COMMISSION EUROPEENNE DES DROITS DE L'HOMME
PREMIERE CHAMBRE
Requête N° 23622/94
Antonino De Luca
contre
Italie
RAPPORT DE LA COMMISSION
(adopté le 28 février 1995)
I. INTRODUCTION
1. Le présent rapport concerne la requête No 23622/94 introduite
le 16 juin 1993 contre l'Italie et enregistrée le 7 mars 1994. Le
requérant est un ressortissant italien né en 1930 et réside à
Messina.
Le Gouvernement défendeur est représenté par son Agent,
M. Umberto Leanza, Chef du service du Contentieux diplomatique au
Ministère des Affaires étrangères.
2. Cette requête, qui porte sur la durée d'une procédure civile,
a été communiquée le 13 avril 1994 au Gouvernement. A la suite d'un
échange de mémoires, la requête a été déclarée recevable le
7 décembre 1994. Le texte de la décision sur la recevabilité est
annexé au présent rapport.
3. Ayant constaté qu'il n'existe aucune base permettant d'obtenir
un règlement amiable au sens de l'article 28 par. 1 b) de la
Convention, la Commission (Première Chambre), après délibération, a
adopté le 28 février 1995 le présent rapport conformément à
l'article 31 par. 1 de la Convention, en présence des membres
suivants :
M. C.L. ROZAKIS, Président
Mme J. LIDDY
MM. A.S. GÖZÜBÜYÜK
A. WEITZEL
M.P. PELLONPÄÄ
B. CONFORTI
N. BRATZA
I. BÉKÉS
E. KONSTANTINOV
G. RESS
4. Dans ce rapport, la Commission a formulé son avis sur le point
de savoir si les faits constatés révèlent, de la part de l'Italie,
une violation de la Convention.
5. Le texte du présent rapport sera transmis au Comité des
Ministres du Conseil de l'Europe conformément à l'article 31 par. 2
de la Convention.
II. ETABLISSEMENT DES FAITS
6. Le 22 janvier 1987, le requérant assigna la municipalité de
Pagliara devant le tribunal de Messina afin d'obtenir le
dédommagement pour l'occupation abusive d'un terrain dont il est
propriétaire.
7. La mise en état de l'affaire commença le 24 décembre 1987. Par
ordonnance rendue hors d'audience le 18 février 1988, le juge de la
mise en état nomma un expert et, lors de l'audience du 26 avril 1988,
lui accorda un délai de quatre-vingt-dix jours pour accomplir sa
mission. L'expert déposa son rapport le 25 octobre 1988.
8. Après l'audience du 10 novembre 1988, la procédure demeura en
sommeil jusqu'au 23 juin 1992 car le juge de la mise en état avait
été muté et n'avait pas été remplacé. Le 24 novembre 1992, les
parties présentèrent leurs conclusions. L'audience de plaidoirie
devant la chambre compétente fut fixée au 20 avril 1994.
9. Par un jugement du même jour, dont le texte fut déposé au greffe
le 22 juillet 1994, le tribunal de Messina fit droit au requérant.
10. Ce jugement fut notifié le 22 septembre 1994 à la municipalité
de Pagliara. Le 21 octobre 1994, il acquit l'autorité de chose jugée.
III. AVIS DE LA COMMISSION
11. Le requérant se plaint de la violation du principe du délai
raisonnable prévu à l'article 6 par. 1 (art. 6-1) de la Convention.
12. Cette procédure tendait à faire décider d'une contestation sur
des "droits et obligations de caractère civil" et se situe donc dans
le champ d'application de l'article 6 par. 1 (art. 6-1) de la
Convention.
13. La procédure litigieuse, qui a débuté le 22 janvier 1987 et
s'est terminée le 21 octobre 1994, a duré sept ans et neuf mois.
14. Conformément à la jurisprudence de la Cour et de la Commission
en la matière et sur la base des informations fournies par les deux
parties, la Commission a relevé des retards imputables aux
juridictions nationales l'amenant à considérer que la durée de la
procédure litigieuse est excessive et ne répond pas à l'exigence du
"délai raisonnable".
CONCLUSION
15. La Commission conclut, à l'unanimité, qu'il y a eu, en l'espèce,
violation de l'article 6 par. 1 (art. 6-1) de la Convention.
Le Secrétaire Le Président
de la Première Chambre de la Première Chambre
(M.F. BUQUICCHIO) (C.L. ROZAKIS)
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