Publié le 4 juillet 2022
DEUXIÈME SECTION
Requête no 16757/21
Metin AKTÜRK et autres
contre la Turquie
introduite le 18 mars 2021
communiquée le 14 juin 2022
OBJET DE L’AFFAIRE
La requête concerne le droit au respect des biens. Elle porte donc sur l’article 1 du Protocole no 1.
Le de cujus des requérants cultiva pendant plus de cinquante ans un terrain agricole appartenant au Trésor. Il paya un loyer à l’État pour cet usage. Après son décès, les requérants demandèrent à l’administration l’enregistrement de ce terrain en leurs noms sur le registre foncier conformément à la législation, à savoir, l’article 6 de la loi no 6292. Les conditions de la vente étant remplies, l’administration accepta cette demande et les requérants lui payèrent le prix d’achat. Cependant, environ huit mois après, l’administration fit savoir aux requérants que le transfert de terrain était annulé au motif que ledit bien allait être utilisé pour la construction des logements sociaux au profit des victimes des catastrophes naturelles. L’administration ajouta que le prix d’achat versé par les requérants allait leur être remboursé. Les intéressés saisirent les juridictions administratives d’une demande en annulation de cette décision unilatérale de l’administration qu’ils jugeaient illégales. Ils furent déboutés de leur demande au motif que l’intérêt public exigeait l’annulation de la vente pour la construction des logements sociaux. La Cour constitutionnelle considéra également que la requête individuelle que les requérants avaient introduite devant elle, était manifestement mal fondée. Les requérants allèguent que l’annulation de la vente était illégale, que le bien litigieux n’a jamais été utilisé par l’administration pour un usage public et que les circonstances de la cause ont ainsi emporté violation de l’article 1 du Protocole no 1, des articles 6 et 14 de la Convention, et du protocole 12. À cet égard, ils font notamment valoir que l’article 6 de la loi no 6292 prévoit que les utilisateurs de terrains qualifiés 2B (les terrains qui ont perdu leur caractère forestier) jouissent d’un droit acquis et peuvent acheter, s’ils le souhaitent, ces terrains de l’administration. Ils ajoutent que la loi prévoit expressément que l’administration doit conclure la transaction de vente au plus tard dans un délai de six mois suivant la demande des intéressés. Selon les requérants, la loi ne conférerait donc aucun pouvoir discrétionnaire à l’administration pour annuler la vente et que ce point essentiel, de leur point de vue, n’aurait pas été examiné par les juridictions nationales.
QUESTIONS AUX PARTIES
1. Y a-t-il eu atteinte au droit des requérants au respect de leurs biens, au sens de l’article 1 du Protocole no 1 ? En particulier, la présente affaire
a-t-elle trait à des biens existants ou une espérance légitime d’acquérir des biens ?
Les requérants ont-t-ils été privés de leurs biens pour cause d’utilité publique et dans les conditions prévues par la loi, au sens de l’article 1 du Protocole no 1 ?
Dans l’affirmative, cette privation procédait-elle de l’application d’une loi jugée nécessaire pour réglementer l’usage des biens conformément à l’intérêt général ?
Cette privation a-t-elle imposé aux requérants une charge excessive (voir Immobiliare Saffi c. Italie, [GC], no 22774/93, § 59, CEDH 1999-V) ?
2. En particulier, l’article 6 de la loi no 6292 confère-t-il aux administrés qui remplissent les conditions d’application de celui-ci, un droit acquis ? Cette question a-t-elle été examinée par les juridictions nationales ?
3. Le terrain litigieux a-t-il été affecté par l’administration à un usage public ?
ANNEXE
Requête no 16757/21
No
Prénom NOM
Année de naissance
Nationalité
Lieu de résidence
1.
Metin AKTÜRK
1968
turc
Ankara
2.
Nurten AKDAĞ
1966
turque
Ankara
3.
Müjdat AKTÜRK
1956
turc
Ankara
4.
Ayten YENİLMEZ
1958
turque
Kayseri
5.
Satıa YENİLMEZ
1956
turque
Ankara
6.
Cevriye YERTUTAN
1961
turque
Ankara