Tribunale federale Tribunal federal {T 0/2} 6A.5/2007 /rod Arręt du 29 mars 2007 Cour de cassation pénale Composition MM. les Juges Schneider, Président, Wiprächtiger et Zünd. Greffier: M. Fink. Parties Service des automobiles et de la navigation, 1014 Lausanne, recourant, contre X.________, intimé, Tribunal administratif du canton de Vaud, avenue Eugčne-Rambert 15, 1014 Lausanne. Objet Retrait du permis de conduire (admonestation), recours de droit administratif [OJ] contre l'arręt du Tribunal administratif du canton de Vaud du 27 décembre 2006. Faits : A. Le 16 septembre 2005, vers 18 heures 40, X.________ circulait sur l'autoroute entre les jonctions de Vevey et Montreux, en direction du Valais. Afin de sortir ŕ Montreux (selon le rapport de police contesté), il s'est déplacé sur la bande d'arręt d'urgence et a remonté les deux files de véhicules trčs lentes en raison d'un encombrement dű aux travaux dans le tunnel de Glion. Il a ainsi parcouru 200 m ŕ 15 km/h. Le contrevenant a indiqué au Service vaudois des automobiles (abrégé SAN) qu'il avait eu des problčmes techniques avec sa voiture, raison pour laquelle il avait emprunté la bande d'arręt d'urgence. Il en avait informé le préfet de Vevey. Celui-ci lui a néanmoins infligé une amende de 370 fr. pour avoir dépassé par la droite, sur la bande d'arręt d'urgence, et pour n'avoir pas été porteur de son permis de conduire. Par une décision du 2 mai 2006, le SAN a ordonné le retrait du permis de conduire de l'intéressé durant 2 mois, tenant compte notamment d'un antécédent (avertissement du 10 juin 2005 pour excčs de vitesse). B. Par un arręt du 27 décembre 2006, le Tribunal administratif du canton de Vaud a admis le recours du contrevenant, considérant que la mise en danger était insignifiante et ne justifiait pas le prononcé d'une mesure administrative. Le Tribunal s'est ainsi dispensé d'examiner si une panne s'était réellement produite. C. En temps utile, le SAN a saisi le Tribunal fédéral d'un recours de droit administratif tendant ŕ l'annulation de l'arręt du 27 décembre 2006 et ŕ la confirmation du retrait de permis. Quant ŕ la durée de ce retrait, le recours est ambigu. D'une part, la confirmation de la décision du 2 mai 2006 (deux mois) fait l'objet de la conclusion 3 ŕ la page 1. D'autre part, l'en-tęte page 1 indique un mois et la derničre phrase du recours, ŕ la page 4, précise qu'il se justifie de prononcer un retrait du permis de conduire d'une durée d'un mois dans le cas d'espčce. Le SAN a sollicité l'effet suspensif. D. Le Tribunal administratif s'est référé ŕ l'arręt attaqué et s'en est remis ŕ justice. E. Dans sa réponse, l'intimé conclut au rejet du recours du SAN, qualifié d'injuste. Il précise que le jour des faits, sa voiture, un peu ancienne, s'est mise ŕ chauffer dans la file, un témoin sur le tableau de bord a clignoté. Pour ne pas déranger les voitures qui suivaient, l'intéressé a déboîté sur la bande d'arręt d'urgence afin de voir ce qui se passait. Avant męme qu'il se soit arręté, il a aperçu un policier qui l'appelait. Celui-ci n'a rien voulu savoir des difficultés techniques alléguées. En outre, l'intimé fait valoir qu'il est commerçant, actif sur presque tous les marchés de Suisse romande, et que son permis lui est trčs utile pour travailler et s'en sortir. Le Tribunal fédéral considčre en droit: 1. L'arręt attaqué est antérieur ŕ l'entrée en vigueur, le 1er janvier 2007, de la Loi sur le Tribunal fédéral (LTF; RO 2006 1205). Conformément ŕ l'art. 132 al. 1 LTF, c'est ici sur la base de l'ancien droit de procédure, soit les art. 97 ss OJ, que la présente cause doit ętre tranchée. 2. En 2004 puis 2005, les deux tunnels parallčles de l'autoroute A9 situés ŕ Glion ont été successivement fermés plusieurs mois, pour des travaux visant la mise aux normes de sécurité. Cela a causé d'innombrables bouchons ou ralentissements. De nombreux usagers de l'autoroute ont utilisé la bande d'arręt d'urgence afin d'atteindre rapidement la sortie. La police les a dénoncés pour dépassement par la droite et usage illicite de la bande d'arręt d'urgence (art. 35 al. 1 LCR; 8 al. 1 et 36 al. 3 OCR). Le SAN a prononcé des retraits du permis de conduire. Certains conducteurs ont recouru au Tribunal administratif vaudois qui leur a donné gain de cause considérant que la mise en danger et la faute étaient trop bénignes pour justifier une mesure administrative. Parfois, cette autorité a admis l'erreur de droit car les médias avaient laissé croire ŕ une certaine tolérance dans ce domaine. Dans quelques cas, un simple avertissement a été prononcé. Le SAN a saisi le Tribunal fédéral d'une dizaine de recours. 3. Dans sa séance du 11 janvier 2007, la Cour de céans a admis le recours du SAN dans une cause analogue ŕ la présente affaire (arręt 6A.53/2006 du 11 janvier 2007 destiné ŕ la publication). Ses considérants sont en résumé les suivants. 3.1 L'interdiction du dépassement par la droite découle de l'art. 35 al. 1 LCR. Il y a dépassement lorsqu'un véhicule plus rapide rattrape un véhicule circulant plus lentement dans la męme direction, le devance et poursuit sa route devant lui. Dans la rčgle, le fait de déboîter et de se rabattre n'est pas indispensable pour qu'il y ait dépassement (ATF 126 IV 192 consid. 2a p. 194; 115 IV 244 consid. 2; 114 IV 55 consid. 1). L'autorisation de devancer par la droite dans la circulation en files parallčles, prévue aux art. 8 al. 3 et 36 al. 5 OCR, n'entre pas en considération car la bande d'arręt d'urgence ne constitue pas une voie de circulation mais une partie d'une telle voie. Elle peut ętre utilisée uniquement dans les conditions prévues ŕ l'art. 36 al. 3 OCR (ATF 114 IV 55 consid. 2c). 3.2 Quant ŕ la qualification de l'infraction, on distingue notamment l'infraction légčre et celle qui est moyennement grave. Commet une infraction légčre la personne qui, en violant les rčgles de la circulation, met légčrement en danger la sécurité d'autrui et ŕ laquelle seule une faute bénigne peut ętre reprochée (art. 16a al. 1 let. a LCR). Aprčs une infraction légčre, le permis est retiré pour un mois au moins au conducteur qui a fait l'objet d'un retrait de permis ou d'une autre mesure administrative au cours des deux années précédentes (al. 2). L'auteur d'une infraction légčre fait l'objet d'un avertissement si, au cours des deux années précédentes, le permis ne lui a pas été retiré et qu'aucune autre mesure administrative n'a été prononcée (al. 3). En cas d'infraction particuličrement légčre, il est renoncé ŕ toute mesure administrative (al. 4). En revanche, selon l'art. 16b al. 1 let. a LCR, commet une infraction moyennement grave la personne qui, en violant les rčgles de la circulation, crée un danger pour la sécurité d'autrui ou en prend le risque. Aprčs une infraction moyennement grave, le permis est retiré pour un mois au moins (art. 16b al. 2 let. a LCR). 3.3 La Cour de céans s'est référée ŕ son arręt 6A.22/2005 du 31 mai 2005 oů a été jugée moyennement grave la faute d'un motocycliste qui avait, le soir, emprunté la bande d'arręt d'urgence, sur une distance d'un kilomčtre, pour remonter la colonne ralentie par les travaux de Glion, afin de sortir de l'autoroute. Męme s'il roulait ŕ 10 km/h, sa faute ne pouvait plus ętre qualifiée ni objectivement ni subjectivement de légčre. La Cour a relevé que l'interdiction de dépasser par la droite constituait une rčgle élémentaire de la circulation qui doit ętre impérativement respectée car elle vise la sécurité du trafic routier et son bon déroulement. Le risque pour les autres usagers est réel puisqu'ils ne s'attendent pas, en principe, ŕ ętre dépassés par la droite sur la bande d'arręt d'urgence, ce qui peut entraîner des réactions inappropriées. En outre, on ne peut exclure qu'un véhicule en détresse se rabatte sur cette bande ou que les conducteurs le fassent en raison de l'intervention d'un véhicule prioritaire. 3.4 Enfin, la Cour de céans a souligné que le comportement en cause, s'il se généralise, peut entraîner un engorgement de la bande d'arręt d'urgence elle-męme. Cela pose des problčmes de priorité ŕ la sortie entre les usagers qui ont patienté avant de pouvoir quitter l'autoroute et ceux qui arrivent sur leur droite en ayant illicitement utilisé la bande d'arręt d'urgence. 4. En l'espčce, la jurisprudence précitée s'applique au cas de l'intimé. Il ne conteste pas qu'il a circulé 200 m sur la bande d'arręt d'urgence, en dépassant par la droite des files de véhicules ralenties. Certes, il invoque des signes avant-coureurs d'une panne. Cependant, męme si l'on admet qu'une panne était ŕ craindre, cela ne l'autorisait pas ŕ dépasser par la droite, ce qui constitue la violation d'une rčgle élémentaire qui doit ętre impérativement respectée (voir consid. 3.3 ci-avant). Ainsi, la faute de l'intimé est moyennement grave, le risque créé ne paraît pas non plus particuličrement léger. En conséquence, l'arręt attaqué, qui n'ordonne aucune mesure administrative, viole l'art. 16b LCR. Il est annulé. Dčs lors, la Cour de céans prononce le retrait d'admonestation du permis de l'intimé pour toutes les catégories et sous-catégories, ŕ l'exception des catégories spéciales F, G et M. Quant ŕ la durée de ce retrait, deux mois paraissent disproportionnés pour 200 m parcourus illicitement dans les circonstances constatées, męme si l'on tient compte de l'antécédent récent. Le recours du SAN n'indique aucun élément ŕ l'appui d'une durée de deux mois, dans le cas de l'intimé. Dčs lors, une durée d'un mois est appropriée (art. 114 al. 2 OJ). Le SAN fixera la date ŕ laquelle ce retrait prendra effet. Au surplus, la cause est renvoyée au Tribunal administratif vaudois pour le rčglement de la procédure cantonale (art. 157 et 159 al. 6 OJ). 5. L'intimé, qui n'obtient pas gain de cause, supporte les frais de la procédure devant le Tribunal fédéral (art. 156 OJ). Ils seront modérés vu la situation économique apparemment précaire de l'intéressé. Il n'y a pas lieu d'allouer des dépens au SAN (art. 159 al. 2 OJ). La requęte d'effet suspensif est sans objet. Par ces motifs, vu l'art. 36a OJ, le Tribunal fédéral prononce: 1. Le recours de droit administratif est partiellement admis (durée du retrait) et l'arręt attaqué est annulé. 2. Le permis de conduire de l'intimé est retiré pour une durée d'un mois. 3. Un émolument judiciaire de 500 fr. est mis ŕ la charge de l'intimé. 4. La cause est renvoyée au Tribunal administratif vaudois afin qu'il statue ŕ nouveau sur les frais de la procédure cantonale. 5. Le présent arręt est communiqué en copie au Service des automobiles et de la navigation du canton de Vaud, ŕ l'intimé, ainsi qu'au Tribunal administratif vaudois et ŕ l'Office fédéral des routes Division circulation routičre. Lausanne, le 29 mars 2007 Au nom de la Cour de cassation pénale du Tribunal fédéral suisse Le président: Le greffier: