COMMISSION EUROPEENNE DES DROITS DE L’HOMME
PREMIERE CHAMBRE
Requête no 30111/96
Fortunato Salvatore
contre
Italie
RAPPORT DE LA COMMISSION
(adopté le 21 janvier 1997)
I.INTRODUCTION
1.Le présent rapport concerne la requête no 30111/96 introduite le 30 novembre 1995 contre l’Italie et enregistrée le 6 février 1996. Le requérant est un ressortissant italien né en 1922 et réside à Barete (L’Aquila). Il est représenté devant la Commission par Maître Alessandro Marchetti, avocat à L’Aquila.
Le Gouvernement défendeur est représenté par son Agent, M. Umberto Leanza, Chef du service du Contentieux diplomatique au Ministère des Affaires étrangères.
2.Cette requête, qui porte sur la durée d’une procédure civile, a été communiquée le 5 mars 1996 au Gouvernement. A la suite d’un échange de mémoires, la requête a été déclarée recevable le 22 octobre 1996. Le texte de la décision sur la recevabilité est annexé au présent rapport.
3.Ayant constaté qu’il n’existe aucune base permettant d’obtenir un règlement amiable au sens de l’article 28 par. 1 b) de la Convention, la Commission (Première Chambre), après délibération, a adopté le 21 janvier 1997 le présent rapport conformément à l’article 31 par. 1 de la Convention, en présence des membres suivants :
MmeJ. LIDDY, Présidente
MM.E. BUSUTTIL
A. WEITZEL
L. LOUCAIDES
B. MARXER
B. CONFORTI
N. BRATZA
I. BÉKÉS
G. RESS
A. PERENI_
C. BÎRSAN
K. HERNDL
M. VILA AMIGÓ
R. NICOLINI
4.Dans ce rapport, la Commission a formulé son avis sur le point de savoir si les faits constatés révèlent, de la part de l’Italie, une violation de la Convention.
5.Le texte du présent rapport sera transmis au Comité des Ministres du Conseil de l’Europe conformément à l’article 31 par. 2 de la Convention.
II.ETABLISSEMENT DES FAITS
6.Le 19 juin 1978, le requérant fut assigné par son frère devant le tribunal de L’Aquila afin d’obtenir le partage de biens suite à la dissolution d’une société commerciale.
7.La mise en état de l’affaire commença le 5 octobre 1978. Après quatre audiences d’instruction, le 17 mai 1979 le juge de la mise en état nomma un expert qui prêta serment le 27 juillet 1979. L’audience du 10 janvier 1980 fut renvoyée à la demande des parties. Les dix-huit audiences qui se tinrent du 6 novembre 1980 au 27 janvier 1986 furent ajournées car l’expert n’avait pas déposé au greffe son rapport d’expertise. Ce document ne fut déposé que le 14 avril 1986. Après quinze audiences d’instruction, dont cinq furent consacrées à l’audition de témoins et du demandeur, le 2 décembre 1991 le juge de la mise en état demanda à l’expert précédemment nommé de compléter son expertise. L’expert ne déposa son nouveau rapport que quatre audiences plus tard, le 21 octobre 1993.
8.Après deux audiences, le 9 mars 1995 les parties présentèrent leurs conclusions. L’audience de plaidoirie devant la chambre compétente fut fixée au 17 juin 1998.
III.AVIS DE LA COMMISSION
9.Le requérant se plaint de la violation du principe du délai raisonnable prévu à l’article 6 par. 1 de la Convention.
10.Cette procédure tend à faire décider d’une contestation sur des "droits et obligations de caractère civil" et se situe donc dans le champ d’application de l’article 6 par. 1 de la Convention.
11.La procédure litigieuse, qui a débuté le 19 juin 1978 et est à ce jour encore pendante, a déjà duré dix-huit ans et un peu plus de sept mois.
12.Conformément à la jurisprudence de la Cour et de la Commission en la matière et sur la base des informations fournies par les deux parties, la Commission a relevé des retards imputables aux juridictions nationales l’amenant à considérer que la durée de la procédure litigieuse est excessive et ne répond pas à l’exigence du "délai raisonnable".
CONCLUSION
13.La Commission conclut, à l’unanimité, qu’il y a eu, en l’espèce, violation de l’article 6 par. 1 de la Convention.
M.F. BUQUICCHIO J. LIDDY
Secrétaire Présidente
de la Première Chambre de la Première Chambre
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