Tribunale federale Tribunal federal {T 0/2} 6B_43/2008 /rod Arręt du 14 mai 2008 Cour de droit pénal Composition MM. les Juges Schneider, Président, Wiprächtiger et Favre. Greffičre: Mme Bendani. Parties X.________, recourant, représenté par Me Olivier Boillat, avocat, contre Procureur général du canton de Genčve, case postale 3565, 1211 Genčve 3, intimé. Objet Infraction ŕ l'art. 19 ch. 1 et 2 let. a de la loi sur les stupéfiants; fixation de la peine, recours contre l'arręt de la Cour de cassation du canton de Genčve du 14 décembre 2007. Faits: A. A.a Dans la soirée du 16 septembre 2006, X.________ s'est fait remettre ŕ Zurich, par un dénommé Z.________, dont il dit avoir fait la connaissance quelques semaines auparavant, 1,611 kg brut d'héroďne brune et 462,6 g de produit de coupage. Le soir męme, au volant d'une voiture empruntée et en compagnie d'une amie, Y.________, il a transporté cette drogue jusqu'ŕ Genčve oů il avait rendez-vous avec A.________. Ces trois personnes ont été interpellées par la police genevoise, alors qu'elles s'apprętaient ŕ se rendre dans la région de Vernier pour y rencontrer un contact. La fouille de la voiture et du sac ŕ main de Y.________ a permis la saisie de la totalité de la drogue transportée. A.b La veille, ŕ Zurich, X.________ s'était fait remettre par Z.________ 70'000 fr. et 15'000 euros en petites coupures qu'il savait provenir d'un trafic de stupéfiants. Il a dissimulé cet argent dans des journaux dans le but d'en entraver l'identification, la découverte et la confiscation. En échange de ces sommes, il avait déjŕ donné ŕ Z.________ 45 billets de 1'000 fr., somme qui lui avait été prętée le 8 septembre 2006 par un tiers. B. Par arręt du 10 juillet 2007, la Cour correctionnelle genevoise, statuant sans jury, a condamné X.________, pour infraction ŕ l'art. 19 ch. 1 et 2 let. a LStup et blanchiment d'argent, ŕ la peine privative de liberté de quatre ans et six mois, sous déduction de la détention préventive. Par arręt du 14 décembre 2007, la Cour de cassation du canton de Genčve a rejeté le recours de X.________. C. Ce dernier dépose un recours en matičre pénale auprčs du Tribunal fédéral. Il conteste la peine infligée et conclut ŕ ce qu'il soit condamné ŕ une peine compatible avec l'octroi du sursis partiel et, subsidiairement, au renvoi de la cause ŕ l'autorité intimée. Il requiert l'assistance judiciaire. Considérant en droit: 1. Le recours peut notamment ętre formé pour violation du droit fédéral (art. 95 let. a LTF), qui englobe les droits constitutionnels. Le Tribunal fédéral statue sur la base des faits établis par l'autorité précédente (art. 105 al. 1 LTF), ŕ moins que le recourant ne démontre que ces faits ont été établis de façon manifestement inexacte, ŕ savoir arbitraire au sens de l'art. 9 Cst., ou en violation du droit au sens de l'art. 95 LTF (art. 97 al. 1 LTF). 2. Invoquant une violation de l'art. 47 CP, le recourant estime qu'il aurait dű ętre condamné ŕ une peine compatible avec l'octroi du sursis partiel. 2.1 Selon la disposition précitée, le juge fixe la peine d'aprčs la culpabilité de l'auteur. Il prend en considération les antécédents et la situation personnelle de ce dernier ainsi que l'effet de la peine sur son avenir (al. 1). La culpabilité est déterminée par la gravité de la lésion ou de la mise en danger du bien juridique concerné, par le caractčre répréhensible de l'acte, par les motivations et les buts de l'auteur et par la mesure dans laquelle celui-ci aurait pu éviter la mise en danger ou la lésion, compte tenu de sa situation personnelle et des circonstances extérieures (al. 2). 2.1.1 Comme dans l'ancien droit, le critčre essentiel est celui de la faute. Le législateur reprend, ŕ l'al. 1, les critčres des antécédents et de la situation personnelle, et y ajoute la nécessité de prendre en considération l'effet de la peine sur l'avenir du condamné. Ce dernier critčre correspond ŕ la jurisprudence rendue sous l'ancien art. 63 CP, selon laquelle le juge doit éviter les sanctions qui pourraient détourner l'intéressé de l'évolution souhaitable (ATF 128 IV 73 consid. 4 p. 79; 127 IV 97 consid. 3 p. 101). Que ce soit sous l'ancien ou le nouveau droit, cet aspect de prévention spéciale ne permet toutefois que des corrections marginales, la peine devant toujours rester proportionnée ŕ la faute (arręt 6B_673/2007 du 15 février 2007 consid. 3.1; ATF 134 IV 17 consid. 3.4 et 3.5). Codifiant la jurisprudence, l'al. 2 de l'art. 47 CP énumčre les critčres permettant de déterminer le degré de gravité de la culpabilité de l'auteur. Ainsi, le juge devra prendre en considération la gravité de la lésion ou de la mise en danger du bien juridique concerné, que la jurisprudence mentionnait sous l'expression du "résultat de l'activité illicite", ainsi que le caractčre répréhensible de l'acte, qui correspond plus ou moins ŕ la notion "de mode et d'exécution de l'acte" prévue par la jurisprudence (ATF 129 IV 6 consid. 6.1). 2.1.2 En matičre de stupéfiants, la quantité de drogue, męme si elle ne joue pas un rôle prépondérant, constitue un élément important. Elle perd cependant de l'importance au fur et ŕ mesure que l'on s'éloigne de la limite ŕ partir de laquelle le cas doit ętre considéré comme grave au sens de l'art. 19 ch. 2 let. a LStup. Le type de drogue et sa pureté doivent aussi ętre pris en considération. Le type et la nature du trafic en cause sont aussi déterminants. L'appréciation est différente selon que l'auteur a agi de maničre autonome ou comme membre d'une organisation (ATF 121 IV 202 consid. 2d/cc p. 206). L'étendue du trafic entrera également en considération. Enfin, le nombre d'opérations constitue un indice pour mesurer l'intensité du comportement délictueux. Outre les éléments qui portent sur l'acte lui-męme, le juge doit prendre en considération la situation personnelle du délinquant. Les mobiles, c'est-ŕ-dire les raisons qui ont poussé l'auteur ŕ agir, ont aussi une influence sur la détermination de la peine. Il conviendra ainsi de distinguer le cas de l'auteur qui est lui-męme toxicomane et qui agit pour financer sa propre consommation de celui qui participe ŕ un trafic uniquement poussé par l'appât du gain (ATF 122 IV 299 consid. 2b p. 301). 2.1.3 L'art. 47 CP laisse au juge un large pouvoir d'appréciation, de sorte que le Tribunal fédéral n'admet un recours portant sur la quotité de la peine que si la sanction a été fixée en dehors du cadre légal, si elle est fondée sur des critčres étrangers ŕ l'art. 47 CP, si les éléments d'appréciation prévus par cette disposition n'ont pas été pris en compte ou enfin si la peine apparaît exagérément sévčre ou clémente au point que l'on doive parler d'un abus du pouvoir d'appréciation (cf. ATF 129 IV 6 consid. 6.1 p. 20 s. et les arręts cités). 2.2 Le recourant reproche aux premiers juges d'avoir apprécié la gravité de sa faute en se fondant sur des éléments supposés, ŕ savoir une implication importante dans le monde des trafiquants de drogue, alors qu'il n'a participé qu'ŕ une seule opération. 2.2.1 La Cour criminelle a relevé le transport de stupéfiants de Zurich ŕ Genčve. Puis, elle a constaté que le recourant avait aussi blanchi de l'argent, ce qui, ŕ son sens, laissait supposer une implication importante dans le trafic. La Cour de cassation a admis que cette appréciation n'était pas arbitraire. Elle a souligné que le recourant avait reconnu avoir blanchi de l'argent qu'il savait provenir d'un trafic de stupéfiants. Elle a estimé que cet aveu, de męme que le stratagčme (cf. supra consid. A.b) suivi pour ce blanchiment, démontraient que l'implication de l'intéressé dans la sphčre des trafiquants était sans aucun doute plus importante que le seul transport d'héroďne ayant immédiatement précédé son arrestation. Que le recourant ait certainement été impliqué plus largement dans un trafic de stupéfiants constitue une question de fait, qui ne peut ętre revue que sous l'angle de l'arbitraire. Or, l'intéressé ne conteste pas cette constatation cantonale conformément aux exigences légales (cf. supra consid. 1). Il n'explique pas en quoi les éléments retenus, ŕ savoir l'opération de blanchiment effectuée la veille du transport de drogue et le stratagčme adopté, ne permettraient pas, de maničre soutenable, de conclure ŕ une supposée implication plus importante au sein d'un trafic. Dčs lors sa critique est irrecevable. Pour le reste, les juges cantonaux n'ont retenu qu'un seul transport de drogue et aucun élément ne permet d'affirmer qu'un poids particulier aurait été accordé, dans le cadre de l'appréciation de la peine, ŕ une participation plus vaste dans le trafic, laquelle n'a d'ailleurs été que supposée par les autorités. Le grief est donc infondé. 2.2.2 Le recourant invoque une violation de son droit d'ętre entendu au motif qu'il n'a pas pu se défendre, dans sa plaidoirie sur la peine, sur la question d'une implication plus vaste dans le trafic. L'intéressé n'a pas fait valoir ce moyen devant la Cour de cassation. Or, il découle de l'exigence de l'épuisement des voies de droit cantonal, consacrée par l'art. 80 al. 1 LTF, que seuls sont recevables devant le Tribunal fédéral les griefs qui, pouvant l'ętre, ont été présentés ŕ l'autorité cantonale de derničre instance (cf. arręt 6B_317/2007 du 16 octobre 2007 consid. 2). La jurisprudence admet cependant la recevabilité de moyens de droit nouveaux lorsque l'autorité cantonale de derničre instance disposait d'un pouvoir d'examen libre et devait appliquer le droit d'office et ŕ la condition que le comportement du recourant ne soit pas contraire ŕ la rčgle de la bonne foi, en vertu de laquelle celui qui ne soulčve pas devant l'autorité de derničre instance cantonale un grief lié ŕ la conduite de la procédure ne peut plus en principe le soulever devant le Tribunal fédéral. Une solution contraire favoriserait les manoeuvres dilatoires (ATF 119 Ia 88 consid. 1a p. 90 s.). Or, tel est précisément le cas en l'espčce, le comportement du recourant apparaissant clairement contraire ŕ la bonne foi. 2.3 Le recourant reproche aux autorités cantonales de ne pas avoir tenu compte de son absence d'antécédents. Le recourant se trompe lorsqu'il affirme ne pas avoir d'antécédents. En effet, la Cour criminelle a relevé que, le 21 juin 2005, il a été condamné ŕ une amende de 800 fr. pour violation grave des rčgles de la circulation routičre. Elle a toutefois précisé ne pas retenir cet élément ŕ charge, ce qui est favorable ŕ l'intéressé, qui ne saurait donc de surcroît invoquer une condamnation comme élément ŕ décharge. 2.4 Le recourant fait grief aux premiers juges de ne pas avoir tenu compte des effets de la sanction sur son avenir. En l'occurrence, la gravité de la faute commise par le condamné ne permet pas d'envisager une peine pécuniaire, ni une peine assortie du sursis męme partiel. En fixant ŕ quatre ans et demi la peine privative de liberté de l'intéressé, les juges cantonaux l'ont d'ailleurs clairement indiqué, cette sanction excédant largement la limite au-delŕ de laquelle l'octroi du sursis partiel n'est plus possible et la situation familiale et professionnelle du recourant ne permettant que des corrections marginales qui ne sont donc pas envisageables dans le cas particulier. 2.5 La peine a été fixée dans le cadre légal, en suivant les critčres posés par l'art. 47 CP et sans se laisser guider par des considérations étrangčres ŕ cette disposition. Il reste ŕ examiner si elle est exagérément sévčre au point de constituer un abus du pouvoir d'appréciation. Le recourant a transporté de Zurich ŕ Genčve plus de 1,6 kg d'héroďne brute et 462,6 g de produit de coupage dans le but de les livrer ŕ des tiers chargés de revendre la drogue sur le marché genevois. Il a également blanchi de l'argent. Ces infractions entrent en concours. Le recourant ne consomme pas de stupéfiants. Il a agi uniquement par appât du gain. Sa situation personnelle ne permet pas d'expliquer ses agissements. En effet, il est marié et a un emploi stable depuis plusieurs années qui lui rapporte des revenus réguliers non négligeables. A décharge, il a relativement bien collaboré durant l'instruction. En définitive, au vu de l'ensemble des circonstances, la peine infligée au recourant n'apparaît pas sévčre ŕ un point tel qu'il faille conclure ŕ un abus du large pouvoir d'appréciation accordé ŕ l'autorité cantonale. Le grief de violation de l'art. 47 CP est dčs lors infondé. 3. En conclusion, le recours est rejeté dans la mesure oů il est recevable. Vu l'issue de la procédure, l'assistance judiciaire est refusée et le recourant, qui succombe, supporte les frais fixés en fonction de sa situation financičre (art. 65 al. 2 et 66 al. 1 LTF). Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce: 1. Le recours est rejeté dans la mesure oů il est recevable. 2. La requęte d'assistance judiciaire est rejetée. 3. Les frais de justice, arrętés ŕ 800 fr., sont mis ŕ la charge du recourant. 4. Le présent arręt est communiqué aux parties et ŕ la Cour de cassation du canton de Genčve. Lausanne, le 14 mai 2008 Au nom de la Cour de droit pénal du Tribunal fédéral suisse Le Président: La Greffičre: Schneider Bendani