Tribunale federale Tribunal federal {T 0/2} 5D_142/2007 Arręt du 5 mars 2008 IIe Cour de droit civil Composition MM. et Mme les Juges Raselli, Président, Meyer et Hohl. Greffier: M. Braconi. Parties La Succession de feu X.________, recourante, représentée par Me Benoît Guinand, avocat, contre Fondation Y.________, intimée, représentée par Me Monica Zilla, avocate, Objet émolument (liquidation officielle d'une succession), recours constitutionnel contre la décision de la Cour de justice du canton de Genčve du 8 novembre 2007. Faits: A. X.________, originaire d'Argovie et domicilié ŕ Genčve, est décédé ŕ Genčve le 6 janvier 2000. Par dispositions testamentaires, il a institué héritiers son amie et collaboratrice A.________ ainsi qu'une fondation ŕ créer afin d'assister principalement l'association M.________; il a également prévu divers legs. Par décision du 31 janvier 2000, le Juge de paix du canton de Genčve a désigné Me G.________ comme administrateur d'office. La Fondation Y.________ (ci-aprčs: la Fondation) a été constituée le 13 mars 2003; un montant total de 1'750'000 fr. lui a été attribué en trois tranches. B. Au titre de droits successoraux dus par A.________ et prélevés sur la succession, l'administrateur d'office a comptabilisé une créance de 230'409 fr. de celle-ci contre celle-lŕ. La débitrice étant décédée, cette prétention a été contestée par le notaire chargé de liquider sa succession. La Fondation n'a pas renoncé ŕ cette créance et n'a pas répondu ŕ l'offre de proposition transactionnelle transmise par ledit notaire, que l'administrateur d'office lui proposait d'accepter. Étant dans l'impasse, l'administrateur d'office a requis le Juge de paix de l'autoriser ŕ accepter l'offre transactionnelle, requęte ŕ laquelle ce magistrat a donné suite. L'administrateur d'office a alors communiqué cette autorisation ŕ la Fondation et lui a imparti un délai au 31 juillet 2007 pour agir ŕ l'encontre de la succession de A.________ si elle le souhaitait. La Fondation a alors écrit au Juge de paix, l'informant que le délai pour évaluer les chances de succčs d'un éventuel procčs était trop bref et qu'il devrait ętre fixé au moins jusqu'au 30 septembre 2007, que, le cas échéant, l'administrateur officiel devrait intenter action au nom de la succession et que, si cette démarche lui incombait, un délai supplémentaire devrait lui ętre accordé. L'administrateur d'office et la Fondation divergent ainsi quant ŕ la durée du délai pour se déterminer (l'administrateur reprochant ŕ la Fondation de faire traîner la liquidation de la succession X.________) et ŕ la personne tenue de procéder contre les héritiers de dame A.________. C. Par ordonnance du 25 juillet 2007, le Juge de paix a rejeté la requęte de prorogation du délai au 30 septembre 2007 présentée par la Fondation et accordé ŕ celle-ci un dernier délai au 15 aoűt 2007 pour agir en justice contre les héritiers de dame A.________. Statuant le 8 novembre 2007 sur le recours formé par la Fondation, la Cour de justice du canton de Genčve a annulé cette ordonnance, invité l'administrateur d'office ŕ procéder au sens des considérants et mis un émolument judiciaire de 1'200 fr. ŕ la charge de la succession. D. Alors męme que l'arręt attaqué indique que le recours en matičre civile est ouvert, la valeur litigieuse étant supérieure ou égale ŕ 30'000 fr., la succession, représentée par son administrateur d'office, a interjeté un recours constitutionnel subsidiaire; elle conclut préalablement ŕ ce que le Tribunal fédéral déclare inéquitable (ch. 1) et arbitraire (ch. 2) la décision de mettre les frais ŕ la charge de la succession et principalement ŕ ce qu'il annule ladite décision et déclare que l'émolument doit ętre Ťcompenséť. Des observations n'ont pas été demandées. Considérant en droit: 1. La question de la voie de recours ouverte contre la présente décision peut rester indécise, le recours étant de toute façon voué ŕ l'échec, au vu de ses conclusions et de ses moyens. 2. Dans ses conclusions, la recourante demande que le Tribunal fédéral déclare que l'émolument litigieux doit ętre Ťcompenséť; elle est d'avis qu'il Ťaurait donc été tout aussi logique de partager l'émolument de décision de 1'200 fr. entre les parties, voire de compenser l'émolument puisque l'on se trouve dans une procédure non contentieuseť. Les frais de justice étant payables ŕ l'Etat, le chef de conclusions tendant ŕ une compensation de l'émolument est irrecevable. 3. La cour cantonale a considéré que l'administrateur d'office ne peut pas consentir ŕ une remise de dette portant sur un actif de la succession et qu'il ne peut pas y contraindre les héritiers (ch. 2.2); il n'est toutefois pas tenu d'ouvrir une action en recouvrement de la prétention alléguée de 239'409 fr. contre les hoirs de dame A.________. Ŕ la suite du décčs de celle-ci, la Fondation est restée seule héritičre, sous réserve de biens déjŕ dévolus, en sorte que les derničres opérations de liquidation doivent ętre terminées et que les actifs restants doivent lui ętre transmis, y compris l'éventuelle créance de 239'409 fr.; il appartiendra donc ŕ la Fondation d'agir, si elle s'y estime fondée. S'agissant du sort de l'émolument litigieux, la juridiction précédente a estimé que, compte tenu de l'issue du recours, il se justifie de compenser les dépens et de mettre les frais ŕ la charge de la succession, Ťdonc en fin de compte ŕ la recourante, seule héritičreť. 3.1 La recourante dénonce une violation de l'art. 9 Cst. Elle prétend que la mise de l'émolument ŕ sa charge est manifestement insoutenable et heurte de façon choquante le sentiment de justice et d'équité; comme cette décision ne rčgle pas la situation de la cause, Ťil aurait donc été tout aussi logique de partager l'émolument de décision de 1'200 fr. entre les parties, voire de compenser l'émolument puisque l'on se trouve dans une procédure non contentieuse; la motivation du considérant de l'arręt entrepris qui se rapporte ŕ cette question est de surcroît incompréhensible. Męme si la formulation employée par la Cour de justice n'est pas trčs claire, on comprend néanmoins qu'elle a mis l'émolument ŕ la charge de la succession; elle a cependant relevé que, puisque les actifs successoraux restants seront dévolus ŕ la Fondation, seule héritičre, c'est en fin de compte cette derničre qui le supporte, ces actifs étant réduits d'autant. Outre le fait que la recourante n'indique aucunement quelle disposition cantonale relative ŕ l'attribution des dépens aurait été appliquée d'une maničre arbitraire - ce qui entraîne déjŕ en soi l'irrecevabilité de son grief - , elle n'explique pas en quoi le résultat - puisque la Fondation est désormais seule héritičre - serait arbitraire; sa critique est dčs lors irrecevable (art. 106 al. 2 LTF; cf. ŕ ce sujet: ATF 133 III 393 consid. 6 p. 397 et les arręts cités). 3.2 La recourante soutient, en outre, que l'arręt attaqué viole l'art. 29 al. 1 Cst., qui prévoit notamment que toute personne a droit ŕ ce que sa cause soit traitée équitablement. Elle expose que la décision cantonale ne rčgle pas la situation sur le fond entre les différentes parties, raison pour laquelle les dépens ont été compensés; il est inéquitable de ne pas réserver le męme sort ŕ l'émolument judiciaire, qui aurait dű ętre partagé entre les intéressés. La norme constitutionnelle invoquée prohibe le déni de justice formel; or, il y a déni de justice formel lorsqu'une autorité n'applique pas, ou applique de façon incorrecte, une rčgle de procédure, de sorte qu'elle ferme l'accčs ŕ la justice au particulier qui, normalement, y aurait droit (cf. Aubert/Mahon, Petit commentaire de la Constitution fédérale de la Confédération suisse, Zurich 2003, n. 2 ss ad art. 29 Cst.). Dans le cas particulier, la recourante se plaint de ce que l'émolument de justice n'a pas été réparti entre les parties; c'est donc ŕ tort qu'elle se prévaut de l'art. 29 al. 1 Cst. Son grief doit ętre rejeté. 4. Vu le sort du recours, les frais judiciaires doivent ętre mis ŕ la charge de la recourante (art. 66 al. 1 LTF). Il n'y a pas lieu d'allouer de dépens ŕ l'intimée, qui n'a pas été invitée ŕ répondre. Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce: 1. Le recours est rejeté dans la mesure oů il est recevable. 2. Les frais judiciaires, arrętés ŕ 500 fr., sont mis ŕ la charge de la recourante. 3. Le présent arręt est communiqué aux parties et ŕ la Cour de justice du canton de Genčve. Lausanne, le 5 mars 2008 Au nom de la IIe Cour de droit civil du Tribunal fédéral suisse Le Président: Le Greffier: Raselli Braconi