Bundesgericht Tribunal fédéral Tribunale federale Tribunal federal {T 0/2} 5A_834/2010 Arręt du 17 décembre 2010 IIe Cour de droit civil Composition Mme et MM. les Juges Hohl, Présidente, von Werdt et Herrmann. Greffier: M. Richard. Participants ŕ la procédure Dame A.________, représentée par Me Pascal Cattaneo, avocat, recourante, contre A.________, représenté par Me Sandra Wohlhauser, avocate, intimé. Objet retrait de l'effet suspensif, exécution provisoire, recours contre l'arręt de la Ie Cour d'appel civil du Tribunal cantonal de l'État de Fribourg du 26 octobre 2010. Faits: A. Par jugement du 14 janvier 2002, le Président du Tribunal civil de la Sarine a prononcé le divorce des époux A.________ et notamment attribué l'autorité parentale et la garde sur leur derničre fille mineure, B.________, ŕ la mčre. L'enfant, née en 1997, a vécu en Suisse jusqu'en 2007, année au cours de laquelle sa mčre a décidé de partir s'établir en Italie, sans en informer au préalable le pčre. Il semble que l'enfant soit venue passer les vacances d'été 2010 chez son pčre et qu'elle ne soit ensuite plus repartie en Italie. Elle a été inscrite ŕ l'école ŕ M.________ pour la rentrée scolaire 2010. B. Le 23 juillet 2010, le pčre a introduit une action en modification du jugement de divorce. Par jugement du 6 septembre 2010, le Président du Tribunal civil de la Sarine a modifié le jugement de divorce et a attribué l'autorité parentale et la garde de l'enfant au pčre, tenant compte du désir exprimé fermement et durablement par celle-ci de revenir vivre en Suisse chez son pčre. Contre ce jugement, la mčre a interjeté appel au Tribunal cantonal du canton de Fribourg le 20 septembre 2010, concluant ŕ son annulation. C. Le 30 septembre 2010, A.________ a requis que l'effet suspensif soit retiré au recours en appel de son ex-épouse, respectivement que des mesures provisoires soient prononcées, afin de permettre ŕ l'enfant, qui ne veut pas retourner en Italie, de poursuivre sa scolarité en Suisse. Le 1er octobre 2010, la cour cantonale a ordonné par voie urgente que, en l'état et jusqu'ŕ décision sur la requęte, la garde de l'enfant est confiée ŕ son pčre. Par arręt du 26 octobre 2010, la Ie Cour d'appel civil du Tribunal cantonal a déclaré provisoirement exécutoire le jugement du 6 septembre 2010 en tant qu'il attribue l'autorité parentale et la garde de l'enfant au pčre. D. Contre cette décision, la mčre interjette un recours en matičre civile au Tribunal fédéral, concluant ŕ son annulation et au rejet de la requęte de retrait de l'effet suspensif. Des déterminations n'ont pas été requises. Considérant en droit: 1. La décision querellée de la Ie Cour d'appel civil ordonne l'exécution provisoire d'un jugement de premičre instance modifiant l'attribution de l'autorité parentale et de la garde sur l'enfant mineur, pour les confier au pčre, jugement contre lequel la mčre a fait appel. Il s'agit lŕ d'une décision incidente en matičre civile (art. 72 al. 1 LTF) dčs lors qu'elle revient en fait ŕ retirer l'effet suspensif attaché ŕ l'appel cantonal (art. 299 al. 2 CPC/FR; sur le caractčre incident: ATF 120 Ia 260 consid. 2b; arręt 5D_52/2010 du 10 mai 2010 consid. 1; arręt 5D_16/2008 du 10 mars 2008 consid. 4). Hormis les décisions mentionnées ŕ l'art. 92 al. 1 LTF, une décision préjudicielle ou incidente peut ętre entreprise immédiatement si elle peut causer un préjudice irréparable (art. 93 al. 1 let. a LTF) ou si l'admission du recours peut conduire immédiatement ŕ une décision finale qui permet d'éviter une procédure probatoire longue et coűteuse (art. 93 al. 1 let. b LTF). Selon la jurisprudence, la décision entreprise entraîne un préjudice irréparable, car l'autorité parentale et la garde sont modifiées pour la durée de la procédure et, męme si la mčre obtient finalement gain de cause au fond, la modification intervenue pour la période écoulée ne pourra pas ętre réparée (ATF 120 Ia 260 consid. 2b). Interjeté en temps utile par une partie qui a succombé dans ses conclusions en instance cantonale, contre une décision rendue par une autorité de derničre instance dans une contestation non pécuniaire, le recours est également recevable au regard des art. 100 al. 1, 76, 75 al. 1 et 74 al. 1 LTF. 2. La décision d'exécution provisoire ou de retrait de l'effet suspensif, comme celle accordant l'effet suspensif (ATF 134 II 192 consid. 1.5; arręt 4A_452/2008 du 6 novembre 2008 consid. 1), est une décision de mesures provisionnelles au sens de l'art. 98 LTF, de sorte que seule la violation de droits constitutionnels peut ętre invoquée. 3. 3.1 La cour cantonale a relevé en fait que, selon le premier juge, l'enfant a exprimé fermement et durablement le désir de revenir vivre en Suisse chez son pčre dčs lors qu'elle a déclaré lors de son audition ne jamais avoir accepté la décision - que sa mčre lui a imposée - d'aller s'établir en Italie, qu'elle a manifesté détermination et motivation dans ce sens puisque, consciente de ses lacunes en allemand et en français, elle a emprunté les cahiers de son amie d'enfance afin de travailler durant l'été et de rattraper le niveau dans ces deux matičres. En outre, elle a constaté qu'un certificat médical, établi par le médecin psychiatre consulté par l'enfant, retient en substance qu'il serait préjudiciable au développement psychologique de celle-ci de la forcer précipitamment ŕ retourner chez sa mčre pour des raisons inhérentes ŕ la procédure judiciaire. En droit, considérant que le bien de l'enfant est le critčre fondamental pour décider d'une modification de l'attribution de l'autorité parentale selon l'art. 134 al. 1 CC, la cour cantonale a jugé qu'il ne s'agissait pas de protéger le comportement de l'un ou l'autre des parents, mais de maintenir la situation de fait récemment créée dans l'intéręt de l'enfant, de lui permettre de continuer son année scolaire au CO de M.________ et de lui éviter de faire plusieurs allers et retours en quelques mois entre la Suisse et l'Italie, ce qui impliquerait un changement de systčme scolaire en milieu d'année. 3.2 La recourante soutient que le retrait de l'effet suspensif viole l'art. 9 Cst. tant cette décision est manifestement contraire au droit et consacre un abus de droit. Selon elle, d'une part, l'inscription de l'enfant ŕ l'École secondaire de M.________ est illégale et, d'autre part, il n'y a pas de faits nouveaux importants qui justifieraient un changement de l'attribution de l'autorité parentale (art. 134 al. 1 CC). Elle fait encore valoir que, l'enfant n'ayant fréquenté l'école en Suisse que moins de trois mois, elle pourrait sans difficulté reprendre son cursus scolaire en Italie, oů elle serait en mesure d'obtenir son diplôme de fin de cycle. Elle en déduit que l'exécution provisoire du jugement de premičre instance ne correspond absolument pas au bien de l'enfant. 3.3 En l'espčce, on ne voit pas en quoi la décision cantonale de maintenir le statu quo ŕ titre provisoire dans l'intéręt de l'enfant, qui, âgée de 13 ans, a fermement et durablement manifesté son désir de vivre en Suisse, et dont le médecin psychiatre craint un risque de préjudice pour son développement psychologique en cas de retour immédiat, serait arbitraire. Dans son argumentation, la recourante ne remet pas en cause ces deux éléments. Dans la mesure oů elle se limite ŕ opposer qu'il est trčs facile de changer d'école aprčs trois mois et qu'il serait préférable que l'enfant poursuive son école en Italie, elle ne parvient pas ŕ faire apparaître arbitraire la décision cantonale. 4. Il s'ensuit que le recours doit ętre rejeté dans la mesure oů il est recevable, frais ŕ la charge de son auteur (art. 66 al. 1 LTF). Il n'est pas alloué de dépens ŕ l'intimé qui n'a pas été invité ŕ se déterminer (art. 68 al. 1 LTF). Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce: 1. Le recours est rejeté dans la mesure oů il est recevable. 2. Les frais judiciaires, arrętés ŕ 1'500 fr., sont mis ŕ la charge de la recourante. 3. Le présent arręt est communiqué aux parties et ŕ la Ie Cour d'appel civil du Tribunal cantonal de l'État de Fribourg. Lausanne, le 17 décembre 2010 Au nom de la IIe Cour de droit civil du Tribunal fédéral suisse La Présidente: Le Greffier: Hohl Richard