt précité du 11 mars 2003, consid. 2.1, et arręt 4P.79/1994 du 7 juillet 1994, consid. 1a). Toutefois, le Tribunal fédéral a eu l'occasion de confirmer récemment que l'économie de la procédure justifiait de faire abstraction de l'art. 87 OJ en cas de décision refusant d'autoriser l'appel en cause. En effet, l'appel en cause prévu par les art. 104 et 105 LPC gen. (E 3.05) permet ŕ une partie ŕ une instance déjŕ introduite d'obliger le tiers ŕ qui elle a dénoncé le litige de participer ŕ la męme procédure et produit une jonction des causes : sont jugées ŕ la fois les prétentions du demandeur contre le défendeur et celles de l'un d'eux contre le dénoncé, qui devient une véritable partie au procčs. Dčs lors, si le refus d'autoriser l'appel en cause ne pouvait ętre attaqué qu'en męme temps que la décision finale et qu'il soit, par hypothčse, annulé ŕ ce moment-lŕ avec ladite décision, le procčs devrait ętre recommencé ab initio avec l'appelé, ce qui serait non seulement contraire au principe de l'économie de la procédure, mais en plus inéquitable pour la partie qui aurait obtenu gain de cause (arręt du 15 décembre 2005 précité destiné ŕ la publication, consid. 1.1 et les arręts cités). Le recours est donc recevable quant ŕ sa nature. 1.2 Rendu en derničre instance cantonale (art. 86 al. 1 OJ), l'arręt attaqué relčve en outre du droit de procédure cantonal, dčs lors qu'il a pour objet le refus d'une requęte d'appel en cause au sens de l'art. 104 LPC gen. dans un domaine oů la participation de tiers au procčs n'est pas imposée par le droit fédéral (arręt du 15 décembre précité destiné ŕ la publication, consid. 1.2 et les références citées). Par conséquent, il n'est susceptible d'aucun autre moyen de droit sur le plan fédéral ou cantonal dans la mesure oů le recourant invoque la violation directe d'un droit constitutionnel, de sorte que la rčgle de la subsidiarité du recours de droit public est respectée (art. 84 al. 2 et 86 al. 1 OJ; ATF 128 II 259 consid. 1.1). Le recourant a par ailleurs qualité pour recourir, dčs lors qu'il est lésé par la décision attaquée, qui a pour résultat de le débouter de sa requęte d'appel en cause (cf. art. 88 OJ). Comme le recours a été interjeté en temps utile (art. 89 al. 1 OJ) et dans la forme prévue par la loi (art. 90 al. 1 OJ), il est en principe recevable. 2. Parallčlement au recourant, un autre défendeur, également débouté de sa requęte en appel en cause par la cour cantonale, a interjeté un recours de droit public au Tribunal fédéral contre le męme arręt. En vertu de l'art. 24 PCF, applicable ŕ titre subsidiaire aux procédures de recours au Tribunal fédéral (art. 40 OJ), la jonction de recours émanant de plusieurs parties et dirigés contre la męme décision peut ętre ordonnée (Poudret, COJ I, Berne 1990, N. 2 ad art. 40 OJ p. 343 s.), y compris pour des recours de droit public (ATF 113 Ia 390 consid. 1 et les arręts cités). Contrairement ŕ ce que soutient l'intimée, il ne se justifie pas en l'espčce de statuer sur les deux recours dans un męme arręt. Bien que les deux causes présentent de nombreuses similitudes et puissent ętre qualifiées de connexes, la situation des recourants n'est pas exactement identique et chacun d'eux a formé un mémoire comportant une motivation différente. Ces dissemblances n'ont du reste pas échappé ŕ l'intimée, qui a elle-męme présenté des réponses distinctes. Par conséquent, les deux causes ne seront pas jointes. 3. L'arręt attaqué refuse la demande d'appel en cause sur la base d'une double motivation. Les juges ont d'une part considéré que l'action récursoire dirigée contre les appelés en cause n'avait pas été rendue vraisemblable au moment de la litis denuntiato, ce qui justifiait le déboutement du recourant. D'autre part, ils ont estimé que l'admission des appels en cause entraînerait une complication excessive de la procédure, de sorte qu'une saine administration de la justice en commandait le rejet. En présence de plusieurs motivations qui, comme en l'espčce, suffisent individuellement ŕ justifier la décision attaquée, il appartient au recourant de démontrer, sous peine d'irrecevabilité, que chacune d'elles viole ses droits constitutionnels (art. 90 al. 1 let. b OJ; ATF 119 Ia 13 consid. 2 et l'arręt cité, confirmé in arręt du 15 décembre 2005 précité destiné ŕ la publication, consid. 3). Le recours remplissant cette exigence, il convient d'entrer en matičre. Les griefs formulés ŕ l'encontre du second pan de la motivation de la cour cantonale, ŕ savoir le rejet de l'appel en cause pour des motifs tirés de la complication excessive de la procédure, seront examinés en premier lieu. 4. Se fondant sur l'art. 9 Cst., le recourant reproche en substance ŕ la cour cantonale d'avoir abusé de son pouvoir d'appréciation, en rejetant sa demande d'appel en cause en raison d'une complication excessive du procčs au sens de l'art. 104 al. 2 LPC gen. 4.1 Selon la jurisprudence, l'arbitraire prohibé par l'art. 9 Cst. ne résulte pas du seul fait qu'une autre solution que celle retenue par l'autorité cantonale pourrait entrer en considération ou męme qu'elle serait préférable; le Tribunal fédéral ne s'écarte de la décision attaquée que lorsque celle-ci est manifestement insoutenable, qu'elle se trouve en contradiction claire avec la situation de fait, qu'elle viole gravement une norme ou un principe juridique indiscuté, ou encore lorsqu'elle heurte de maničre choquante le sentiment de la justice et de l'équité (ATF 129 I 8 consid. 2.1; 128 I 81 consid. 2, 273 consid. 2.1). Pour qu'une décision soit annulée pour cause d'arbitraire, il ne suffit pas que la motivation formulée soit insoutenable, il faut encore que la décision apparaisse arbitraire dans son résultat (ATF 131 I 217 consid. 2.1; 129 I 8 consid. 2.1 et les arręts cités). En matičre d'application du droit cantonal, l'arbitraire et la violation de la loi ne sauraient ętre confondus; une violation de la loi doit ętre manifeste et reconnue d'emblée pour ętre considérée comme arbitraire. Le Tribunal fédéral n'a pas ŕ déterminer quelle est l'interprétation correcte que l'autorité cantonale aurait dű donner des dispositions applicables; il doit uniquement examiner si l'interprétation qui a été faite est défendable. Il n'y a pas arbitraire du seul fait qu'une autre solution paraît également concevable, voire męme préférable (ATF 131 I 217 consid. 2.1; 128 II 259 consid. 5 p. 281). Il appartient au recourant d'expliquer et de démontrer de maničre suffisamment précise en quoi consisterait l'arbitraire (art. 90 al. 1 let. b OJ; ATF 129 I 113 consid. 2.1). Le Tribunal fédéral base son arręt sur les faits constatés dans la décision attaquée, ŕ moins que le recourant ne démontre que la cour cantonale a retenu ou omis certaines circonstances déterminantes de maničre arbitraire (ATF 118 Ia 20 consid. 5a). 4.2 L'art. 104 al. 2 LPC gen. prévoit expressément que "s'il en résulte une complication excessive du procčs, le juge peut refuser l'appel en cause". Cette disposition tend ŕ rappeler que l'économie de la procédure est l'objectif essentiel de l'appel en cause (arręt du Tribunal fédéral 4P.155/2003 du 19 décembre 2003, in SJ 2004 I p. 472, consid. 8.1 et les références citées) et que cette institution ne saurait ętre utilisée ŕ des fins dilatoires (Salvadé, Dénonciation d'instance et appel en cause, thčse Lausanne 1995, p. 119). Le juge dispose d'un large pouvoir d'appréciation dans l'application de l'art. 104 al. 2 LPC (cf. arręt du 15 décembre 2005 précité, consid. 5.3). En procédure civile genevoise, les décisions concernant les requętes d'appel en cause rendues en premičre instance peuvent faire l'objet d'un appel extraordinaire pour violation de la loi au sens de l'art. 292 al. 1 let. c LPC gen. Saisie par ce moyen de droit, l'autorité de recours ne peut revoir les faits que sous l'angle de l'arbitraire, alors qu'elle vérifie librement l'application du droit, dans la limite des violations dénoncées par les parties (cf. arręt du 15 décembre 2005 précité, consid. 5.2 et les références citées). Lorsqu'une disposition confčre au juge un large pouvoir d'appréciation, ce qui est le cas de l'art. 104 al. 2 LPC, il peut s'avérer délicat de déterminer si la loi a ou non été violée (cf. Schmidt, Le pouvoir d'examen en droit de la Cour en cas d'appel pour violation de la loi en procédure civile genevoise, SJ 1995 p. 521 s., 531). De maničre générale, devant un texte susceptible de plusieurs interprétations, l'autorité de recours évitera de condamner le choix du juge inférieur (Bertossa/Gaillard/Guyet/Schmidt, Commentaire de la LPC gen., no 8 ad art. 292 LPC). 4.3 En l'espčce, la cour cantonale a confirmé l'appréciation du premier juge selon laquelle l'admission des appels en cause conduirait ŕ une complication excessive de la procédure. Elle a justifié sa position en se fondant sur plusieurs éléments. Relevant les péripéties procédurales survenues dans les deux procčs en responsabilité intentés précédemment par l'intimée et par W.________ ŕ l'encontre de l'organe de contrôle, les juges ont considéré que les appels en cause risquaient d'engendrer des incidents préalables du męme genre, qui retarderaient l'issue du litige déjŕ atteint par la prescription pénale. Ils ont également estimé que l'admission d'autres parties rendrait le procčs difficilement gérable, dčs lors que l'action intentée par la masse en faillite ŕ l'encontre des recourants paraissait a priori déjŕ complexe. Or, l'intéręt général de la justice commandait que la cause soit jugée dans des délais raisonnables. Enfin, la cour cantonale a retenu que les recourants pouvaient faire directement valoir contre la masse en faillite les objections et moyens de défense résultant de l'art. 759 CO pour diminuer le montant de la réparation éventuellement ŕ leur charge, de sorte que les appels en cause n'avaient en réalité qu'un but dilatoire. 4.4 Contrairement ŕ ce que soutient le recourant, on ne voit pas que les considérations précitées procčdent d'une appréciation insoutenable de la situation concrčte ni que la décision attaquée parviendrait ŕ un résultat arbitraire. 4.4.1 Le recourant considčre comme choquant que la cour se soit référée aux incidents soulevés au cours des deux procédures antérieures, dans lesquelles les demandes d'appel en cause avaient été admises, pour justifier un traitement différent dans cette nouvelle procédure. Tout d'abord, il y a lieu de préciser qu'il n'est pas arbitraire de prendre en compte, sous l'angle de l'art. 104 al. 2 LPC, le risque d'utilisation par les parties de moyens de procédure permettant de retarder l'issue du litige, dčs lors que l'institution de l'appel en cause ne doit pas servir ŕ des fins dilatoires. Le fait que ces moyens constituent des droits procéduraux conférés aux parties, comme le souligne le recourant, n'est pas pertinent, car celles-ci peuvent parfaitement en abuser. S'agissant d'apprécier le risque que les appels en cause ne retardent la procédure de maničre excessive, on ne peut faire grief ŕ la cour cantonale d'avoir pris en considération la multitude d'incidents qui avaient ralenti le déroulement des deux procédures antérieures dirigées contre l'organe de contrôle et dans lesquelles des appels en cause avaient été admis. Compte tenu de ces expériences passées, la cour cantonale pouvait, sans discriminer le recourant, opter pour une position différente et rejeter sa demande d'appel en cause. 4.4.2 La critique du recourant, selon laquelle il serait manifestement en contradiction avec la situation réelle de retenir que les appels en cause auraient pour effet de compliquer ŕ l'excčs la procédure, est infondée. Il ressort en effet de l'arręt attaqué que des accords ont été conclus entre les lésés et les trois personnes appelées en cause. Or, les effets d'une transaction passée entre le lésé et l'un des coresponsables sur l'action récursoire d'un autre coresponsable envers ce dernier constituent un problčme délicat de la solidarité (Corboz, La responsabilité des organes en droit des sociétés, Bâle 2005, N. 35 ad art. 759 CO). Cette question difficile concerne seulement l'action récursoire. Elle n'a donc pas ŕ ętre résolue au stade de l'action en responsabilité du lésé envers un coresponsable, de sorte qu'en refusant les appels en cause, la cour cantonale évite effectivement de devoir trancher un point délicat. 4.4.3 Lorsque le recourant reproche ŕ la cour cantonale d'avoir retenu que les appels en cause n'avaient qu'un but dilatoire, parce qu'il serait en mesure de faire valoir directement contre la masse en faillite les objections et moyens de défense résultant de l'art 759 CO, il méconnaît la notion de solidarité différenciée. Comme il le souligne lui-męme dans son recours, en appelant en cause l'organe de contrôle, W.________ et D.________, il avait pour but de démontrer leur faute prépondérante et de se faire ainsi relever de toute condamnation. Pour apporter cette preuve, le recourant n'a toutefois pas besoin de former un appel en cause, puisque le principe de la responsabilité différenciée prévue ŕ l'art. 759 CO permet ŕ chaque coresponsable recherché de faire valoir les facteurs d'atténuation prévus par les art. 43 al. 1 et 44 CO qui lui sont propres (Corboz, op. cit., N. 14 ad art. 759 CO). 4.4.4 Lorsque le recourant indique les éléments que, selon lui, la cour cantonale aurait dű retenir pour ne pas tomber dans l'arbitraire, il ne fait qu'opposer sa propre appréciation ŕ celle des juges, ce qui ne suffit pas ŕ démontrer une violation de l'art. 9 Cst. (cf. ATF 129 III 727 consid. 5.2.2). 4.4.5 Le recourant ne peut davantage soutenir que la décision attaquée serait choquante dans son résultat. D'une part, l'arręt attaqué ne revient pas ŕ nier l'institution de l'appel en cause; il ne fait qu'éviter que ce moyen soit utilisé pour retarder l'issue d'une procédure a priori complexe. D'autre part, comme il l'a déjŕ été indiqué, ce n'est pas parce que les appels en cause ont été admis dans les procédures antérieures que le refus d'y procéder en l'espčce serait, de ce seul fait, arbitraire. Enfin, la décision entreprise permettra au recourant de clarifier plus rapidement sa situation juridique ŕ l'égard de la masse en faillite, ce qui contribuera ŕ lever une partie de l'incertitude dont il se plaint. Il découle de ce qui précčde que la cour cantonale, en confirmant le refus de donner suite aux appels en cause prononcés par les premiers juges en application de l'art. 104 al. 2 LPC, n'est pas tombée dans l'arbitraire. 5. Comme la complication excessive du procčs suffit ŕ justifier le rejet des appels en cause, il n'y a pas lieu d'entrer en matičre sur les griefs dirigés contre le second pan de la motivation de la cour cantonale, liés ŕ la vraisemblance des prétentions récursoires, dčs lors qu'ils ne sont pas de nature ŕ modifier le résultat de la décision attaquée. Le recours doit donc ętre rejeté. 6. Les frais et dépens, établis en tenant compte du fait que la présente cause se limite ŕ un incident de procédure, seront mis ŕ la charge du recourant, qui succombe (art. 156 al. 1 et 159 al. 1 OJ). Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce: 1. Le recours est rejeté. 2. Un émolument judiciaire de 10'000 fr. est mis ŕ la charge du recourant. 3. Le recourant versera ŕ l'intimée une indemnité de 12'000 fr. ŕ titre de dépens. 4. Le présent arręt est communiqué en copie aux mandataires des parties et ŕ la Chambre civile de la Cour de justice du canton de Genčve. Lausanne, le 1er février 2006 Au nom de la Ire Cour civile du Tribunal fédéral suisse Le président: La greffičre: