B u n d e s v e rw a l t u ng s g e r i ch t
T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i f f éd é r a l
T r i b u n a l e am m in i s t r a t i vo f e d e r a l e
T r i b u n a l ad m i n i s t r a t i v fe d e r a l
Cour V
E-2292/2014
Ar r ê t d u 6 ma i 2 0 1 5
Composition
William Waeber (président du collège),
Gérard Scherrer, Barbara Balmelli, juges,
Jean-Claude Barras, greffier.
Parties
A._______, née le (…),
agissant pour elle-même et pour sa fille,
B._______, née le (…),
Serbie et Kosovo,
représentée par Me Irène Schmidlin, avocate,
recourante,
contre
Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM),
Quellenweg 6, 3003 Berne,
autorité inférieure.
Objet
Asile et renvoi ;
décision du SEM du 27 mars 2014 / N (…).
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Faits :
A.
Le 12 octobre 2011, A._______, qui était accompagnée de sa fille, a
déposé une demande d'asile en Suisse. Elle a d'abord été entendue
sommairement au centre d'enregistrement et de procédure (CEP) de
Vallorbe, le 27 octobre 2011, puis sur ses motifs d'asile, le 16 avril 2013.
Lors de ses auditions, elle a dit venir de C._______, un village de la
commune de D._______, au Kosovo, et être d'ethnie gorani. Partiellement
invalide à cause d'une paralysie ayant affecté l'usage de sa main et de sa
jambe gauche à l'âge de neuf mois, elle a dit être venue en Suisse pour
pouvoir s'y faire soigner et parce qu'elle n'avait plus de quoi vivre au
Kosovo. Elle aurait vécu dans la maison familiale, à D._______, avec sa
mère d'abord, puis seule jusqu'à son départ, hormis un bref séjour à
E._______, chez le père de sa fille qu'elle aurait connu en mai 2007 et dont
elle se serait rapidement séparée car il la battait. Sa mère, qui n'aurait pas
accepté cette relation, lui aurait demandé d'avorter quand elle lui aurait
annoncé être enceinte. Grâce à l'argent que sa sœur en Suisse lui
envoyait, elle serait allée accoucher à F._______ en décembre (…). Peu
après, le père de l'enfant aurait définitivement rompu avec elle car il aurait
voulu un garçon. Sa famille l'aurait aussi rejetée car elle lui reprochait cette
naissance hors mariage. Elle l'aurait toutefois laissé habiter la maison
familiale à D._______, à côté de la demeure que son frère s'était fait bâtir
à cet endroit, sa mère étant, de son côté, partie s'installer chez ce frère,
domicilié à F._______. La recourante aurait alors vécu de l'argent que sa
sœur lui envoyait de Suisse, de celui que sa tante et d'autres habitants de
C._______, dont elle a dit ne plus se souvenir des noms, avaient bien voulu
lui donner quand elle n'avait plus rien et de l'allocation mensuelle de
45 euros qu'elle percevait des services sociaux en raison de son invalidité
et dont, sans explication, elle aurait cessé de bénéficier à partir de 2008.
Ces soutiens n'auraient toutefois pas suffi pour survivre. L'électricité lui
aurait ainsi été coupée trois mois après la naissance de sa fille. En avril
2011, un médecin lui aurait prescrit des médicaments pour soulager ses
douleurs à son bras et à sa jambe gauche. En juin de la même année, sa
mère lui aurait fait savoir auprès de quelle autorité intenter une action
alimentaire contre le père de sa fille. Ayant saisi un Tribunal de G._______
en juillet suivant, la recourante s'y serait d'abord rendue avec sa mère,
venue l'aider dans ses démarches, puis elle y serait retournée seule,
payant ses déplacements avec ses économies. Le père de sa fille ne se
serait toutefois jamais acquitté de la pension que le tribunal lui avait
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ordonné de payer et la recourante n'aurait pas jugé utile de le relancer
judiciairement. A cette époque, sa fille aurait aussi été brièvement été
hospitalisée à D._______, vraisemblablement à cause d'un
refroidissement. Finalement, l'aggravation de ses problèmes de santé et
des difficultés financières croissantes l'auraient décidée à partir. Sa sœur
en Suisse, dont le mari ne voulait plus qu'elle continue de l'aider l'y aurait
aussi poussée. Vers septembre 2011, elle et sa fille auraient pris à Prishtina
un bus à destination de la Suisse, munies de passeports kosovars qu'elle
aurait payés avec ses économies.
B.
Le 26 avril 2013, le médecin-traitant de la recourante a adressé à l'Office
fédéral des migrations (actuellement et ci-après : le SEM) un rapport
médical faisant état de l'infection cérébrale contractée par sa patiente à
l'âge du 8 mois et des séquelles que celle-ci en avait gardé sur son côté
gauche. L'intéressée présente ainsi une hémiparésie du membre supérieur
et du membre inférieur gauche avec une contracture permanente et une
asymétrie de longueur en faveur du membre inférieur gauche de 7 mm. Sa
marche est difficile et l'usage de sa main gauche très limité. Des douleurs
intenses dues à la spasticité et à une non-prise en charge antérieure
étaient aussi apparues, nécessitant un traitement décontractant
musculaire dès avril 2013.
C.
Par acte du 26 avril 2013, le SEM a demandé à la Représentation suisse
à F._______ de recueillir des informations au sujet de l'intéressée,
notamment à propos de son séjour dans cette ville, du domicile de sa mère
et de son frère dans la capitale serbe, de leur disponibilité à l'accueillir avec
sa fille, de ses difficultés avec eux, de ses contacts avec sa mère depuis
la Suisse, de sa nationalité enfin.
D.
Dans un rapport du 13 mai 2013, la psychiatre de la recourante a fait savoir
au SEM que celle-ci souffrait de dépression (moyenne) et connaissait des
difficultés liées à son enfance (malheureuse) et à son éducation, troubles
qui avaient nécessité l'instauration d'un traitement psychiatrique et
psychothérapeutique intégré (TPPI) avec entretiens bimensuels et la
prescription de médicaments. La praticienne relevait aussi qu'eu égard aux
particularités de l'état de sa patiente, le contexte délétère de son pays
d'origine conduirait à sa marginalisation, cela même si elle pouvait y
bénéficier d'un traitement.
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E.
Le 27 mai 2013, le SEM a transmis à la recourante les résultats de
l’enquête menée dans son pays par l'Ambassade de Suisse. Il en ressort
que sa mère habite à F._______ avec son fils où elle est officiellement
enregistrée et où elle perçoit une pension de l'Etat serbe. Marié et père de
deux enfants, le frère de la recourante travaille pour une firme
pharmaceutique. Selon les renseignements obtenus par l'ambassade, la
recourante a vécu avec sa mère à D._______ puis à F._______ au moins
pendant un an ou un an et demi voire jusqu'à son départ en Suisse. Elle
n'a pas de problèmes, ni avec son frère ni avec sa mère. Depuis qu'elle est
en Suisse, elle appelle même parfois sa mère au téléphone. Celle-ci
tiendrait beaucoup à elle et à sa petite-fille, même si elle espère qu'elles
puissent rester en Suisse pour d'évidentes raisons économiques. Sa rente,
notamment, ne lui permettrait pas de subvenir aux besoins de la recourante
et de sa fille. Elle n'a toutefois pas exclu de les accueillir si nécessaire.
Enfin, selon un membre de sa famille, la recourante ne serait titulaire que
d'un passeport kosovar, ce que le SEM, commentant les résultats de
l’enquête, n'a pas estimé crédible, vu que tous les membres de sa famille
étaient titulaires d'un passeport biométrique serbe.
F.
Dans ses observations du 17 juin 2013, la recourante s'est plainte de ne
pas pouvoir se prononcer en toute connaissance de cause sur un point
aussi déterminant que ses relations avec sa mère et son frère, dont elle
contestait qu'elles fussent harmonieuses, faute de connaître les sources
de l'ambassade. Elle a donc requis la production du rapport d'ambassade
dans son intégralité. Elle aussi ajouté avoir vécu à F._______ jusqu'en
janvier 2007 avec sa mère et son frère puis avec le père de sa fille, auquel
elle n'a jamais été marié, jusqu'en décembre suivant. Elle est ensuite
retournée à C._______ avec sa fille. Les deux y auraient vécu jusqu'à leur
départ en Suisse, rejetées par les habitants de l'endroit en raison de son
handicap et de son statut de mère célibataire. Elle a également maintenu
n'avoir pas de bonnes relations avec sa mère qui aurait refusé de lui
attribuer la part des biens de la famille qui lui revenait et qu'elle lui aurait
réclamée. Enfin, elle a requis la production de l'intégralité de son dossier.
G.
Le 24 janvier 2014, le SEM a transmis à la recourante une copie des pièces
réclamées et une copie de l'index des pièces de son dossier. Il lui a aussi
transmis une copie caviardée de sa demande de renseignements à
l'Ambassade de Suisse à F._______. Il a par contre refusé de lui remettre
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une copie du rapport d'enquête de l'ambassade au motif que ce document
contenait des informations que la préservation d'intérêts privés, comme
l'identité des sources de l'ambassade, empêchait de divulguer. Il lui a aussi
communiqué que la voisine de sa mère avait seulement su dire à son sujet
qu'elle était actuellement à l'étranger, les autres indications de cette voisine
ne concernant que la localisation de l'appartement où logeait sa mère à
F._______ et avec qui elle y vivait.
H.
Par lettre du 13 mars 2014 au SEM, la recourante a sollicité l'audition de
son frère à F._______ à propos des relations qu'elle entretenait avec lui et
celle de sa sœur, à Lausanne, au sujet des mauvais traitements que sa
famille lui aurait fait subir. Elle a aussi relevé qu'elle souffrait de troubles du
langage et d'une compréhension limitée qui expliquaient ses inexactitudes
lors de ses auditions, comme en attestait un rapport médical du 10 mars
précédent joint à son écrit.
I.
Par décision du 27 mars 2014, notifiée le 31 mars suivant, le SEM a
débouté l'intéressée et sa fille de leur demande, considérant que celle-ci
était essentiellement motivée par leur précarité matérielle, due à l'absence
de ressources financières dans leur pays, un motif qui n'entrait pas dans le
champ de l’art. 3 LAsi (RS 142.31). Le SEM a aussi considéré que les
contradictions de A._______ sur la durée de son séjour à C._______ et sur
le moment où elle avait cessé de percevoir l'aide que les autorités de la
commune de D._______ lui versaient laissaient penser qu'elle et sa fille n'y
vivaient plus avant de venir en Suisse mais résidaient plutôt à F._______
comme cela ressortait aussi de l'arrêt du Tribunal de 1ère instance de cette
ville produit en cause. Penchaient aussi dans ce sens son incapacité à citer
le nom d'au moins un des habitants de C._______ à lui être venu en aide
ou à donner le prix d'un billet de bus C._______ – F._______, qu'elle aurait
pourtant pris deux fois. Le SEM en a donc conclu qu'elle et sa fille n'avaient
pu venir en Suisse que munies de passeports serbes car, toujours selon le
SEM, elles n'auraient pu poursuivre leur voyage si, lors du contrôle
d'identité que A._______ a dit avoir subi en cours de route, elle avait
présenté son passeport kosovar dépourvu de tampons officiels. Par
ailleurs, les contacts téléphoniques réguliers de la précitée avec sa mère,
comme le soutien que celle-ci lui avait apporté dans la procédure qu'elle
avait engagée, à F._______, contre le père de sa fille, laissaient aussi
penser que sa situation n'était pas celle d'une mère seule, rejetée par sa
famille et dépourvue de ressources. Le SEM en a donc conclu que
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l'exécution de son renvoi au Kosovo comme en Serbie était non seulement
licite mais encore raisonnablement exigible, considérant au demeurant que
les soins dont la recourante avait besoin étaient disponibles en Serbie,
notamment à F._______.
J.
Dans son recours interjeté le 29 avril 2014, A._______ soulève
préalablement des griefs de nature formelle dont elle estime qu'ils
devraient aboutir à une annulation de la décision du SEM. Elle reproche
ainsi au SEM d'avoir violé son droit d'être entendu pour n'avoir pas
mentionné les sources des informations figurant dans la transcription du
rapport d'ambassade et pour ne s'être pas expressément prononcé, dans
sa décision, sur le certificat médical qu'elle lui avait adressé peu avant qu'il
ne statue et qui imputait ses contradictions à des problèmes mnésiques et
de compréhension. Matériellement, elle conteste le point de vue du SEM
selon lequel seules des considérations économiques seraient à l'origine de
sa demande d'asile et redit avoir été discriminée et maltraitée au Kosovo à
cause de son extraction gorani, à cause aussi de son statut de mère
célibataire et de son handicap. Elle ajoute que le SEM ne saurait déduire
sa nationalité serbe ni de la détention par tous les autres membres de sa
famille de passeports serbes ni de l'absence de tampons officiels sur son
passeport kosovar. Selon elle, ce document ainsi que la carte d'identité et
la pièce attestant qu'elle est d'ethnie gorani suffisent à prouver qu'elle est
bien du Kosovo et que jusqu'à son départ en Suisse, elle était domiciliée
dans la commune de D._______, où la pièce en question a d'ailleurs été
établie. Elle considère ainsi que rien ne permet d'affirmer qu'elle a la
nationalité serbe et qu'elle pourrait s'installer en Serbie. Elle relève aussi
que les informations de l'ambassade concernant le domicile de sa mère,
avec laquelle elle aurait vécu avant son départ, sont contradictoires. Le
SEM, qui en a de surcroît livré une interprétation arbitraire, ne pouvait par
conséquent prétendre qu'elle vivait à F._______ avec sa mère avant de
venir en Suisse sans procéder à des mesures d'instructions
complémentaires, sous peine de violer à nouveau son droit d'être entendu.
Elle lui fait aussi grief d'une constatation inexacte des faits pertinents pour
avoir retenu à tort qu'elle n'avait pas de problème avec sa famille et pour
n'avoir rien dit des possibilités à sa disposition au Kosovo pour traiter ses
affections complexes et graves comme cela ressort à l'évidence des
certificats et rapports médicaux produits en cause.
En outre elle n'estime pas non plus licite ni raisonnablement exigible
l'exécution de son renvoi dans les conditions actuelles. Elle considère ainsi
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qu'au Kosovo, sa survie serait compromise à cause de la précarité et de
l'isolement dans lesquels elle se retrouverait faute d'être en mesure de
travailler. Elle note aussi que ni les soins dont elle a besoin ni la prise en
charge psychologique envisagée pour sa fille ne sont garantis dans ce
pays où il n'y aurait qu'un seul pédopsychiatre. Quant aux soins
disponibles, elle ne pourrait se les offrir car ils sont payants. Elle soutient
enfin ne pas réaliser les conditions mises par la jurisprudence à l'exécution
du renvoi des Gorani en Serbie, vu qu'elle est sans formation
professionnelle et donc pas en mesure de subvenir à ses besoins et à ceux
de sa fille. En outre, elle ne peut compter ni sur le soutien de sa mère ni
sur celui de son frère qui la rejetteraient.
Elle conclut, préjudiciellement, à l'octroi de l'assistance judiciaire partielle
et à la désignation d'un mandataire d'office en la personne de sa
représentante, principalement, à l'annulation de la décision du SEM, à la
reconnaissance de sa qualité de réfugiée et à l'octroi de l'asile,
subsidiairement, à l'octroi d'une admission provisoire, plus subsidiairement
au renvoi de la cause au SEM pour instruction complémentaire et nouvelle
décision.
K.
Par décision incidente du 8 mai 2014, le juge instructeur a admis la
demande d'assistance judiciaire partielle de la recourante et désigné
Me Irène Schmidlin en qualité de mandataire d'office.
L.
Dans sa réponse du 23 mai 2014 au recours, qu'il a proposé de rejeter, le
SEM a noté qu'à l'exception de l'identité des sources de l'ambassade, dont
l'intérêt à la préservation de l'anonymat n'était pas discutable, le rapport
transmis à la recourante l'avait été dans une retranscription quasi à
l'identique. Selon le SEM, son droit de consulter le dossier avec la
possibilité de s'expliquer avant qu'une décision ne soit prise avait donc été
respecté à satisfaction. Le SEM a aussi considéré que l'ensemble des
pièces au dossier amenait à conclure que la recourante résidait à
F._______ avant de venir en Suisse, qu'il en allait notamment ainsi de la
décision du Tribunal de 1ère instance de F._______ où figurait son adresse
dans cette ville et que ses troubles mnésiques ne pouvaient expliquer son
incapacité à citer le nom d'un seul habitant de C._______ à lui être venu
en aide après son rejet par sa famille. Enfin, pour le SEM, ses
contradictions sur son séjour chez son frère, à F._______, comme le
soutien de sa mère dans la procédure qu'elle avait engagée contre le père
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de sa fille dans cette ville laissaient penser qu'elle cachait sa véritable
situation familiale.
M.
Dans sa réplique du 23 juillet 2014, la recourante a fait grief au SEM de
n'avoir ni cherché à lever les contradictions que recelaient les informations
sur lesquelles il s'était fondé pour affirmer qu'elle vivait avec sa mère à
F._______ avant de venir en Suisse, ni avancé de raison valable pour
expliquer son refus de donner suite à ses offres de preuve, de sorte que la
violation de son droit d'être entendu, invoquée dans son recours, n'était
pas réparée. Elle a aussi maintenu avoir vécu à C._______ avec sa fille
jusqu'à son départ en Suisse comme cela ressortait de l'attestation
notariale jointe à son écrit, dans laquelle, sa tante, à C._______, confirmait
son séjour à cet endroit jusqu'en août 2011 et le refus de sa famille de lui
venir en aide en raison de la naissance hors mariage de sa fille. Enfin, elle
a produit un rapport du Service de neurologie du département des
neurosciences cliniques du H._______ du 19 mai 2014 confirmant le
tableau clinique exposé précédemment et mentionnant l'instauration d'un
traitement à base d'injections de toxine botulinique. Elle a aussi produit un
rapport d'"I._______" du 14 juillet 2014 dans lequel ses auteurs, une
psychiatre et une psychologue, relevaient un ralentissement idéo-moteur
et une atteinte à ses capacités de concentration et de mémorisation, ainsi
qu'un rapport du Service de psychologie scolaire de la ville de Lausanne
du 14 juillet 2014 concernant sa fille, des moyens dont elle estime qu'ils
établissent à satisfaction qu'elle-même et sa fille ont besoin d'un soutien et
de soins spécifiques et complexes, indisponibles au Kosovo.
N.
Le 12 septembre 2014, la recourante a encore produit un certificat médical
du 13 août précédent, complémentaire au précédent rapport du 19 mai
2014, un autre certificat du 28 juillet 2014 du service de neuropsychologie
et de neuroréhabilitation du département précité du H._______ faisant état
de ses troubles mnésiques, exécutifs et attentionnels modérés à sévères
de nature à limiter d'une manière importante sa capacité de travail et
probablement, dans une certaine mesure, son indépendance et une lettre
de son médecin traitant du 1er septembre 2014, dans laquelle celle-ci
estimait que, sur le plan neurologique, l'état de la recourante pouvait
expliquer ses contradictions et ses omissions.
O.
Par courrier des 20 février 2015 et 16 avril suivant, la recourante a encore
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produit deux certificats des 24 décembre 2014 et 30 mars 2015 du médecin
du service de neurologie du H._______, dans lesquels celui-ci confirme les
importants profits que la recourante tire de son traitement par injections de
toxine botulinique tous les trois mois.
Droit :
1.
1.1 Le Tribunal administratif fédéral (ci-après : le Tribunal), en vertu de
l'art. 31 LTAF, connaît des recours contre les décisions au sens de l'art. 5
PA prises par les autorités mentionnées à l'art. 33 LTAF.
En particulier, les décisions rendues par le SEM concernant l'asile peuvent
être contestées, par renvoi de l'art. 105 LAsi (RS 142.31), devant le
Tribunal, lequel, sauf l'exception visée à l'art. 83 let. d ch. 1 de la loi sur le
Tribunal fédéral (LTF, RS 173.110), non réalisée en l'espèce, statue
définitivement.
1.2 La recourante a qualité pour recourir, pour elle-même et pour sa fille
(cf. art. 48 al. 1 PA, applicable par renvoi de l'art. 37 LTAF). Présenté dans
la forme (cf. art. 52 al. 1 PA par renvoi de l'art. 6 LAsi) et dans le délai
prescrit par la loi (cf. art. 108 al. 1 LAsi), le recours est recevable.
2.
Préalablement, il convient d'examiner les griefs de nature formelle
soulevés par l'intéressée, à savoir ceux relatifs à la violation de son droit
d'être entendu.
2.1 La recourante reproche, principalement, à l’autorité de première
instance de ne pas lui avoir fourni une copie intégrale du rapport d'enquête
de l'Ambassade de Suisse à F._______, la privant ainsi de la possibilité
d'en pouvoir discuter utilement les conclusions, notamment en ce qui
concerne ses relations avec sa mère et son frère, dont elle conteste
qu'elles auraient été harmonieuses.
2.1.1 Le droit d'être entendu, inscrit à l'art. 29 al. 2 Cst., est l'un des aspects
de la notion générale de procès équitable consacré à l'art. 29 al.1 Cst, qui
correspond à la garantie similaire que l'art. 6 ch. 1 CEDH confère à l'égard
des autorités judiciaires proprement dites (cf. arrêt du Tribunal fédéral
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9C_394/2008 du 12 février 2009 consid. 2.2). Il comprend notamment le
droit de consulter les pièces décisives du dossier, consacré, en procédure
administrative fédérale, par les art. 26 à 28 PA, et concrétisé par le droit,
pour l'intéressé, de s'exprimer sur les éléments pertinents (entre autres sur
les questionnaires adressés aux ambassades et les réponses fournies, cf.
Jurisprudence et informations de l'ancienne Commission suisse de recours
en matière d'asile [JICRA] 2003 no 14 ; 1999 no 20 ; 1998 no 34 ; 1994
nos 1 et 29) avant qu'une décision ne soit prise touchant à sa situation
juridique, le droit d'obtenir qu'il soit donné suite à ses offres de preuves
pertinentes, et le droit d'obtenir une décision motivée, consacré par l'art.
35 PA.
Le droit de consulter le dossier n'est pas absolu ; son étendue doit être
définie de cas en cas, en tenant compte des intérêts en présence et de
toutes les circonstances du cas d'espèce. Selon la jurisprudence publiée
sous JICRA 1997 no 5, il n'est pas admissible de refuser de manière
générale les consultations de tout ou partie d'analyses internes de
documents ; dans chaque cas, une pondération des intérêts en présence
doit être effectuée et les raisons d'un éventuel refus doivent être indiquées.
Une pièce dont la consultation a été refusée à la partie ne peut être utilisée
à son désavantage que si l'autorité lui en a communiqué, oralement ou par
écrit, le contenu essentiel se rapportant à l'affaire et lui a donné l'occasion
de s'exprimer et de fournir des contre-preuves (cf. art. 28 PA et ATF 126 I
7 consid. 2b p. 10 ; 122 I 153 consid. 6a p. 161). En définitive, le droit de
consulter le dossier trouve sa limite dans l'intérêt public prépondérant de
l'Etat ou lorsqu'il existe un intérêt fondé d'une tierce personne. Dans ce
cas, il convient de faire une pesée attentive des intérêts en jeu, soit d'une
part l'intérêt à la consultation du dossier et d'autre part celui au refus d'une
telle consultation (cf. ATF 129 I 249 c. 3 p. 253s, JdT 2006 c. 3 p. 586 s).
2.1.2 En l’espèce, le grief relatif à une violation du droit d’être entendu n’est
pas fondé. En effet, la confidentialité de leurs sources d'information permet
aux représentations suisses dans le monde d'obtenir des renseignements
que, sans cela, les gens hésiteraient à leur confier, mais qui sont
nécessaires aux administrations qui sollicitent ces représentations à
l'étranger pour remplir utilement leurs tâches : l’identité des «informateurs»
des représentations suisses à l’étranger peut donc être tenue secrète (cf.
PIERRE MOOR/ETIENNE POLTIER, Droit administratif, vol. II 3e éd., Berne
2011, p. 328s.). Dans le présent cas, l'identité des sources de l'ambassade
pouvait être caviardée sans que cela soit préjudiciable à la recourante. Le
Tribunal relève par ailleurs que postérieurement à la transmission d'une
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retranscription quasi à l'identique du rapport de l'Ambassade de Suisse à
F._______ sur laquelle la recourante s'est déterminée le 17 juin 2013, une
copie, à peine caviardée, des questions du SEM à l'ambassade lui a encore
été adressée, la recourante ayant pris position à son sujet le 13 mars 2014.
2.2 La recourante fait aussi grief au SEM de n'avoir pas procédé, comme
elle l'avait requis dans sa lettre du 13 mars 2014, à l'audition de son frère
à F._______ à propos des relations qu'ils entretiennent et à celle de sa
sœur en Suisse au sujet des mauvais traitements que sa famille lui aurait
fait subir.
2.2.1 Le principe de la maxime inquisitoire, tout comme le droit d'être
entendu déduit notamment de l'art. 29 al. 2 Cst., ne signifie pas que
l'autorité doive donner suite à toutes les offres de preuve qui lui sont
présentées, ni recueillir d'office tous les éléments susceptibles d'influer sur
l'issue de la cause dont elle est saisie ; il ne lui interdit pas non plus de
procéder à une appréciation anticipée des preuves déjà recueillies pour
évaluer la nécessité d'en administrer d'autres (ATF 130 III 734 consid. 2.2.3
p. 735).
2.2.2 En l'occurrence, le grief de la recourante doit être rejeté. Dans le cas
concret, le SEM a en effet diligenté une enquête, par l'intermédiaire de la
représentation suisse à F._______, concernant les relations de l'intéressée
avec sa famille. La recourante est donc mal fondée à reprocher au SEM
une violation de son devoir d'instruction. Par ailleurs, cette mesure
d'instruction complémentaire réclamée n'apparaissait guère utile du
moment qu'on ne pouvait à l'évidence exclure un risque de collusion entre
la recourante et son frère et sa soeur pour infirmer les résultats de l'enquête
d'ambassade.
2.3 Enfin, la recourante reproche au SEM de n'avoir pas tenu compte, dans
son appréciation de ses moyens de preuve, en particulier du certificat
médical qu'elle a produit le 13 mars 2014 et qui imputait les inexactitudes
relevées dans ses déclarations à des difficultés d'élocution et de
compréhension.
2.3.1 De fait, ce grief se confond avec celui d'une violation de l'obligation
de motiver prévue à l'art. 35 PA. La jurisprudence a en effet déduit du droit
d'être entendu consacré à l'art. 29 al. 2 Cst. le devoir pour l'autorité de
motiver sa décision, afin que le destinataire puisse la comprendre, la
contester utilement s'il y a lieu et que l'autorité de recours puisse exercer
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son contrôle. Pour répondre à ces exigences, il suffit que l'autorité
mentionne, au moins brièvement, les motifs qui l'ont guidée et sur lesquels
elle a fondé sa décision. Elle n'a pas l'obligation d'exposer et de discuter
tous les faits, moyens de preuve et griefs invoqués par les parties, mais
peut au contraire se limiter à l'examen des questions décisives pour l'issue
du litige (ATF 134 l 83 consid. 4.1 p. 88 et réf. citées). Dès lors que l'on
peut discerner les motifs qui ont guidé la décision de l'autorité, le droit à
une décision motivée est respecté, même si la motivation présentée est
erronée. Par exception, le défaut de motivation peut être considéré comme
guéri si l'autorité a pris position sur le ou les arguments décisifs dans le
cadre de la procédure d'échange d'écritures et que l'intéressé a pu se
déterminer à ce sujet (cf. JICRA 2001 no 14 consid. 8 p. 113s.).
2.3.2 En l’occurrence, le SEM a mentionné, dans sa décision, la production
du certificat du 10 mars 2014 ; il n'en a toutefois pas tiré de conclusion
spécifique relativement aux inexactitudes de la recourante. Celle-ci n'en a
pas pour autant été empêchée de savoir sur quel point attaquer la décision
rendue à ses dépens. Pour s’en convaincre, il suffit de se référer aux
paragraphes de son mémoire dans lesquels elle conteste les constatations
du SEM. En tout état de cause, dans sa réponse au recours, le SEM s'est
expressément prononcé sur la valeur probante qu'il prêtait au certificat
médical du 10 mars 2014. Dès lors, le grief de la recourante s’avère mal
fondé.
3.
3.1 Sont des réfugiés les personnes qui, dans leur Etat d'origine ou dans
le pays de leur dernière résidence, sont exposées à de sérieux préjudices
ou craignent à juste titre de l'être en raison de leur race, de leur religion, de
leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social déterminé ou de
leurs opinions politiques. Sont notamment considérées comme de sérieux
préjudices la mise en danger de la vie, de l'intégrité corporelle ou de la
liberté, de même que les mesures qui entraînent une pression psychique
insupportable. Il y a lieu de tenir compte des motifs de fuite spécifiques aux
femmes (art. 3 al. 1 et 2 LAsi ; cf. également ATAF 2007/31 consid. 5.2‒
5.6).
3.2 Quiconque demande l'asile (requérant) doit prouver ou du moins
rendre vraisemblable qu'il est un réfugié. La qualité de réfugié est
vraisemblable lorsque l'autorité estime que celle-ci est hautement
probable. Ne sont pas vraisemblables notamment les allégations qui, sur
E-2292/2014
Page 13
des points essentiels, ne sont pas suffisamment fondées, qui sont
contradictoires, qui ne correspondent pas aux faits ou qui reposent de
manière déterminante sur des moyens de preuve faux ou falsifiés (art. 7
LAsi).
4.
4.1 La recourante affirme être discriminée au Kosovo en tant que gorani,
par la majorité albanophone, par sa communauté aussi, qui la rejetterait en
tant que mère célibataire ; elle dit aussi l'avoir été par sa famille pour
laquelle elle représente une charge à cause de son handicap.
4.2 Sans préjuger, à ce stade, du lieu de séjour des recourantes au
moment de leur départ, le Tribunal constate que A._______ n'a rien amené
de concret qui pût laisser penser qu'elle aurait été persécutée au Kosovo
en raison de son extraction gorani. Certes, elle dit avoir été privée sans
explication de la rente mensuelle que lui allouaient les autorités de
D._______ en raison de son invalidité. A l'entendre, elle a perçu une rente
et n'a pas établi qu'elle en aurait été privée pour l'un des motifs prévus à
l'art. 3 LAsi. Elle n'a pas non plus prétendu que ces autorités lui auraient
refusé leur protection contre des mauvais traitements que sa famille lui
aurait fait subir ni même qu'elle aurait sollicité l'intervention de ces
autorités.
Par ailleurs, une jurisprudence constante (cf. ATAF 2011/50 consid. 4.7)
admet que les Goranis ne sont pas exposés au Kosovo à un risque du seul
fait de leur extraction ; tel est également le cas à D._______
(cf. notamment ORGANIZATION FOR SECURITY AND COOPERATION IN EUROPE
[OSCE], Kosovo Communities profiles, Mission in Kosovo, 02/2011).
Il y a également lieu de souligner que ne peut prétendre à la qualité de
réfugié que celui qui a besoin de la protection d'un Etat autre que celui dont
il est ressortissant. En l'occurrence, dans sa décision, le SEM a désigné
les intéressées comme ressortissantes du Kosovo et de la Serbie. Il a ainsi
estimé, licite, raisonnablement exigible et possible l'exécution de leur
renvoi aussi bien au Kosovo qu'en Serbie, dès lors que la fille de la
recourante était née à F._______, qu'elle y avait été enregistrée et que
selon la décision du Tribunal de 1ère instance de F._______ du 15 juillet (…)
condamnant le père de l'enfant à verser une pension alimentaire à la
recourante, celle-ci était domiciliée dans cette ville. Le SEM en a donc
conclu que la recourante remplissait les conditions de reconnaissance de
E-2292/2014
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la nationalité serbe, voire qu'elle devait déjà être inscrite dans les registres
d'Etat serbes. La recourante n'a fait valoir ni dans ses déclarations ni dans
son recours d'éléments de nature à infirmer cette éventualité. Certes, elle
a affirmé ne pas avoir la nationalité serbe et ne pas posséder de documents
d'identité serbes. Le fait que ses documents d'identité ont, selon ses
déclarations, été établis au Kosovo ne signifie pas que les autorités serbes,
qui ne reconnaissent pas cet Etat, refuseraient de la considérer comme
une Serbe. Les constatations du SEM sont à cet égard conformes à la
jurisprudence du Tribunal publiée sous ATAF 2010/41 (en partic. consid.
6.4.2. p. 580). Le dépôt par la recourante de passeports et d’une carte
d'identité du Kosovo établis en 2011 permet uniquement d'affirmer qu'elle
devait être inscrite dans les registres au Kosovo, mais non que l'Etat serbe
lui dénie la nationalité serbe (sur ces questions, cf. également ATAF
2010/41 consid. 8.3.3.2).
Or, la recourante n'a fait valoir ni lors de ses auditions ni dans son recours
de persécutions, au sens de l'art. 3 LAsi, subies ou redoutées en Serbie.
Elle n'a pas non plus prétendu que les autorités de ce pays lui auraient
refusé leur protection contre des mauvais traitements qu'elle aurait subis
dans sa famille ni même qu'elle aurait sollicité leur intervention quand elle
y vivait.
Le Tribunal n'ignore pas que les Goranis doivent faire face à une certaine
animosité de la population serbe, et rencontrent des difficultés dans leur
recherche de travail et de logement ; de même, il est notoire que les
membres des minorités ethniques ont de la peine à faire admettre aux
autorités serbes la réalité de leur nationalité et donc à pouvoir accomplir,
avec succès, les formalités indispensables d'enregistrement, qu'ils aient ou
non le statut de personnes déplacées (ATAF 2010/41 consid. 8.3.3.4-
8.3.3.5 p. 586-588).
Toutefois, cette dernière question doit être distinguée de celle de la
nationalité ; si elle ne l'a pas déjà, la recourante a, en pratique, la possibilité
d'obtenir la reconnaissance de la nationalité serbe par les autorités de la
Serbie. Elle ne devrait pas non plus éprouver de difficultés à l'obtenir si l'on
sait que sa mère, son frère et les membres de la famille de ce dernier, tous
intégrés en Serbie, l'ont déjà. En outre elle n'est pas exposée, dans ce
pays, à un risque de persécution, l'animosité de la population serbe et les
tracasseries que les Goranis peuvent rencontrer dans leur vie quotidienne
ne pouvant, faute d'intensité, être qualifiées de persécution.
E-2292/2014
Page 15
4.3 Il s'ensuit que le recours, en tant qu'il conteste le refus de l'asile, doit
être rejeté.
5.
5.1 Lorsqu'il rejette la demande d'asile ou qu'il refuse d'entrer en matière à
ce sujet, le SEM prononce, en règle générale, le renvoi de Suisse et en
ordonne l'exécution ; il tient compte du principe de l'unité de la famille
(art. 44 LAsi). Le renvoi ne peut être prononcé, selon l'art. 32 de
l'ordonnance 1 du 11 août 1999 sur l'asile relative à la procédure (OA 1,
RS 142.311), lorsque le requérant d'asile dispose d'une autorisation de
séjour ou d'établissement valable, ou qu'il fait l'objet d'une décision
d'extradition ou d'une décision de renvoi conformément à l'art. 121 al. 2
Cst.
5.2 Aucune exception à la règle générale du renvoi n'étant en l'occurrence
réalisée, le Tribunal est tenu, de par la loi, de confirmer cette mesure.
6.
L’exécution du renvoi est ordonnée si elle est licite, raisonnablement
exigible et possible (art. 44 LAsi). Si ces conditions ne sont pas réunies, le
SEM prononce l’admission provisoire de l'étranger concerné. Celle-ci est
réglée par l’art. 83 LEtr (RS 142.20). L’exécution n’est pas possible lorsque
l’étranger ne peut pas quitter la Suisse pour son Etat d’origine, son Etat de
provenance ou un Etat tiers, ni être renvoyé dans un de ces Etats (al. 2).
L’exécution n’est pas licite lorsque le renvoi de l’étranger dans son Etat
d’origine, dans son Etat de provenance ou dans un Etat tiers est contraire
aux engagements de la Suisse relevant du droit international (al. 3).
L’exécution de la décision peut ne pas être raisonnablement exigée si le
renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son pays d’origine ou de
provenance le met concrètement en danger, par exemple en cas de guerre,
de guerre civile, de violence généralisée ou de nécessité médicale (al. 4).
7.
7.1 L'exécution du renvoi est illicite, lorsque la Suisse, pour des raisons de
droit international public, ne peut contraindre un étranger à se rendre dans
un pays donné ou qu'aucun autre Etat, respectant le principe du non-
refoulement, ne se déclare prêt à l'accueillir ; il s'agit d'abord de l'étranger
reconnu réfugié, mais soumis à une clause d'exclusion de l'asile, et ensuite
de l'étranger pouvant démontrer qu'il serait exposé à un traitement prohibé
par l'art. 3 CEDH ou encore l'art. 3 de la convention du 10 décembre 1984
E-2292/2014
Page 16
contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants (Conv. torture, RS 0.105).
7.2 L'exécution du renvoi ne contrevient pas au principe de non-
refoulement de l'art. 5 LAsi. Comme exposé plus haut, la recourante n'a
pas rendu vraisemblable qu'en cas de retour au Kosovo ou en Serbie, elle
serait exposée à de sérieux préjudices au sens de l'art. 3 LAsi.
7.3 En ce qui concerne les autres engagements de la Suisse relevant du
droit international, il sied d'examiner particulièrement si l'art. 3 CEDH, qui
interdit la torture, les peines ou traitements inhumains, trouve application
dans le présent cas d'espèce.
7.4 Si l'interdiction de la torture, des peines et traitements inhumains (ou
dégradants) s'applique indépendamment de la reconnaissance de la
qualité de réfugié, cela ne signifie pas encore qu'un renvoi ou une
extradition serait prohibée par le seul fait que dans le pays concerné des
violations de l'art. 3 CEDH devraient être constatées ; une simple
possibilité de subir des mauvais traitements ne suffit pas. Il faut au contraire
que la personne qui invoque cette disposition démontre à satisfaction qu'il
existe pour elle un véritable risque concret et sérieux d'être victime de
tortures, ou de traitements inhumains ou dégradants en cas de renvoi dans
son pays. Il en ressort qu'une situation de guerre, de guerre civile, de
troubles intérieurs graves ou de tension grave accompagnée de violations
des droits de l'homme ne suffit pas à justifier la mise en œuvre de la
protection issue de l'art. 3 CEDH, tant que la personne concernée ne peut
rendre hautement probable qu'elle serait visée personnellement – et non
pas simplement du fait d'un hasard malheureux – par des mesures
incompatibles avec la disposition en question (ATAF 2010/42 consid. 11.2
et 11.3; ATAF 2009/2 consid. 9.1).
7.5 En l'occurrence, le Tribunal considère, pour les mêmes raisons que
celles exposées plus haut, que la recourante, qui a fait valoir sans les
rendre aucunement crédibles des maltraitances qu'elle aurait subies dans
sa famille, n'a en aucun cas établi qu'elle pourrait être soumise à la torture
ou à des traitements prohibés par l'art. 3 CEDH en cas de retour en Serbie
ou au Kosovo.
7.6 Dès lors, l'exécution de son renvoi, avec sa fille, sous forme de
refoulement ne transgresse aucun engagement de la Suisse relevant du
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Page 17
droit international, de sorte que cette mesure s'avère licite (art. 44 LAsi et
art. 83 al. 3 LEtr).
8.
8.1 Selon l'art. 83 al. 4 LEtr, l'exécution de la décision peut ne pas être
raisonnablement exigée si le renvoi ou l'expulsion de l'étranger dans son
pays d'origine ou de provenance le met concrètement en danger, par
exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou de
nécessité médicale.
8.1.1 Cette disposition s’applique en premier lieu aux «réfugiés de la
violence», soit aux étrangers qui ne remplissent pas les conditions de la
qualité de réfugié parce qu’ils ne sont pas personnellement persécutés,
mais qui fuient des situations de guerre, de guerre civile ou de violence
généralisée, et ensuite aux personnes pour qui un retour reviendrait à les
mettre concrètement en danger, notamment parce qu’elles ne pourraient
plus recevoir les soins dont elles ont besoin. En revanche, les difficultés
socio-économiques qui sont le lot habituel de la population locale, en
particulier en matière de pénurie de logements et d'emplois, ne suffisent
pas en soi à réaliser une telle mise en danger (cf. ATAF 2010/41 consid.
8.3.6, ATAF 2009/52 consid. 10.1, ATAF 2008/34 consid. 11.2.2).
8.1.2 S'agissant plus spécifiquement des personnes en traitement médical
en Suisse, l'exécution du renvoi ne devient inexigible, en cas de retour
dans leur pays d'origine ou de provenance, que dans la mesure où elles
pourraient ne plus recevoir les soins essentiels garantissant des conditions
minimales d'existence ; par soins essentiels, il faut entendre les soins de
médecine générale et d'urgence absolument nécessaires à la garantie de
la dignité humaine (GABRIELLE STEFFEN, Droit aux soins et rationnement,
Berne 2002, p. 81 s. et 87). L'art. 83 al. 4 LEtr, disposition exceptionnelle
tenant en échec une décision d'exécution du renvoi, ne saurait en revanche
être interprété comme une norme qui comprendrait un droit de séjour lui-
même induit par un droit général d'accès en Suisse à des mesures
médicales visant à recouvrer la santé ou à la maintenir, au simple motif que
les structures hospitalières et le savoir-faire médical dans le pays d'origine
ou de destination de l'intéressé n'atteignent pas le standard élevé qu'on
trouve en Suisse (ATAF 2009/2 consid. 9.3.2; JICRA 2003 n° 24 consid. 5b
p. 157s. et jurisp. cit.).
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Page 18
La gravité de l'état de santé, d'une part, et l'accès à des soins essentiels,
d'autre part, sont déterminants. Ainsi, l'exécution du renvoi demeure
raisonnablement exigible si les troubles physiologiques ou psychiques ne
peuvent être qualifiés de graves, à savoir s'ils ne sont pas tels qu'en
l'absence de possibilités de traitement adéquat, l'état de santé de
l'intéressé se dégraderait très rapidement au point de conduire d'une
manière certaine à la mise en danger concrète de sa vie ou à une atteinte
sérieuse, durable, et notablement plus grave de son intégrité physique.
L'exécution du renvoi est raisonnablement exigible si l'accès à des soins
essentiels, au sens défini ci-dessus, est assuré dans le pays d'origine ou
de provenance. Il pourra s'agir, cas échéant, de soins alternatifs à ceux
prodigués en Suisse, qui - tout en correspondant aux standards du pays
d'origine - sont adéquats à l'état de santé de l'intéressé, fussent-ils d'un
niveau de qualité, d'une efficacité de terrain (ou clinique) et d'une utilité
(pour la qualité de vie) moindres que ceux disponibles en Suisse ; en
particulier, des traitements médicamenteux (par exemple constitués de
génériques) d'une génération plus ancienne et moins efficaces, peuvent,
selon les circonstances, être considérés comme adéquats.
8.2 En l’occurrence, sans exclure catégoriquement un retour de la
recourante au Kosovo, le SEM a considéré que l'exécution de son renvoi
en Serbie était raisonnablement exigible. C'est donc au regard d'une
installation en Serbie qu'il convient d'examiner si cette mesure est
conforme à l'art. 83 al. 4 LEtr, les arguments du recours relatifs à
l'inexigibilité de leur renvoi au Kosovo n'étant alors plus pertinents.
8.2.1 Dans son arrêt de principe précité, le Tribunal a mis en évidence que
les personnes venant du Kosovo et présentes sur le territoire de la Serbie,
qu'elles soient déplacées internes ou non, devaient se faire enregistrer en
Serbie pour accéder au système social, ce qui supposait au préalable, en
particulier, qu'elles puissent se faire délivrer une carte d'identité et produire
une attestation de domicile (ATAF 2010/41 consid. 8.3.3.4).
8.2.2 Dans le même arrêt, le Tribunal a estimé que l'exécution du renvoi
vers la Serbie de ressortissants d'ethnie serbe dont le dernier domicile était
au Kosovo apparaissait de façon générale raisonnablement exigible ; il a
précisé qu'il y avait toutefois lieu de pondérer, dans chaque cas, des
éléments – critères du refuge interne – tels que l'assurance d'un minimum
vital sur le plan économique, les liens avec la Serbie et l'intégration sociale.
Il a également relevé que les personnes d'ethnie serbe déjà enregistrées
E-2292/2014
Page 19
comme personnes déplacées internes pouvaient en général plus
facilement se réinsérer en Serbie que celles qui n'y avaient jamais été
enregistrées avec ce statut (ATAF 2010/41 consid. 8.3.3.6). Eu égard aux
conditions de vie des minorités en Serbie (cf. ATAF 2009/51 consid. 5.7 ;
voir également ATAF 2010/41 consid. 8.3.3.4), il y a lieu d'admettre que les
personnes d'ethnie gorani originaires du Kosovo peuvent être confrontées
à des difficultés d'insertion en Serbie plus importantes que les personnes
d'ethnie serbe. Par conséquent, dans l'examen de l'exigibilité de l'exécution
du renvoi vers la Serbie, les critères généraux de refuge interne, qu'il y a
lieu d'utiliser et de pondérer, doivent également prendre en compte
l'appartenance à une minorité ethnique.
8.3
8.3.1 En l'espèce, la recourante a admis avoir vécu en Serbie, au moins
"jusqu'en décembre (…)". Dans ces conditions, il y a lieu de considérer
qu'elle a pu y être enregistrée quand elle s'y trouvait. EIle n'a ainsi pas
établi à satisfaction de droit qu'en cas de retour dans ce pays, elle
rencontrerait des difficultés excessives pour se faire réenregistrer et
accéder au système de protection sociale et, notamment, à l'aide sociale
et médicale.
8.3.2 La recourante prétend certes que si elle venait à être renvoyée en
Serbie, elle s'y retrouverait sans rien, ne pouvant ni travailler à cause de
son handicap ni compter sur le soutien de sa famille qui la rejetterait à
cause de son infirmité. Le Tribunal n'ignore pas que la situation des
minorités non serbes en Serbie, pourtant censées bénéficier des mêmes
droits que les Serbes de souche, est précaire sur le plan du travail, de
l'accès à l'infrastructure dans plusieurs domaines, comme les soins
médicaux et la scolarité notamment. Le Tribunal considère toutefois que la
recourante peut, entre autres, s'en remettre au soutien de sa famille en
Serbie. Le Tribunal n'a en effet pas de raisons de s'écarter du rapport
d'ambassade du 22 mai 2013 qui a conclu que, contrairement à ses
assertions, la recourante n'avait pas de problèmes ni avec sa mère, qu'il
lui arrivait d'appeler au téléphone depuis la Suisse, ni avec son frère et la
famille de ce dernier. Le Tribunal a d'autant moins de raisons de s'en
écarter que, dans l'anamnèse du rapport d'"I._______" du 13 mai 2013, il
est mentionné que c'est précisément sa famille qui a organisé son voyage
pour qu'elle puisse rejoindre sa sœur en Suisse. En outre, la recourante a
varié sur les causes de l'animosité de sa famille à son endroit, imputant le
ressentiment des siens tantôt à son infirmité et à la charge qu'elle entraînait
E-2292/2014
Page 20
pour eux, tantôt à son statut de mère célibataire, tantôt, en ce qui concerne
sa mère, à ses prétentions sur sa part dans la succession de son père, des
revirements ou une inconstance qui permettent de douter de cette
animosité. Certes, le Tribunal est conscient de la charge que peut
représenter pour sa famille l'entretien de la recourante à cause de son
handicap. Pour autant, le Tribunal considère que la situation de sa famille
en Serbie n'est pas telle qu'elle serait dans l'incapacité de lui venir en aide,
au risque de la mettre concrètement en danger avec sa fille en les
abandonnant à leur sort. Au contraire, à F._______, sa famille vit dans un
appartement spacieux ; elle est aussi propriétaire d'une maison à
D._______ où son frère en possède une autre. En outre, la recourante a
encore la possibilité de relancer le père de sa fille pour qu'il s'acquitte de
la pension qu'il a été condamné à lui payer par le Tribunal de 1ère instance
de F._______. Dans ces conditions, il y a lieu d'admettre que les moyens
d'assurer sa subsistance et celle de sa fille ne manquent pas.
8.4 La recourante a aussi fait valoir que l'exécution de son renvoi n'était
pas raisonnablement exigible en raison de son état de santé.
8.4.1 Actuellement, elle est suivie à la consultation de neuro-rééducation
d'un spécialiste en neurologie pour des troubles de la motricité de
l'hémicorps gauche traités par des injections à la toxine botulinique tous
les trois mois. Très profitable à l'intéressée, selon son médecin, cette
thérapie entraîne une diminution de ses douleurs ainsi qu'une amélioration
de sa mobilité et de sa stabilité «à la marche» ; elle lui permet aussi une
meilleure utilisation de son bras gauche, avec, pour corollaire, un
investissement plus aisé dans ses tâches ménagères et dans l'éducation
de sa fille. Le traitement ne serait toutefois pas disponible en Serbie, mais
uniquement dispensée par un spécialiste en Croatie, un pays avec lequel
la recourante n'a aucune attache. Le praticien préconise aussi un suivi tous
les trois mois afin d'évaluer les effets des injections et d'en procéder à de
nouvelles en cas de nécessité. La recourante souffre aussi de dépression
moyenne et connaît des difficultés liées à une enfance malheureuse et à
l'éducation. Ses troubles se traduisent par des "flambées anxieuses" qui
provoquent des périodes de rechute anxio-dépressives durant lesquelles
son sommeil est perturbé, son humeur abaissée et sa nervosité à son
comble. Son état nécessite ainsi un traitement psychiatrique et
psychothérapeutique intégré avec des entretiens bimensuels et une
médication appropriée. Quant à sa fille, elle semble bénéficier depuis août
2014 d'une prise en charge psychologique et d'une aide individuelle
spécialisée en classe pour des difficultés sur le plan cognitif et du langage
E-2292/2014
Page 21
et ses besoins d'aide sur le plan des apprentissages, du langage et du
développement psycho-affectif.
De manière synthétique, il y a donc lieu de retenir que l'intéressée, atteinte,
principalement, d'une maladie neurologique (hémiparésie du membre
supérieur et du membre inférieur gauche avec une contracture
permanente), n'a pas vu son état s'aggraver de manière sensible depuis
son arrivée en Suisse. L'exécution du renvoi ne serait ainsi pas, en soi, de
nature à aggraver sa situation, puisqu'une guérison, dans l'immédiat du
moins, paraît exclue : dans cette mesure, les soins prodigués ne peuvent
permettre une amélioration sensible et durable de son état, qu'ils soient
dispensés en Suisse ou en Serbie ; seuls des soins palliatifs, de nature à
atténuer ses douleurs et à accroître son autonomie, sont envisageables.
La situation d'espèce n'est donc pas celle qui, selon la jurisprudence (cf.
consid. 8.1.2 ci-dessus), serait de nature à exclure une exécution du
renvoi.
Cela dit, la Serbie dispose de structures de soins et des médicaments
nécessaires au traitement des maladies psychiques et physiques ; les
personnes enregistrées dans ce pays y ont accès moyennant une modique
contribution, voire gratuitement (arrêt E-4529/2013 du 18 décembre 2013,
consid. 6.7.1, et les références citées).
On peut donc raisonnablement admettre que la recourante disposera à son
retour dans ce pays des soins indispensables, même si ceux-ci n'atteignent
pas l'efficacité du suivi actuel. Encore une fois, le Tribunal relève que l'art.
83 al. 4 LEtr ne saurait servir à faire échec à une décision de renvoi au
simple motif que l'infrastructure hospitalière et la qualité des soins
dispensés en Suisse correspondent à un standard élevé non accessible
dans le pays d'origine ou le pays tiers de résidence (cf. dans ce sens JICRA
2003 n° 24 consid. 5b p. 157, JICRA 2003 n° 18 consid. 8c p. 119 et jurisp.
cit.). La recourante ne prétend pas non plus qu'elle était privée de soins
avant de venir en Suisse. Au contraire, de son aveu même, elle en a encore
bénéficié à D._______, peu avant d'en partir. Quant à ses allégations selon
lesquelles ces soins n'auraient pas été appropriés, elles relèvent de son
appréciation et rien au dossier ne permet d'affirmer qu'il en irait de même
lors de traitements ultérieurs.
Par ailleurs, les enfants avec des besoins spéciaux sont inclus dans le
système éducatif ; l'enseignement spécialisé est une forme
d'enseignement pour les enfants et les jeunes présentant un handicap
E-2292/2014
Page 22
physique ou mental (cf. Comité des droits de l'enfant, Examen des rapports
présentés par les Etats parties en application de l'article 44 de la
Convention, Rapports initiaux attendus des Etats parties en 2003, Serbie,
CRC/C/SRB/1, 31 août 2007, par. 284 à 301 ; Comité des droits de
l'enfant, Réponses écrites du Gouvernement de la République serbe à la
liste des points à traiter [CRC/C/SRB/Q/1] à l'occasion de l'examen du
rapport final de la Serbie [CRC/C/SRB/1], CRC/C/SRB/Q/1/Add.1, 20 juin
2008, par. 45 et 46).
Enfin, elle pourra, en cas de besoin, présenter au SEM une demande
d'aide au retour au sens de l'art. 92 LAsi, et en particulier une aide
individuelle telle que prévue à l'al. 1 let. d de cette disposition et aux art. 73
ss de l'ordonnance 2 du 11 août 1999 sur l'asile relative au financement
(OA 2, RS 142.312), en vue d'obtenir une prise en charge des soins
médicaux.
L'intéressée a également reproché au SEM d'avoir abusé de son pouvoir
d'appréciation en ne s'assurant pas qu'elle aurait accès au traitement
qu'elle nécessitait à son retour au Kosovo. Cette critique ne saurait
toutefois être admise. En effet, dans sa décision, le SEM a pris en
considération le fait que l'intéressée, au vu notamment des certificats
médicaux produits, pouvait être soignée en Serbie et que ce pays disposait
des structures médicales nécessaires à la prise en charge de son état de
santé.
Le Tribunal constate enfin, au vu de l'inconsistance de ses motifs d'asile,
que l'intéressée est manifestement venue en Suisse pour y bénéficier de
soins de meilleure qualité ; ce comportement ne doit pas lui permettre de
rester en Suisse en s'y voyant accorder une admission provisoire.
8.5
8.5.1 Selon la jurisprudence (ATAF 2009/28 consid. 9.3.2-9.3.5 p. 367-
369), l’intérêt supérieur de l’enfant peut entrer en contradiction avec
l'exécution de son renvoi, et rendre cette mesure illicite, respectivement
inexigible. Les critères à examiner sont l'âge de l'enfant, son degré de
maturité, ses liens de dépendance, la nature de ses relations avec les
personnes qui le soutiennent (proximité, intensité, importance pour son
épanouissement), l'engagement, la capacité de soutien et les ressources
de celles-ci, l'état et les perspectives de son développement et de sa
formation scolaire, respectivement pré-professionnelle, le degré de
E-2292/2014
Page 23
réussite de son intégration, ainsi que les chances et les difficultés d'une
réinstallation dans le pays d'origine.
Dans l'examen des chances et des risques inhérents à un retour, la durée
du séjour en Suisse est un facteur de grande importance, car l'enfant ne
doit pas être déraciné, sans motif valable, de son environnement familier.
Une forte intégration en Suisse, découlant en particulier d'un long séjour et
d'une scolarisation dans ce pays d'accueil, peut avoir comme
conséquence, en cas de renvoi, un déracinement qui serait de nature,
selon les circonstances, à rendre son exécution inexigible (JICRA 2006
n°13 consid. 3.5 p. 142-143).
En outre, une fois scolarisé depuis plusieurs années en Suisse, l'enfant voit
son degré d'intégration augmenté ; lorsqu'il atteint l'adolescence, période
essentielle du développement personnel, un retour forcé dans le pays
d'origine peut représenter pour lui une mesure d'une dureté excessive (cf.
ATF 123 II 125 consid. 4 ; a contrario ATAF 2007/16 consid. 9 p. 200-201).
8.5.2 En l'occurrence, la fille de la recourante, qui aura (…) ans en
décembre prochain, se trouve en Suisse depuis environ quatre ans et
demi, et est scolarisée dans le canton de J._______ où elle devrait
actuellement accomplir sa quatrième année scolaire. Bien qu'ayant passé
plusieurs années en Suisse, il n'en reste pas moins qu'elle est encore très
jeune, et vit de manière constante avec sa mère. Dans ce contexte, il n'y a
pas lieu de retenir une assimilation à la culture et aux valeurs suisses telle
que l'exécution de son renvoi vers la Serbie en deviendrait illicite ou
inexigible. On ne peut pas non plus considérer que la fréquentation, en
Suisse, de classes enfantines et préparatoires ou primaires, implique une
intégration à un milieu socioculturel déterminé si profonde et si irréversible
que l'obligation de s'adapter à un autre environnement équivaudrait à un
véritable déracinement. Le principe de l'intérêt supérieur de l’enfant reste
d'ailleurs, dans l'appréciation du caractère exécutable du renvoi, un
élément parmi d'autres, qui n'est pas forcément prépondérant (cf. ATAF
2014/20, consid. 8.3.6 p. 306-307).
De fait, l'expérience enseigne qu'un mineur de l'âge de la fille de la
recourante est en général encore influencé par ses parents et que, sauf si
ceux-ci ont vécu longtemps en Suisse et s'y sont parfaitement intégrés, ce
qui en l'occurrence n'est pas le cas de la recourante, leur emprise ira
souvent dans le sens du maintien d'une certaine continuité avec le milieu
socio-culturel d'origine (cf. arrêt n. p. du Tribunal E-3008/2014 du 11 janvier
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2016 consid. 4.6.2 et la jurisprudence citée). Une intégration dans le
système scolaire en vigueur en Serbie ne représenterait dès lors pas un
effort insurmontable pour la fillette. En outre, à son retour, elle pourra
s'appuyer sur sa parenté, dans ce pays, pour l'aider à s'adapter à son
nouvel environnement, de sorte que ni son équilibre ni son développement
ne seront compromis.
8.6 Au vu de ce qui précède, la recourante n'a pas démontré que son retour
en Serbie avec sa fille les mettra concrètement en danger au sens de
l'art. 83 al. 4 LEtr. Partant, l’exécution de leur renvoi doit être considérée
comme raisonnablement exigible.
9.
Enfin, la recourante et sa fille sont en possession de documents suffisants
pour rentrer dans leur pays ou, à tout le moins, sont en mesure
d'entreprendre toute démarche nécessaire auprès de la représentation de
leur pays d'origine en vue de l'obtention de documents de voyage leur
permettant de quitter la Suisse. L'exécution du renvoi ne se heurte donc
pas à des obstacles insurmontables d'ordre technique et s'avère
également possible (cf. ATAF 2008/34 consid. 12).
10.
10.1 Cela étant, l’exécution du renvoi doit être déclarée conforme aux
dispositions légales.
10.2 Il s’ensuit que le recours, en tant qu’il conteste la décision de renvoi
et son exécution, doit être également rejeté.
11.
11.1 Au vu de l'issue de la cause, il y aurait lieu de mettre les frais de
procédure à la charge de la recourante, conformément aux art. 63 al. 1 PA
et art. 2 et 3 let. b du règlement du 21 février 2008 concernant les frais,
dépens et indemnités fixés par le Tribunal administratif fédéral (FITAF, RS
173.320.2). L'assistance judiciaire partielle lui ayant été accordée, il est par
conséquent renoncé à la perception de ces frais.
11.2 Par ailleurs, sur la base du relevé de prestations du 16 avril 2015, le
Tribunal décide d'allouer à la mandataire de la recourante, agissant en
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qualité d'avocat d'office, le montant de 4000 francs, octroyés à titre de frais
utiles et d'honoraires.
(dispositif : page suivante)
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Par ces motifs, le Tribunal administratif fédéral prononce :
1.
Le recours est rejeté.
2.
Il n'est pas perçu de frais de procédure.
3.
Une indemnité d'un montant de 4000 francs à la charge de la caisse du
Tribunal est allouée à Me Irène Schmidlin au titre de la défense d'office de
la recourante.
4.
Le présent arrêt est adressé à la mandataire de la recourante, au SEM et
à l'autorité cantonale.
Le président du collège : Le greffier :
William Waeber Jean-Claude Barras