Résolution CM/ResDH(2011)5[1]
Exécution de l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme
Raichinov contre Bulgarie
(Requête no 47579/99, arrêt du 20/04/2006, définitif le 20/07/2006)
Le Comité des Ministres, en vertu de l’article 46, paragraphe 2, de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, qui prévoit que le Comité surveille l’exécution des arrêts définitifs de la Cour européenne des droits de l’homme (ci-après nommées « la Convention » et « la Cour ») ;
Vu l’arrêt transmis par la Cour au Comité une fois définitif ;
Rappelant que la violation de la Convention constatée par la Cour dans cette affaire concerne l’ingérence disproportionnée dans le droit à la liberté d’expression du requérant en raison de sa condamnation en 1998 à une amende et à un blâme public pour avoir insulté un haut fonctionnaire (violation de l’article 10) (voir détails dans l’Annexe) ;
Ayant invité le gouvernement de l’Etat défendeur à l’informer des mesures qu’il a prises pour se conformer à l’arrêt de la Cour en vertu de l’obligation qui lui incombe au regard de l’article 46, paragraphe 1, de la Convention ;
Ayant examiné les informations transmises par le gouvernement conformément aux Règles du Comité pour l’application de l’article 46, paragraphe 2, de la Convention ;
S’étant assuré que, dans le délai imparti, l’Etat défendeur a versé à la partie requérante, la satisfaction équitable prévue dans l’arrêt (voir détails dans l’Annexe),
Rappelant que les constats de violation par la Cour exigent, outre le paiement de la satisfaction équitable octroyée par la Cour dans ses arrêts, l’adoption par l’Etat défendeur, si nécessaire :
- de mesures individuelles mettant fin aux violations et en effaçant les conséquences, si possible par restitutio in integrum ; et
- de mesures générales, permettant de prévenir des violations semblables ;
DECLARE, après avoir examiné les mesures prises par l’Etat défendeur (voir Annexe), qu’il a rempli ses fonctions en vertu de l’article 46, paragraphe 2, de la Convention dans la présente affaire et
DECIDE d’en clore l’examen.
Annexe à la Résolution CM/ResDH(2011)5
Informations sur les mesures prises afin de se conformer à l’arrêt dans l’affaire
Raichinov contre Bulgarie
Résumé introductif de l’affaire
L’affaire concerne la violation du droit à la liberté d’expression du requérant en raison de sa condamnation en 1998 à une amende et à un blâme public pour avoir insulté un haut fonctionnaire (violation de l’article 10).
Le requérant qui était chef de la division des finances du Ministère de la Justice à l’époque des faits, a déclaré lors d’une réunion de travail qu’à son avis le Procureur général adjoint n’était pas honnête et qu’il pouvait le prouver.
Prenant en compte les circonstances de l’espèce, la Cour a estimé que la réaction du Procureur général qui avait insisté pour que le requérant soit poursuivi d’office, ainsi que la condamnation ultérieure de l’intéressé, étaient disproportionnées et ne correspondaient à aucun besoin social impérieux.
I.Paiement de la satisfaction équitable et mesures individuelles
a) Détails de la satisfaction équitable
Dommage matériel
Dommage moral
Frais & dépens
Total
23 EUR
2 000 EUR
1 500 EUR
3 526 EUR
Payé le 19/10/2006
b) Mesures individuelles
La Cour a accordé une satisfaction équitable couvrant le montant de l’amende payée par le requérant. Le blâme public n’a jamais été mis en œuvre pour cause de prescription. De plus, à la suite de l’arrêt de la Cour européenne, en 2007 la Cour suprême de cassation a accordé la réouverture de la procédure pénale, a annulé la condamnation du requérant et l’a acquitté par l’arrêt no293/2007. La haute juridiction a fondé son arrêt sur les conclusions de la Cour européenne. En conséquence, aucune autre mesure individuelle n’a été considérée nécessaire par le Comité des Ministres.
II.Mesures générales
Suite aux modifications du Code pénal adoptées en 2000, l’insulte peut donner lieu seulement à des poursuites pénales privées (§§ 30 et 50 de l’arrêt) et des infractions de cette nature ne sont plus sanctionnées par une peine d’emprisonnement. De plus, la jurisprudence des juridictions bulgares se développe constamment dans le sens d’une meilleure prise en compte de la Convention et de la jurisprudence de la Cour européenne. Enfin, l’arrêt de la Cour européenne a été traduit en bulgare et publié sur le site du Ministère de la Justice , ainsi que dans des bases de données juridiques couramment utilisées par les professionnels du droit. Il a été envoyé aux juridictions internes compétentes.
III.Conclusions de l’Etat défendeur
Le gouvernement estime que les mesures prises ont entièrement remédié aux conséquences pour la partie requérante de la violation de la Convention constatée par la Cour européenne dans cette affaire, que ces mesures vont prévenir des violations semblables et que la Bulgarie a par conséquent rempli ses obligations en vertu de l’article 46, paragraphe 1, de la Convention.
[1] Adoptée par le Comité des Ministres le 10 mars 2011 lors de la 1108e réunion des Délégués des Ministres
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