26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/1
II
(Actes préparatoires)
COMMISSION
PROGRAMME «L'EUROPE CONTRE LE CANCER»
Proposition de plan d'action 1987-1989
y compris une proposition de décision du Conseil relative à l'information du public et à la formation au
cancer des personnels de santé
COM(86) 717 final
(Présentées par la Commission au Conseil le 17 décembre 1986.)
(87/C 50/01)
REMARQUE PRÉLIMINAIRE
En juin 1985 à Milan, et en décembre 1985 à Luxembourg, les chefs d'État et de gouvernement des
douze pays de la Communauté européenne ont souligné «l'intérêt de lancer un programme européen
de lutte contre le cancer» afin que la construction européenne apporte sa nécessaire contribution à la
lutte contre ce fléau et qu'elle prenne une dimension nouvelle, plus proche des préoccupations des
citoyens.
Pour donner suite à cette conclusion du conseil européen, et mettre au point ce programme «L'Europe
contre le cancer», un comité de cancérologues de haut niveau a été nommé, en janvier 1986, auprès de
la Commission des Communautés européennes ('). Les propositions qui suivent concernent les trois
premières années d'exécution du programme. Elles s'inspirent largement des conclusions de ce comité
dont la disponibilité, le dévouement et la qualité des travaux doivent être soulignés.
En outre, ce travail a aussi largement bénéficié des études et des recherches déjà réalisées, ou en cours
de réalisation, au sein de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et de son agence spécialisée: le
Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).
Cette proposition de plan d'action de 1987 à 1989 couvre les domaines suivants:
— la prévention du cancer: le 7 juillet 1986, une résolution définissant les grands axes du volet
«prévention» du programme européen de lutte contre le cancer a été adoptée par le Conseil et les
représentants des gouvernements des États membres réunis au sein du Conseil (2). La présente
communication concrétise cette résolution en identifiant une trentaine de propositions d'actions
communautaires,
— l'information et l'éducation sanitaire du grand public et la formation au cancer des personnels de
santé, domaines pour lesquels un projet de décision du Conseil est annexé à la présente
communication,
(*) Le comité des cancérologues de haut niveau est composé des personnalités suivantes: Prof. C. de Duve,
substitut: Prof. Boon (Belgique); Prof. C. Schmidt (RFA); Prof. E. Grundmann (RFA); Dr. O. Moeller Jensen
(Danemark); Prof. J. Estapé (Espagne); Prof. M. Tubiana (France); Dr. S. Vassilaros (Grèce); Dr. M.
Moriarty (Irlande); Prof. U. Veronesi (Italie); Prof. M. Dicato (Luxembourg); Dr. R. Kroes (Pays-Bas); Prof.
J. Conde (Portugal); Prof. N. Bleehen (Royaume-Uni). À partir de janvier 1987, la Suède sera représentée dans
ce comité, avec le statut d'observateur, par le Professeur J. Einhorn.
(2) JO n° C 184 du 23. 7. 1986, p. 19.
N° C 50/2 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
— la recherche sur le cancer: en novembre 1986, la Commission des Communautés européennes a
transmis au Conseil de ministres des Communautés européennes une proposition de règlement (* )
relative à un quatrième programme de coordination de la recherche médicale (1987-1989). La
présente communication en explicite et en précise la dimension «recherche contre le cancer».
Certaines des actions préconisées relèvent directement des pouvoirs de gestion de la Commission des
Communautés européennes. À ce titre, elles seront mises en œuvre telles quelles, et dès 1987 pour la
plupart d'entre elles. Mais, pour l'essentiel, cette communication présente des propositions d'action
que la Commission des Communautés européennes compte transmettre, de 1987 à 1989, au
Parlement européen, pour consultation, et au Conseil de ministres des Communautés européennes,
pour approbation. Ces propositions sont donc susceptibles d'adaptations ultérieures.
(») COM(86) 549 final du 29. 10. 1986.
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/3
TABLE DES MATIÈRES ET RÉSUMÉ
Introduction générale 6
CHAPITRE l e r : PRÉVENTION DU CANCER 8
I. LUTTE CONTRE LE TABAGISME
Proposition d'action 1 ('): Alignement vers le haut de la fiscalité sur les tabacs manufacturés dans la
Communauté européenne 11
Proposition d'action 2: Financement d'actions nationales de prévention par l'élévation de la fiscalité sur les
tabacs manufacturés 12
Action 3 (2): Publication d'indices des prix hors tabac par l'Office statistique des Communautés
européennes 12
Proposition d'action 4: Harmonisation de l'étiquetage des cigarettes dans la Communauté européenne 12
Proposition d'action 5: Interdiction des cigarettes à forte teneur en goudron 12
Proposition d'action 6: Harmonisation des normes de mesures des composants du tabac 12
Proposition d'action 7: Interdiction des ventes hors taxes de tabac dans la Communauté européenne . . . 13
Proposition d'action 8: Protection des enfants contre les ventes de tabac 13
Proposition d'action 9: Réduction de la production de tabac, réorientation vers des variétés moins nocives et
examen des possibilités de reconversion 13
Proposition d'action 10: Campagne d'information et de sensibilisation du public à la lutte contre le
tabagisme 14
Proposition d'action 11: Étude des dispositions nationales et élaboration de propositions de réglementation
du tabagisme dans les lieux publics 14
Proposition d'action 12: Étude des dispositions nationales et élaboration de propositions de réglementation
européenne sur la limitation de la publicité en faveur du tabac 14
Action 13: Bilan comparé des campagnes d'aide à la désintoxication des fumeurs 14
Action 14: Échange d'information sur la lutte contre le tabagisme 14
IL AMÉLIORATION DE L'ALIMENTATION
Action 15: Analyse des informations et des données existantes sur «alimentation et cancer» 18
Action 16: Élaboration de recommandations alimentaires contre le cancer adaptées à chacune des catégories
d'acteurs concernés 18
Proposition d'action 17: Harmonisation de l'étiquetage nutritionnel des produits alimentaires dans la
Communauté européenne 18
Proposition d'action 18: Protection des consommateurs contre certains agents alimentaires 18
Action 19: Aménagement des campagnes existantes d'information sur l'alimentation 19
Action 20: Lancement de campagnes d'information en faveur des aliments recommandés 19
Proposition d'action 21: Promotion des denrées alimentaires et des techniques les plus appropriées . . . . 19
Action 22: Bilan comparé des expériences pilotes en matière d'alimentation 19
Action 23: Échange d'informations sur «alimentation et cancer» 19
III. PROTECTION CONTRE LES AGENTS CANCÉRIGÈNES
Proposition d'action 24: Protection contre les radiations ionisantes et suivi de Tchernobyl 27
Action 25: Mise sur pied d'une antenne d'observation et établissement d'une liste de substances chimiques
suspectées d'être cancérigènes 27
Action 26: Accélération des travaux au niveau communautaire et mise sur pied d'un groupe spécial de
«classification et étiquetage des substances cancérigènes» 27
Proposition d'action 27: Adoption des directives de protection des travailleurs en cours de discussion au
Conseil 29
Proposition d'action 28: Nouvelles directives de protection des travailleurs contre les substances
cancérigènes 29
Proposition d'action 29: Amélioration de l'organisation pratique de la prévention des cancers professionnels
dans l'entreprise, y compris l'information des employeurs et des employés 29
Proposition d'action 30: Nouvelles mesures de protection des consommateurs contre les substances
cancérigènes 30
(J) Élaborées par la Commission des Communautés européennes, les propositions d'actions seront soumises de
1987 à 1989 au Parlement européen, pour consultation, et au Conseil de ministres des Communautés
européennes, pour approbation.
(2) Les actions annoncées seront mises en œuvre par la Commission des Communautés européennes dans le cadre
de ses pouvoirs de gestion, dès 1987 le plus souvent.
N° C 50/4 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
IV. DÉPISTAGE SYSTÉMATIQUE ET DIAGNOSTIC PRÉCOCE
Action 31 : Promotion de politique de dépistage systématique et de détection précoce des cancers du sein et du
col de l'utérus 31
Action 32: Évaluation et amélioration des politiques de dépistage systématique et de détection précoce des
autres cancers courants 32
V. «CODE EUROPÉEN CONTRE LE CANCER»
Action 33: Mise en langage «grand public» du Code européen contre le cancer 33
CHAPITRE 2: INFORMATION ET ÉDUCATION SANITAIRE DU CANCER 33
I. INFORMATION DU GRAND PUBLIC
Action 34: Établissement d'un répertoire européen des organismes privés de lutte contre le cancer 34
Action 35: Bilan comparé des campagnes d'information, privées ou publiques, sur la prévention du
cancer 35
1. Actions prévues en 1987
Action 36: Sensibilisation des médias à la prévention du cancer et au programme «L'Europe contre le
cancer» 35
Action 37: Réalisation d'un sondage «Eurobaromètre» sur les attitudes des Européens face au cancer et à
sa prévention 35
Action 38: Contribution au financement d'émissions de télévision «grand public» sur la prévention du
cancer 36
Action 39: Diffusion du Code européen contre le cancer à l'occasion des manifestations sportives et
culturelles parrainées par la Communauté européenne 36
Action 40: Manifestation anniversaire de la première année de mise en œuvre du programme «L'Europe
contre le cancer» 36
Action 41: Préparation des actions à mener en 1989, année européenne de l'information sur le
cancer 37
2. Propositions d'actions pour 1988
Proposition d'action 42: Organisation d'une semaine européenne contre le cancer, servant de test à la
campagne à mener en 1989, année européenne de l'information sur le cancer 37
Proposition d'action 43: Amplification en 1988 des actions d'information et de sensibilisation à la
prévention du cancer menées en 1987 37
3. Propositions d'actions pour 1989
Proposition d'action 44: Sensibilisation des enseignants et des personnels de santé à la diffusion des
commandements européens de prévention du cancer dans le cadre de l'année européenne de
l'information sur le cancer 38
Proposition d'action 45: Organisation en 1989 d'une campagne médiatique destinée au grand public:
«Les douze jours des Douze contre le cancer» 38
Proposition d'action 46: Amplification en 1989 des actions d'information et de sensibilisation à la
prévention du cancer menées en 1987 et 1988 38
IL ÉDUCATION SANITAIRE
Action 47: Établissement d'un bilan comparé des programmes d'éducation sanitaire dans les établissements
d'enseignement en Europe 39
Proposition d'action 48: Élaboration de propositions d'amélioration des programmes d'éducation sanitaire
en Europe : 39
Proposition d'action 49: Mise à disposition de matériel pédagogique d'éducation sanitaire 39
Proposition d'action 50: Contribution au financement d'émissions télévisuelles d'éducation sanitaire sur la
prévention et le traitement du cancer 39
CHAPITRE 3: FORMATION DES PERSONNELS DE SANTÉ 39
Action 51: Diagnostic comparé des systèmes de formation en universités des personnels de santé 42
Proposition d'action 52: Formulation de propositions d'amélioration de l'organisation des études médicales
dans le domaine du cancer 43
Action 53: Stimulation de la mobilité des étudiants en médecine et des étudiants infirmiers 43
Proposition d'action 54: Mise au point en commun de matériels pédagogiques et tests de ceux-ci dans les
facultés de médecine à l'occasion de l'année européenne de l'information sur le cancer 44
Action 55: Échange d'expériences en matière de formation continue 44
Proposition d'action 56: Réalisation en commun de logiciels pour les systèmes experts médicaux sur le
cancer 44
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/5
CHAPITRE 4: RECHERCHE SUR LE CANCER 44
Proposition d'action 57: Octroi de bourses européennes pour favoriser la mobilité des chercheurs sur le
cancer 46
I. RECHERCHES POUR AMÉLIORER LA PRÉVENTION,
LE DÉPISTAGE ET LA DÉTECTION DES CANCERS
A. Amélioration des systèmes d'information sur la fréquence et la nature des cancers 46
Proposition d'action 58: Bilan comparé des registres des cancers existants et recommandations sur le
contenu minimal souhaitable et leurs conditions d'accès 46
B. Recherches épidémiologiques pour améliorer la prévention 47
Action 59: Démarrage d'une coordination européenne de la recherche médicale sur «alimentation et
cancer» 47
Proposition d'action 60: Renforcement de la recherche européenne sur les cancers professionnels . . 47
Action 61: Poursuite du cofinancement par la Communauté européenne de recherches sur la prévention
des cancers radio-induits 48
Action 62: Poursuite du cofinancement par la Communauté européenne de recherches sur les facteurs
cancérigènes de l'environnement 48
Proposition d'action 63: Démarrage d'une coordination européenne de la recherche médicale sur le
thème «cancer et reproduction» 48
Proposition d'action 64: Démarrage d'une coordination européenne de la recherche médicale sur le
tabagisme passif 48
C. Recherches pour améliorer le dépistage et le diagnostic 49
Proposition d'action 65: Poursuite de la coordination européenne de la recherche médicale sur l'analyse
automatisée des tissus . . . .' 49
Proposition d'action 66: Poursuite de la coordination européenne de la recherche sur l'imagerie
médicale 49
IL RECHERCHES SUR LA THÉRAPEUTIQUE DES CANCERS
Proposition d'action 67: Renforcement de la coordination européenne de recherche médicale en matière de
contrôle des essais thérapeutiques multicentres 50
Action 68: Cofinancement d'un réseau européen de banques de données sur les cultures de cellules produisant
des anticorps monoclonaux 51
Action 69: Cofinancement par la Communauté européenne de recherches sur l'ingénierie génétique et sur
l'ingénierie des protéines pour la production de médicaments anticancer 52
Proposition d'action 70: Cofinancement par la Communauté européenne de recherches sur le ciblage de
médicaments anticancéreux 52
Action 71: Cofinancement par la Communauté européenne de recherches sur la pharmacologie des
substances antitumorales , 52
Proposition d'action 72: Harmonisation des normes d'essai des médicaments anticancéreux 53
III. RECHERCHES FONDAMENTALES SUR LE CANCER
Proposition d'action 73: Cofinancement par la Communauté européenne de recherches sur le génome et les
oncogènes humains 54
Proposition d'action 74: Cofinancement par la Communauté européenne de recherches sur les sondes
d'acides nucléiques 54
CONCLUSION
Action 75: Évaluation régulière du plan d'action 1987-1989 avec le comité des cancérologues européens et
établissement d'un bilan d'ensemble en 1989 55
Proposition de décision du Conseil 56
N° C 50/6 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Sans doute aussi ancien que l'histoire de l'homme [la mandibule de Kanam, vieille d'environ cinq cents
mille ans, en porte déjà la trace (*)] multiforme dans ses manifestations (on en dénombre de nos jours
plusieurs centaines de types différents), très répandu dans nos sociétés développées (un Européen sur
quatre aujourd'hui a été, sera ou est confronté avec lui), le cancer est toujours ressenti comme une
maladie mystérieuse, caractérisée par la désorganisation de certaines cellules et leur prolifération
anarchique, pour des raisons qui sont de mieux en mieux connues, quoique non encore totalement
élucidées à ce jour. En outre, si la progression observée ces dernières années devait se poursuivre, un
Européen sur trois, en l'an 2000, serait frappé par un cancer, à un moment ou à un autre de son
existence.
Préoccupante, cette situation doit toutefois être dédramatisée. À l'évidence, l'augmentation du
nombre des cancers est due à l'allongement de la durée moyenne de vie, puisque la fréquence des
cancers augmente rapidement avec l'âge. De surcroît, les cancers humains ne représentent que la
deuxième cause de mortalité, derrière les maladies cardio-vasculaires.
Toutefois, à l'instar des maladies infectieuses aux siècles derniers, les cancers sont les maladies les plus
redoutées aujourd'hui, sans doute parce que le traitement d'un cancer se fait trop souvent encore au
prix d'une mutilation ou d'effets secondaires indésirables, sans doute aussi parce que certains cancers
étaient fréquemment, jusqu'à l'invention récente de médications antidouleurs efficaces, à l'origine de
souffrances prolongées et insupportables.
Pourtant, on sait désormais que les cancers ne sont plus une fatalité. Il est acquis que cette maladie
devrait voir sa fréquence réduite par la prévention, et son traitement amélioré par la recherche
thérapeutique. Ainsi, l'état actuel de nos moyens permet une survie très prolongée, ou une guérison, à
près de la moitié des malades, alors qu'en 1950 on en guérissait à peine le quart (2). Surtout, les cancers
peuvent souvent être évités, comme l'attestent les reculs notables enregistrés dans certains pays pour
trois types communs de cancers.
Ainsi, la réduction spectaculaire du nombre des cancers de l'estomac dans les pays développés est
vraisemblablement liée à une alimentation plus saine, dépourvue de pullulations microbiennes, grâce
aux réfrigérateurs, et sans doute aussi grâce aux additifs alimentaires antioxydants. De son côté, la
baisse de la fréquence des cancers du col de l'utérus, maladie dont on pense de plus en plus qu'elle
pourrait s'apparenter à une maladie sexuellement transmissible, est sans doute liée à une surveillance
gynécologique plus régulière et à une meilleure hygiène chez les représentants des deux sexes. Enfin,
dans des pays comme les États-Unis ou le Royaume-Uni, on enregistre aujourd'hui une baisse de la
fréquence des cancers du poumon, ces pays ayant commencé plus tôt que les autres leur lutte contre le
tabagisme.
Par une meilleure prévention, et par une thérapeutique plus efficace, améliorée encore par la
recherche, les Européens peuvent à l'avenir espérer réduire encore, et de façon importante, la mortalité
par cancer ainsi que le nombre de personnes atteintes. Ce combat est l'affaire de tous, et à tous les
niveaux. De son côté, l'Europe agricole et industrielle peut harmoniser ses réglementations et ses
techniques pour que l'environnement quotidien des Européens soit amélioré et débarrassé des facteurs
de risques de cancer. Quant à l'Europe de la recherche et de la technologie, elle peut accroître
l'efficacité des efforts privés et publics de recherche, grâce à une meilleure coordination de ses
ressources humaines et financières.
(') Origine et évolution de l'homme, muséum national d'histoire naturelle, Paris, 1984.
(2) M. Tubiana, Le cancer, Presses universitaires de France, Paris, 1985.
2 6 . 2 . 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 5 0 / 7
Évolution du nombre de nouveaux cas de cancers au Danemark 1943-1980
(à âge constant, et pour 100 000 habitants)
HOMMES
100.0-,
10.0.
1.0.
0.1
Poumons
Prostate . , ,
. - -^TS-Vess ie
• -Colon
Rectum
Larynx
• Lèvres
Leucémie
Œsophage
^ • • - : Pha rynx
1 1 1 1 1 1 1
1945 1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980
FEMMES
100.0 _.
10.0 -
1.0
0.1
Seins
, Col de l'utérus
Estomac r - _ ^ Colon
^Corps de l'utérus
.•-***"" Ovaires
>.«—.^ !•-•-••--:-—— ~"^^ i i - *' Rectum
n . - ^ jvielanome
Poumons..-- 3>>»Pancreas
"Vessie
leucémie
" — - Œsophage
Pharynx
._- Lèvres
1 1 1 1 1 ! 1
1945 1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980
Source: Ole Moeller Jensen et Ah. Cancer Registration in Denmark in National Institute Monograph n° 65,
p. 245-251.
Remarque: Créé en 1942, le registre danois du cancer est le plus ancien du genre en Europe. Il permet de suivre
l'évolution à long terme du nombre de cancers.
^ C 5 0 ^ journal officiel des Communautés européennes ^ ^ ^
c p i A ^ i r ^ p ^ p ^ t i p ^
^EVE^^too^rotdCA^CE^
v^ comptas la détection ptecoce^
Uepuis fort longtemps de^a, des observateurs avises avaient note que la fréquence de certains cancers
était liée auxmodes de vie etaux conditions de ttavail des sujets atteints Pe record de perspicacité en la
matierepeutsansdouteêtreattnbueaumedecinanglaisl^ercival^ott Pn effet,desl^5,celui-ci avait
attire l'attention de la profession médicale sur le rôle probable de la suie dans les cancers du scrotum
dont étaient fréquemment victimes les ramoneurs des grandes cheminées industrielles Cette
observation sera confirmée deux siècles plus tard,en!915,avec les expériences des médecins japonais
V ^ ^ ^ w a et Icniléawa qui ont déclenche des tumeurs cancéreuses sur des oreilles de lapin
régulièrement badigeonnées au goudron
On des grands progrès de la médecine,au ^X^ siècle,acte de confirmer l'influence des modes de vie,
des conditions de travail et de l'environnement sur la fréquence des cancets Pn ce domaine, l'apport
des recherches epidemiologiques a ete déterminant Ainsi, les enquêtes menées dans les sectes
religieuses américaines ou le tabac et l'alcool sont interdits f o r m o n s , Adventistes du septième jour^
montrent que la fréquence de l'ensemble des cancers^estmoitie moins élevée que chéries Américains
demême âge, demêmesexee t demêmeprofession quinerespectentpascesprescnptions Ces
enquêtes menées auprès des populations migtantesont également permis des déductions importantes
l^ ar exemple,la frequencedescancers de l'estomac,très courant au ]apon,diminue dans les quinze ans
qui suivent l'emigrationdeslaponais aux PtatsPms A leur tour, cependant, ces mêmes]aponais
deviennent alors vulnerablesaux cancers du colon ou durectum,comme ceci est le cas des Américains
Ces différences géographiques dans la fréquence des cancers, et cette vulnérabilité différenciée selon
les modesde vie,ont mciteapenser que la grande majorité des cancershumams sont dusades facteurs
externes
tôe nombreuses études se sont efforcées de quantifier l'importance respective des divers facteurs de
risque Uans l'ensemble, les conclusions chiffrées de leuts auteurs restent asse^ voisines les unes des
autres l^ ar exemple, dans leur tapport de 19^1 sur les causes du cancer aux Ptats^Oms, les
epidemiologistes britanniques Richard tôolletl^ichard^etoe^quifontautoritedanslemondeentier,
concluent que plus des ttois quarts des deces par cancers sont hesades facteurs externes ^voirie
tableauP l^ourcettainsd'entreeux,telle la fumeede tabac,lesconclusions sont denueesd'ambiguite
^our d'autres facteurs, comme l'alimentation, bien des incertitudes subsistent encore, et des
recherches complementairess'imposent Ces différentes données, qui se rapportent aux PtatsDOms,
n'ont bien sûr qu'une valeur indicative pout les pavs européens ^tais elles constituent une première
approximation,sauf peutetre pour le rôle de l'alcool,qui est bien plus important dans certains pavs
comme la France,ou il est incrimine dans plus d e l O ^ d e s deces par cancers
Ues constatations précédentes, il ressort indubitablement que les cancers peuvent souvent être évites,
pour peu quenotre société, etlesindividus quilacomposent, adaptent leur legislationet leur
comportement afin de tirer le meilleur parti possible desconnaissances actuelles en matière de
prévention du cancer ûe l'avis même des cancérologues européens, en unissant leurs efforts, les pavs
européens pourraient ainsi réduire,d'icial 'an^.000,la mortalité par cancer de 1 5 ^
a^ ^ n^rMimi^ ^ t o , r ^ e ^ ^ ^ o g e ^ ^ ^ O x f o ^ , n ^ v ^ ^ t v ^ ^ ^ , O x f D ^ , ^
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 5 0 / 9
Tableau 1
Proportion des décès par cancer attribuables aux différents facteurs — Exemple des États-Unis
Facteurs ou catégorie de facteurs
Tabac
Alcool
Alimentation
Additifs alimentaires
Habitudes sexuelles et de reproduction
Profession
Pollution
Produits industriels
Médecine et procédés médicaux
Facteurs géophysiques
Infection
Pourcentage de tous les décès
dus au cancer
Meilleure
estimation
30
3
35
1
7
4
2
1
1
-3
10?
Variation
des estimations
25 à 40
2 à 4
10 à 70
—5 à 2
l à 13
2 à 8
1 à 5
1 à 2
0,5 à 3
2 à 4
1 à ?
Source: R. Doll et R. Peto.
I. LUTTE CONTRE LE TABAGISME
1. Tabac et cancer
Il a fallu attendre 1950, et les travaux des médecins anglais R. Doll et A. B. Hill (*) pour qu'un lien
commence à être établi entre tabagisme et cancer pulmonaire. Depuis lors, plus de quarante
substances cancérigènes ont été dénombrées dans la fumée de tabac et les multiples enquêtes effectuées
auprès des malades atteints d'un cancer du poumon ont montré qu'au moins 90 % de ces derniers
étaient liés au tabagisme. Les résultats de ces études épidémiologiques ont été confirmés et consolidés
en suivant régulièrement, à travers le monde, pendant de longues années, l'état de santé de centaine de
milliers de personnes qui étaient toutes en bonne santé au départ. C'est ainsi qu'on a découvert que la
fréquence des cancers des bronches était proportionnelle au nombre de cigarettes fumées par jour: elle
est par exemple vingt fois plus élevée chez les sujets qui fument quotidiennement vingt cigarettes que
chez ceux qui n'en fument qu'une (2). En outre, la fréquence des cancers est également accrue dans tous
les tissus qui entrent en contact avec la fumée de tabac: lèvres, bouche, langue, larynx, pharynx,
œsophage, poumons, pancréas, mais aussi reins et vessie, puisque les résidus de la fumée passent dans
le sang et sont éliminés par voie urinaire.
En revanche, lorsqu'un fumeur renonce à fumer, son risque de surmortalité par cancer du poumon
diminue progressivement en l'espace de dix à quinze ans, période au bout de laquelle son espérance de
vie redevient égale à celle d'un non-fumeur (3). D'ailleurs, les courbes d'évolution du nombre de
cancers des poumons et de la consommation de tabac sont parallèles mais décalées de vingt à trente
années. Ce décalage correspond, en effet, à la période «d'incubation» des cancers du poumon.
L'attention s'est également tournée ces dernières années vers les effets sur la santé de l'inhalation
involontaire de fumée de tabac ou «tabagisme passif». De solides tendances émergent aujourd'hui qui
font apparaître que le fait de fumer ne nuit pas seulement à la santé du fumeur, mais aussi à celle des
personnes amenées, bien malgré elles, à évoluer dans une atmosphère chargée de fumée de tabac.
Ainsi, il y a un an, le Journal of the American Médical Association (numéro de mai 1985) a recensé
(*) R. Doll — A. B. Hill, Smoking and carcinoma of the lung, in British Médical Journal, 2, 739—748,
1950.
(2) Centre international de recherche sur le cancer, Évaluation des risques cancérigènes des agents chimiques chez
l'homme: le cas du tabac. Monographie 38, Lyon, 1986.
(3) R. Roemer, L'action législative contre l'épidémie mondiale de tabagisme, Organisation mondiale de la santé,
Genève, 1983.
N° C 50/10 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
Relation entre la fréquence du cancer du poumon et le nombre de cigarettes fumées par jour dans différentes enquêtes
prospectives
X35 r -
X30 -
Q Royaume-Uni
Augmentation du taux de mort
par cancer du poumon
X25
X20
X 15
X 10
X 5
1
Fumeurs hommes
États-Unis
0 10 20 30
Nombre de cigarettes fumées par jour
Source: M. Tubiana, Le cancer, Presses universitaires de France, Paris, 1985.
40
quatorze études épidémiologiques effectuées sur ce thème aux États-Unis, au Japon, en république
fédérale d'Allemagne, en Grèce et dans d'autres pays. Treize d'entre elles concluent à un risque de
cancer du poumon nettement accru chez les non-fumeurs exposés à la fumée de cigarette, à la maison
et au travail. Dans sa communication orale au Congrès international des cancers, à Budapest, en
1986, sir Richard Doll a même estimé qu'entre le quart et le tiers environ de tous les cancers du
poumon chez les non-fumeurs était imputable au tabagisme passif.
Ainsi, il n'est désormais plus contestable que le tabac soit de loin l'agent cancérigène le plus répandu
dans notre environnement. En conséquence, et de l'avis unanime des cancérologues à travers le
monde, aucune action ne serait plus efficace pour abaisser la mortalité due au cancer en Europe que de
réduire la consommation de tabac. De surcroît, une telle action contribuerait grandement à diminuer
la fréquence des maladies cardio-vasculaires.
2. Actions prévues de 1987 à 1989
La lutte contre le tabagisme sera une affaire de longue haleine, sans doute de l'ordre d'une génération,
car il serait illusoire d'imaginer qu'il soit possible de convaincre rapidement tous les fumeurs
d'abandonner leur habitude. Mais dans ce combat, la Communauté européenne n'est pas démunie
d'atout. En utilisant judicieusement les compétences spécifiques dont elle dispose en matière de
marché commun, de politique agricole commune, ou de protection des consommateurs, elle
renforcera les actions nationales, publiques ou privées, de lutte contre le tabagisme. Pour plus de
clarté, les actions communautaires prévues de 1987 à 1989 ont été regroupées selon les grands
domaines de compétence de la Communauté européenne. L'ordre choisi ne reflète donc pas
l'importance relative de chacune de ces actions.
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/11
A. Marché intérieur et tabac
Avant la fin de 1992, les États membres de la Communauté européenne se sont engagés à mettre enfin
sur pied un authentique marché commun. Pour ce faire, ils seront notamment contraints de
rapprocher leur fiscalité, afin de pouvoir supprimer les contrôles à leurs frontières internes qui sont
encore nécessaires aujourd'hui, compte tenu de la très grande diversité des fiscalités en Europe. À cet
égard, les tabacs manufacturés représentent un cas d'école, comme le montre le tableau 2, puisque la
charge fiscale sur un paquet ordinaire de vingt cigarettes varie de 0,26 Écu en Grèce à 2,76 Écus au
Danemark.
Le niveau élevé de fiscalité dans ce dernier pays, qui constitue un record européen, voire mondial,
résulte fondamentalement des caractéristiques intrinsèques du système fiscal danois. Dans ce pays,
en effet, le financement de la santé et de la sécurité sociale ne se fait pas par le biais de prélèvements
sur les salaires, au moyen de cotisations sociales, mais, pour l'essentiel, par la fiscalité directe et
indirecte.
Tableau 2
Prix de détail et charge fiscale des paquets de 20 cigarettes les plus courants dans le pays considéré
en avril 1986
(en Écus)
Prix de détail
Charge fiscale
Prix de détail
Charge fiscale
Danemark
3,16
2,76
Italie
1,02
0,73
Irlande
2,54
1,88
Luxembourg
0,97
0,65
Royaume-
Uni
2,35
1,76
France
0,68
0,51
Allemagne
1,77
1,30
Portugal
0,73
0,50
Pays-Bas
1,36
0,97
Espagne
0,73
0,38
Belgique
1,24
0,87
Grèce
0,43
0,26
Compte tenu des impératifs de santé publique, il conviendra naturellement de s'assurer que
l'harmonisation des accises et taxes sur le tabac ne se traduise pas par des baisses de prix dans les pays
qui ont la fiscalité la plus lourde. À cet égard, c'est donc un alignement vers le haut des fiscalités qui
devra être retenu. Ce principe de base étant aquis, il conviendrait toutefois de prendre en compte la
disparité profonde des situations de départ, un écart de 1 à 10 entre les fiscalités grecque et danoise, et,
à ce titre, de procéder de façon très progressive d'ici à 1992, pour permettre à tous les acteurs
concernés de s'adapter, en se fixant une plage d'harmonisation suffisamment large, et sans exclure la
possibilité de clauses provisoires d'exception.
Proposition d'action 1 : alignement vers le haut de la fiscalité sur les tabacs manufacturés dans la
Communauté européenne
Avant le 1er avril 1987, la Commission des Communautés européennes transmettra au Conseil, pour
adoption avant la fin de 1987, des propositions de directives communautaires concernant des
fourchettes communes à retenir pour les principales accises et pour la taxe à la valeur ajoutée, y
compris celles qui devront s'appliquer aux tabacs manufacturés.
Ces propositions veilleront à ce que ce rapprochement de la fiscalité sur les tabacs manufacturés puisse
conduire à une réduction générale de la consommation de tabac et, en conséquence, à une
amélioration du bien-être et de la santé des Européens. À cet égard, la Commission des Communautés
européennes invite les États membres à entamer les adaptations requises de leur fiscalité dès le début de
1987.
Dans la plupart des pays européens, ces mesures fiscales se traduiront par un accroissement, parfois
très substantiel, des taxes perçues. En effet, l'expérience a prouvé que la demande de cigarettes
diminuait faiblement lorsque les prix augmentaient. Ainsi, de nombreuses études effectuées au
Royaume-Uni et dans d'autres pays européens ont montré qu'un pourcentage donné de hausse de prix
(10 % par exemple) se traduisait par un recul moitié moindre de la consommation de tabac (5 % dans
le cas choisi), ce rapport de 0,5 entre les variations de la consommation et des prix étant observé pour
de faibles hausses de prix.
N° C 50/12 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
Proposition d'action 2: financement d'actions nationales de prévention par l'élévation de la fiscalité
sur les tabacs manufacturés
En 1987, la Commission soumettra au Conseil des propositions visant à améliorer la situation
présente en matière de dépistage et de détection précoce de certains cancers (voir titre IV). À l'évidence,
dans la plupart des pays, le financement de ces programmes devrait être facilité grâce à l'accroissement
des taxes qui résultera de l'alignement vers le haut de la fiscalité sur les tabacs non manufacturés.
Par ailleurs, cet alignement vers le haut de la fiscalité se traduira par une augmentation des prix de
détail des tabacs manufacturés. À l'évidence, cette hausse ne devrait pas être prise en compte lors des
négociations salariales. Afin de rendre les effets de ces adaptations fiscales transparentes pour le public
et les partenaires sociaux, il conviendrait de publier des indices de prix excluant les tabacs
manufacturés. De tels indices pourraient servir de référence lors des négociations salariales dans les
États membres.
Action 3: publication d'indices des prix hors tabac par l'Office statistique des Communautés
européennes
À partir de 1987, l'Office statistique des Communautés européennes publiera régulièrement, pour
chacun des douze pays, un indice de prix excluant les tabacs manufacturés.
Naturellement, ces hausses du prix des tabacs manufacturés ne constituent que l'un des nombreux
éléments qu'il convient de mobiliser dans la lutte à mener contre la substance qui représente le facteur
de risque cancérigène le plus important de notre environnement quotidien.
Proposition d'action 4: harmonisation de l'étiquetage des cigarettes dans la Communauté
européenne
Avant la fin de 1988, la Commission des Communautés européennes soumettra au Conseil des
propositions concernant l'étiquetage des cigarettes et des autres produits dérivés du tabac, afin que sur
chacun des emballages figure clairement un avertissement médical et des renseignements précis sur la
composition du contenu.
Sur ce point, il est désormais reconnu que les risques de cancer du poumon sont d'autant moins
importants que les tabacs fumés ont une faible teneur en goudron. Pour amener les fumeurs à s'orienter
vers ces produits moins nocifs, il a parfois été proposé d'instaurer une taxation proportionnelle au
contenu en goudron. Une telle approche s'avère bien plus difficile qu'une interdiction pure et simple de
certaines catégories de tabacs manufacturés.
Proposition d'action 5: interdiction des cigarettes à forte teneur en goudron
Avant la fin de 1987, la Commission soumettra au Conseil une proposition de directive visant à
interdire dans tous les États membres les cigarettes dont la teneur en goudron est supérieure à un
certain niveau.
Afin de permettre à l'industrie (et aux fumeurs) de s'adapter à une telle mesure, ces valeurs devront être
bien choisies. À titre d'illustration, ces maxima pourraient être limités à 15 milligrammes par cigarette
en 1989 et à 12 milligrammes en 1992. À l'évidence, les États membres de la Communauté
européenne, ou les producteurs de tabacs manufacturés, pourront aller plus loin et plus vite dans ce
domaine, s'ils le souhaitent. En outre, pour que cette action, et la précédente, aient toute leur portée, il
conviendrait aussi d'harmoniser les méthodes de mesure de ces substances.
Proposition d'action 6: harmonisation des normes de mesures des composants du tabac
En 1987, la Commission des Communautés européennes fera procéder à des essais comparatifs sur les
différentes normes utilisées pour déterminer la composition des fumées de cigarettes, dans la
perspective de proposer en 1988 au Conseil l'établissement d'une norme commune.
Par ailleurs, les incitations artificielles à fumer, qui subsistent ici ou là, au titre de traditions anciennes,
devraient être rapidement supprimées, qu'il s'agisse des distributions gratuites ou à bas prix de tabac
aux jeunes sous les drapeaux, ou des ventes de tabac hors taxe dans les ports et aéroports. Si le premier
type d'interdiction relève de la compétence des États membres, le second entre, quant à lui,
directement dans le champ des compétences de la Communauté européenne. Une telle interdiction
existe d'ailleurs déjà pour tout déplacement au sein du Bénélux.
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/13
Proposition d'action 7: interdiction des ventes hors taxes de tabac dans la Communauté
européenne
Avant la fin de 1988, la Commission transmettra au Conseil une proposition de directive visant à
interdire les ventes hors taxes de tabac dans la Communauté européenne.
Enfin, de nouveaux produits, tels les tabacs à mâcher, ont été récemment mis sur le marché, aux
États-Unis en particulier. Par leur présentation et leur publicité, ces produits sont souvent des plus
attrayants pour les adolescents et les enfants. Or, certains d'entre eux contiennent un taux élevé de
nicotine. Leur usage a doric toute chance de créer une dépendance vis-à-vis de la nicotine et par
corollaire vis-à-vis du tabac. Certains pays ont déjà adopté des mesures de protection à l'égard de ces
nouveaux produits. Ainsi, en juillet 1986, le Royaume-Uni s'est doté du Protection of Children
(tobacco) Act qui interdit la vente de tabacs manufacturés aux enfants de moins de seize ans, quelle que
soit la personne à laquelle le produit est destiné. L'Irlande, quant à elle, a totalement interdit certains
tabacs à mâcher d'origine américaine comme le Skoal Bandit.
Proposition d'action 8: protection des enfants contre les ventes de tabac
En 1987/1988, la Commission des Communautés européennes transmettra au Conseil et au
Parlement européen des propositions visant à interdire la vente de tabac et de produits dérivés aux
enfants.
B. Agriculture et tabac
Dans la Communauté européenne, le secteur du tabac peut être caractérisé par les données
économiques suivantes. On dénombre aujourd'hui un peu plus de 230 000 producteurs, implantés en
particulier dans les régions les plus défavorisées, où le chômage est le plus élevé. En aval, quelques
1 800 000 personnes sont employées, le plus souvent à plein temps, dans les secteurs de la
transformation et de la commercialisation (!). Par ailleurs, la Communauté européenne importe près
de la moitié de ses besoins, ce qui se traduit par un déficit commercial de près de 2 milliards d'Écus en
1985 . .
En conséquence, toute politique qui viserait à réduire à court terme la production européenne de tabac
créerait inévitablement des problèmes d'emploi dans des régions déjà très touchées et elle ne
manquerait pas aussi d'accroître un déficit commercial déjà fort important. À l'évidence, cependant, la
politique menée dans ce secteur devra à l'avenir mieux prendre en compte les aspects «santé».
Proposition d'action 9: réduction de la production de tabac, réorientation vers des variétés moins
nocives, et examen des possibilités de reconversion
À partir de 1987, la Commission des Communautés européennes veillera à ce que soit accentuée la
réduction et la réorientation de la production vers les variétés de tabac les moins nocives pour la santé.
Parallèlement, les possibilités de reconversion vers d'autres activités seront explorées, en particulier
vers la production de fruits et légumes qui ont un rôle bénéfique dans la prévention du cancer.
À cette fin, elle agira sur les prix garantis aux producteurs de tabac et sur les primes versées aux
acheteurs de tabac communautaire. Ces acheteurs, qui peuvent être des entreprises locales, des
monopoles nationaux, ou des firmes multinationales, ont reçu en 1986 environ 800 millions d'Écus
pour s'approvisionner dans la Communauté européenne.
Ce total peut paraître énorme si on le compare au budget annuel que la Communauté européenne
alloue à la recherche médicale (une dizaine de millions d'Écus par an). Mais une telle comparaison est
dénuée de sens. D'une part, en effet, au stade actuel de l'intégration européenne, la recherche médicale
reste pour l'essentiel une prérogative nationale et le budget communautaire ne représente que un pour
cent du total des dépenses nationales en ce domaine.
D'autre part, à ce jour, la politique agricole commune est l'une des rares politiques intégrées au plan
européen, si bien que les dépenses correspondantes ne sont plus à la charge des États membres mais de
la Communauté européenne. Nul doute, cependant, que si la politique agricole commune n'existait
pas, des primes nationales aussi importantes seraient versées, sous une forme ou sous une autre, au
secteur du tabac, comme aux États-Unis par exemple.
Le paradoxe de la situation, européenne ou américaine, n'en demeure pas moins bien réel. Mais on ne
se débarrasse pas en quelques années de cinq siècles de tabagisme.
Parallèlement à cette action de réduction de la production de tabac, il conviendra aussi de s'efforcer de
réduire la consommation de tabac manufacturé dans la Communauté européenne, pour éviter que ne
(') L'industrie du tabac dans la Communauté européenne, rapport du PEIDA, Edinburgh, 1985.
N° C 50/14 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
se creuse encore un déficit commercial déjà très important. Simultanément, il sera tenu compte des
importations de tabac, dans le plein respect des accord internationaux en vigueur. À cet argument
économique s'ajoute bien sûr la nécessité de lutter contre la substance cancérigène la plus répandue de
notre environnement, et qui est à l'origine de près du tiers des décès par cancer.
Proposition d'action 10: campagne d'information et de sensibilisation du public à la lutte contre le
tabagisme
Au cours de la période 1987-1989, une telle action sera menée dans la Communauté européenne en
direction du grand public, des enseignants et des personnels de santé. Cette campagne de
sensibilisation atteindra son apogée en 1989 dans le cadre de l'année européenne de la prévention du
cancer (voir chapitre 2). Le coût pour le budget communautaire d'une telle action sera inférieur aux
économies qui seront réalisées grâce à la réduction des primes versées aux acheteurs de tabac
communautaire. À titre d'exemple, une réduction de un pour cent de ces primes représente un montant
de 8 millions d'Ecus. Il s'agira ainsi, en quelque sorte, d'une contribution indirecte du secteur du tabac
à la lutte contre le cancer.
C. Protection des consommateurs et des travailleurs
Compte tenu des dangers que représente le tabagisme passif, et de la nécessité de réduire au maximum
la publicité directe et indirecte sur le tabac, il appartiendra aux pouvoirs publics nationaux et aux
institutions communautaires de promouvoir des mesures appropriées.
Proposition d'action 11: étude des dispositions nationales et élaboration de propositions de
réglementation communautaire du tabagisme dans les lieux publics
Avant la fin de 1988, la Commission des Communautés européennes transmettra au Conseil une
proposition visant à réglementer le tabagisme dans les endroits ouverts au public et sur les lieux de
travail.
Ces propositions seront basées sur une étude préalable des mesures nationales qui réglementent le
tabagisme dans les transports en commun, les bâtiments ouverts au public, et les lieux de travail. Les
expériences de pays n'appartenant pas à la Communauté européenne seront aussi prises en
compte.
Proposition d'action 12: étude des dispositions nationales et élaboration de propositions de
réglementation communautaire sur la limitation de la publicité en faveur du tabac
Avant la fin de 1989, la Commission des Communautés européennes transmettra au Conseil des
propositions visant à interdire au maximum la publicité directe et à freiner au mieux la publicité
indirecte en faveur du tabac, le sponsoring sportif en particulier.
Il sera aussi recommandé que les dépenses de publicité en faveur du tabac ne soient pas déductibles de
l'impôt sur les sociétés, et que le surcroît de recettes fiscales qui en résultera soit affecté au financement
de campagnes d'information sur les dangers du tabac.
D. Échange d'expériences
Tous les pays se sont désormais engagés, depuis plus ou moins longtemps, avec plus ou moins de
détermination, et avec plus ou moins de succès, dans des campagnes d'information du grand public et
dans des actions visant à décourager l'usage du tabac.
Action 13: bilan comparé des campagnes d'aide à la désintoxication des fumeurs
La Commission des Communautés européennes fera établir en 1987 une évaluation des initiatives
existantes en matière d'aides aux fumeurs pour qu'ils se débarrassent de leur habitude, et elle
encouragera la diffusion des initiatives réussies tout au long de la période 1987-1989.
Action 14: échange d'information sur la lutte contre le tabagisme
La Commission des Communautés européennes favorisera aussi, dès 1987, les échanges d'informa-
tions et d'expériences sur les stratégies de lutte contre le tabagisme qui sont menées à l'intérieur,
comme à l'extérieur, de la Communauté.
Si elle mettait en œuvre ces quatorze propositions d'actions, la Communauté européenne apporterait
une contribution importante à la lutte contre le tabagisme qui ravage encore nos sociétés. Dès 1988,
une évaluation de l'impact de ces actions sera régulièrement effectuée, par le biais notamment des
sondages «Eurobaromètre» (voir chapitre 2). En outre, il-conviendrait bien sûr aussi de compléter
cette série de mesures communautaires par d'autres propositions dans le domaine de l'information
et de l'éducation sanitaire des jeunes et des adultes. Ces points seront également abordés au
chapitre 2.
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/15
II. AMÉLIORATION DE L'ALIMENTATION
1. Alimentation et cancer
De nombreux facteurs forcent à penser que les habitudes alimentaires, y compris la consommation de
boissons alcoolisées, jouent un rôle important dans la formation, mais aussi dans la prévention, de
plusieurs cancers fréquents chez l'homme et la femme comme les cancers des voies digestives, de la
cavité buccale au rectum, et les cancers du sein. Dans leur étude déjà citée, Doll et Peto estiment qu'aux
États-Unis les facteurs nutritionnels pourraient être impliqués dans plus d'un tiers des décès par
cancers humains. Mais, de l'aveu même des auteurs, cette évaluation est fort imprécise, puisque leur
intervalle d'incertitude s'étend de 10 % à 70 % (J ), ce qui contraste avec la précision de leur estimation
sur le rôle du tabac, celle-ci étant comprise dans une fourchette bien plus resserrée allant de 25 %
à 4 5 % .
Et il est vrai que l'exceptionnelle unanimité des cancérologues sur les relations entre tabac et cancers
s'estompe dès lors qu'on aborde la question des liens entre alimentation et cancers. La prudence
s'impose encore en ce domaine où le rôle précis de nombreux facteurs nutritionnels reste souvent mal
cerné. Toutefois, les recherches disponibles permettent déjà de dégager un petit nombre d'observa-
tions importantes. Les conclusions qui en découlent du point de vue de la prévention des cancers sont
heureusement compatibles avec celles qui visent à réduire les maladies cardio-vasculaires. La tâche des
responsables de la santé publique en est donc facilitée.
1) Dans plusieurs pays européens, \ excès de boissons alcoolisées représente à lui seul le deuxième
facteur de risque de cancer après le tabac. Dans un pays comme la France, qui figure aux premières
places du classement mondial de la consommation d'alcool par tête, un cancer sur dix est lié à
l'excès de boissons alcoolisées. Si l'éthanol en lui-même n'est pas cancérigène, on a observé que
certains autres composants des boissons alcoolisées le sont parfois. En outre, sans doute à cause de
l'irritation chronique qu'il provoque au niveau de la bouche, de la gorge ou de l'œsophage, l'alcool
provoque une nette augmentation de la fréquence des cancers de ces régions, en particulier lorsque
les boissons alcoolisées sont associées au tabac. Ainsi, en France, la fréquence du cancer de
l'œsophage, chez les fumeurs de moins de dix cigarettes par jour et qui boivent moins de
40 grammes d'éthanol par jour, est de vingt fois inférieure à celle des non-fumeurs qui boivent un
litre de vin par jour (80 grammes d'éthanol) et elle est de quarante-quatre fois inférieure à celle des
gros fumeurs qui consomment une vingtaine de cigarettes et qui boivent un litre de vin par
jour (2).
2) Après les excès d'alcool, dont le rôle néfaste dans la formation de certains cancers n'est plus à
démontrer (voir tableau 3), une consommation suffisante de fruits et légumes frais représente le
deuxième facteur alimentaire dont le rôle bénéfique est conforté par de nombreuses évidences
empiriques, mais cette fois-ci dans le sens d'une protection accrue à l'égard de certains cancers. Par
exemple, E. Wynder et M. T. Goodman (3) ont montré de façon convaincante qu'une
alimentation riche en fruits et légumes frais, qui inclut la source essentielle de vitamines A et C,
assurait une bonne protection à l'encontre des cancers du poumon, bien que des études récentes
suggèrent que cette protection n'est plus efficace chez les gros fumeurs de deux paquets, ou plus,
par jour. On dispose également de données montrant qu'une alimentation riche en fruits et
légumes frais exerce une certaine protection contre les risques de cancer de l'œsophage, de
l'estomac, du pancréas et du colon (voir tableau 3).
3) L'excès de poids semble aussi être un facteur de risque important, surtout chez la femme, comme
l'a montré une étude américaine portant sur 750 000 personnes pendant treize années (4). Pour
certains cancers, comme ceux de la vésicule biliaire, et ceux du corps de l'utérus (endomètre), les
taux de décès étaient plus de quatre fois supérieurs à la moyenne chez les personnes dont le poids
était de 40 % supérieur à la normale. S'agissant des relations possibles entre excès de poids et
cancers du sein chez les femmes post-ménopausées, F. de Waard (J) rapporte qu'une corrélation
statistique s'est trouvée confirmée dans vingt-deux des vingt-sept études répertoriées.
4) Au stade actuel de nos connaissances, le rôle spécifique de chacun des différents types de graisse
reste encore à élucider. Mais plusieurs recherches épidémiologiques suggèrent néanmoins que,
0) Cet intervalle ne concerne que les produits alimentaires au sens strict, c'est-à-dire sans l'alcool et sans les
additifs alimentaires (voir tableau 1).
(2) A. Tuyns, Centre international de recherche sur le cancer, Alcool et cancer, Lyon, 1978.
(3) E. Wynder and M. T. Goodman, Smoking and Lung Cancer; Some unresolved issues, in Epidemiological
Reviews, 5, p. 177-207, 1983.
(4) E. A. Lew, L. Garfinkel: Variations in Mortality by Weight Among 750 000 Men and Woman, in Journal of
Chronical Disease 32, p. 563-576, 1979.
(5) F. de Waard, Dietary Fat & Mammary Cancer, in Nutrition and Cancer, Vol. 8, N° 1, p. 5-7, 1986.
N° C 50/16 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
comme chez l'animal, une alimentation trop riche en graisse semble entraîner un risque accru de
cancers du colon et du sein. Cette observation est d'autant plus importante que ces affections sont
à l'origine d'une grande partie des décès par cancer en Europe et aux États-Unis (*)• En outre,
l'excès de consommation de graisses pourrait aussi être incriminé dans la formation de cancers du
pancréas, mais cette hypothèse demande encore à être confirmée.
5) L'importance des fibres alimentaires dans le fonctionnement de l'intestin était connue depuis fort
longtemps. Mais il a fallu attendre 1971 pour que le chirurgien militaire britannique Burkitt (2)
fasse état d'un lien possible entre une alimentation pauvre en fibres alimentaires et la fréquence des
cancers du colon. Objet de plusieurs controverses, cette hypothèse, est aujourd'hui en voie d'être
acceptée depuis qu'elle a été confortée par des études plus récentes utilisant des techniques
modernes pour mesurer le contenu en fibres des denrées alimentaires (3).
6) Par ailleurs, d'autres éléments consommés en petites quantités, souvent bien involontairement,
risquent aussi d'influencer l'apparition de certains cancers humains. Ainsi, certaines des
mycotoxines produites par les moisissures, comme les aflatoxines, se sont avérées être
cancérigènes chez l'animal.
En outre, selon les travaux du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) (4), on ne
peut occulter le rôle possible des nitrites et peut être aussi dans certaines conditions des nitrates.
Présents sous forme de résidus dans l'eau potable et les légumes, utilisés comme conservateurs
dans certaines viandes et charcuteries, ces composés azotés risquent, dans des conditions encore à
élucider, d'être transformés dans l'estomac en composés N-nitrosés, qui sont des agents
puissamment cancérigènes chez l'animal.
De plus, certains additifs alimentaires, qui se sont révélés cancérigènes chez l'animal, comme le
colorant jaune du beurre, sont aujourd'hui interdits. Selon Doll et Peto, moins de 1 % des décès
par cancers pourraient trouver leur origine dans des additifs alimentaires nocifs. Leur marge
d'incertitude s'étend de — 5 % à 2 %, la borne inférieure négative rappelant que plusieurs de ces
additifs pourraient aussi être des facteurs de prévention du cancer. En particulier, les
antioxydants, qui ont amélioré la conservation des aliments, semblent avoir joué un certain rôle
dans la réduction spectaculaire du nombre des cancers de l'estomac.
7) Enfin, J. V. Joosens (s) a suggéré en 1980 qu'une nourriture trop salée pourrait accroître les
risques de cancer de l'estomac. Ces premiers résultats sont cependant très contestés et ils
demandent encore à être confortés.
En résumé, les facteurs alimentaires peuvent jouer un rôle déterminant dans la formation, ou la
prévention, de certains cancers. Toutefois, l'importance précise de chacun d'entre eux ne peut pas
encore être évaluée avec suffisamment de confiance, vu le petit nombre d'études épidémiologiques
disponibles en ce domaine.
Dans le tableau 3, ont été reprises les estimations fiables sur la fréquence avec laquelle l'alcool, les
fruits et légumes frais, l'obésité interviennent dans plusieurs types de cancers courants chez les
Européens, les Américains du Nord et les Australiens. Cette liste n'est pas exhaustive. Mais elle ne peut
pas encore être complétée, en particulier, pour les associations qui ont été suggérées, sur la base d'un
trop petit nombre d'études, entre le cancer de la vessie et une consommation insuffisante de vitamines
ou entre l'excès de consommation de graisse et le cancer de la prostate. En outre, les relations entre le
nombre total de calories consommées et les risques de certains cancers restent difficiles à évaluer pour
plusieurs raisons, y compris celle de la mesure précise du contenu en calories d'une ration alimentaire
individuelle.
À l'évidence, des nouvelles recherches sont nécessaires pour mieux préciser les relations possibles entre
alimentation et cancers. Certains programmes européens de recherche contribuent déjà, et
contribueront encore, à cet indispensable effort (voir le chapitre 4). À ce stade toutefois, il est possible
de tirer parti des résultats disponibles, en dépit des incertitudes qui entachent encore certains d'entre
eux, pour éclairer l'action à mener sur la période 1987-1989.
(') K. K. Carroll, Dietary Fat & Cancer, in Nutrition and Cancer, Vol. 8, N° 1, p. 3-5, 1986.
(2) D. P. Burkitt, Epidemiology of Cancer of the Colon and Rectum, in Cancer, Vol. 28, p. 3-13, 1971.
(3) World Health Organization, Health Nutrition: Preventing Nutrition Related Diseases in Europe, July
1986.
(4) H. Bartsch and R. Montesano (CIRC), Relevanceof Nitrosamines to Human Cancer, in Carcinogensis, Vol. 5,
N° 11, p. 1381-1393, 1984.
(s) Joosens JV: Stroke, Stomach Cancer and Sait: Possible Clue to the Prévention of Hypertension? in
Epidemiology of Arterial Blood Pressure, The Hague, Nijhoff, p. 489-508, 1980.
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/17
Tableau 3
Fréquence d'implication des facteurs alimentaires dans certains types de cancer
Facteur alimentaire
A L C O O L
FRUITS E T L É G U M E S FRAIS
(y compris les vitamines)
Alimentation faible en fruits et légumes
Alimentation faible en fruits et légumes
Accroissement en vitamine C de 100 mg par
Alimentation faible en fruits frais
jour
Alimentation faible en fruits frais et légumes
vitamine A)
Alimentation faible en légumes frais
OBÉSITÉ
(probablement
Type de
Bouche
Œsophage
Larynx
Foie
CEsophage
Estomac
Estomac
Pancréas
Poumon
Colo-rectal
Sein
cancer
Corps de l'utérus
(endomètre)
Prostate
Ce
75 %
40 %
70 %
25 %
30 %
1 5 %
4 0 %
1 5 %
70 %
55 %
1 5 %
20 %
20 à
facteur alimentaire est présent avec
la fréquence suivante
en liaison avec le tabac
seul
en liaison avec le tabac
seul
à 65 % en liaison avec le tabac
(plus de 30 g d'éthanol par jour)
(plus de 370 g d'éthanol par jour)
à 50 %
au lieu de 70 %
40 %
0 % à 1 2 %
20 %
2 0 %
Source: Document provisoire du CIRC.
2. Actions 1987-1989
Pour réussir, une politique d'amélioration de l'alimentation et de la santé doit bénéficier du concours
d'un nombre élevé d'acteurs: les consommateurs et leurs organisations représentatives, les enseignants
et le corps médical, les agriculteurs et les industriels de l'agro-alimentaire, le secteur de la restauration^
les pouvoirs publics nationaux et les institutions communautaires. Ces dernières disposent de
pouvoirs spécifiques importants dans le cadre de la gestion et de l'adaptation tant du marché commun
industriel que de la politique agricole commune.
À l'évidence, cependant, pour mobiliser à bon escient les énergies de ces multiples acteurs, il
conviendrait de disposer de lignes directrices claires et adaptées à chacun d'entre eux.
A. Élaboration de lignes directrices en matière d'alimentation et de prévention du cancer
De telles tentatives sont déjà menées par plusieurs comités d'experts de par le monde. À titre
d'exemple, on peut citer, aux États-Unis, le National Cancer Institute (') et, au niveau européen,
l'European Organization for Coopération in Cancer Prévention Studies (ECP) (2) (3). Ces recom-
mandations nutritionnelles seront bien sûr étudiées avec soin, et améliorées autant que faire se
peut.
(') Cancer Control — Objectives for tbe Nation: 1985-2000, National Cancer Institute, Washington, 1986.
(2) ECP Symposium, Diet and Human Carcinogenesis, Elsevier Science Publishers, Amsterdam, 1986.
(3) Proceedings of a Joint ECP-IUNB Workshop on Diet and Human Carcinogenesis, in Nutrition and Cancer,
1986.
N° C 50/18 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
Action 15: analyse des informations et des données existantes sur «alimentation et cancer»
Avant la fin de 1987, les nombreuses données disponibles sur les rapports entre nutrition et cancer
feront l'objet d'une recension.
Pour ce faire, la Commission des Communautés européennes mobilisera et coordonnera l'expertise
déjà disponible au sein des comités et groupes consultatifs qui la conseillent dans le domaine de la
nutrition, et elle s'appuiera aussi sur d'autres structures compétentes au plan international comme
l'European Organization for Coopération in Cancer Prévention Studies (ECP) ou le Centre
international de recherche sur le cancer (CIRC).
Action 16: élaboration de recommandations alimentaires contre le cancer adaptées à chacune des
catégories d'acteurs concernés
En parallèle, des efforts seront déployés pour formuler des recommandations spécifiques qui
pourraient être adressées aux différentes catégories d'acteurs concernés: les consommateurs et leurs
organisations représentatives, les enseignants et le corps médical, les agriculteurs et les industriels de
Pagro-alimentaire, le secteur de la restauration.
À l'évidence, ces lignes directrices devront être bien adaptées à chacun de ces acteurs, tout en
respectant la richesse des diversités régionales et nationales dans la Communauté européenne. À titre
d'exemple, et sur la base des seules considérations développées ci-avant, il est déjà possible de formuler
quelques grands principes à adresser aux consommateurs, aux enseignants et au corps médical: évitez
les excès de boissons alcoolisées; combattez l'excès de poids; ayez une alimentation pauvre en graisse;
consommez des fruits et des légumes frais et des céréales riches en fibres alimentaires (voir ci-après le
Code européen contre le cancer).
B. Marché commun et alimentation
Dans le secteur de l'agro-alimentaire, la Communauté européenne s'est dotée depuis longtemps de
dispositions protégeant la santé des consommateurs. Par exemple, depuis 1962, ne peuvent être
utilisés, dans la Communauté européenne, que les additifs alimentaires repris dans une liste dûment
agréée par le Conseil de ministres des Communautés européennes, sur proposition de la Commission
des Communautés européennes, après consultation du «comité scientifique de l'alimentation
humaine». Les nouvelles actions suivantes seront lancées à partir de 1987.
Proposition d'action 17: harmonisation de l'étiquetage nutritionnel des produits alimentaires dans la
Communauté européenne
En 1987, la Commission européenne transmettra au Conseil, pour adoption avant la fin de 1989, une
proposition de directive communautaire harmonisant la présentation des informations nutritionnelles
indiquées sur les emballages des produits alimentaires.
Proposition d'action 18: protection des consommateurs contre certains agents alimentaires
À la lumière des conclusions des recherches en cours sur le thème «alimentation et cancer», la
Commission des Communautés européennes pourra être amenée à transmettre au Conseil de
nouvelles propositions visant à renforcer la protection du public contre certains agents susceptibles
d'être cancérigènes (mycotoxines, substances chimiques, etc.).
C. Agriculture et protection des consommateurs
Les agriculteurs, et par voie de conséquence la politique agricole commune, jouent un rôle central dans
toute stratégie qui vise à mieux prendre en compte les préoccupations de nutrition et de santé
exprimées par les consommateurs et le monde médical. Les actions suivantes seront mises en œuvre sur
la période 1987-1989.
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/19
Action 19: aménagement des campagnes existantes d'information sur l'alimentation
À partir de 1987, les campagnes existantes d'information et de publicité en faveur de certaines denrées
seront aménagées pour mieux prendre en compte les derniers enseignements des recherches sur les
liens entre nutrition et santé.
À titre d'exemple, les campagnes de promotion des produits laitiers devraient être mieux adaptées aux
cibles visées. Pour des jeunes enfants, la promotion du lait entier est certainement recommandable. En
revanche, les adultes devraient être orientés, de préférence, et dans la majorité des cas, vers des
produits laitiers à faible contenu en matières grasses.
Action 20: lancement de campagnes d'information en faveur des aliments recommandés
Sur la base des lignes directrices en matière d'alimentation, qui seront établies à partir de 1987, de
nouvelles campagnes d'information et de publicité pourront être organisées en faveur des denrées qui
peuvent avoir des effets bénéfiques sur la santé.
Ainsi, de telles actions pourraient être envisagées en faveur des fruits et des légumes frais. Ces
campagnes atteindront d'autant mieux leurs objectifs qu'elles réussiront à s'intégrer dans un effort
d'ensemble visant à sensibiliser non seulement le grand public, mais aussi les élèves et les enseignants
des écoles et des universités (voir le chapitre 2).
Proposition d'action 21: promotion des denrées alimentaires et des techniques les plus appro-
priées
À la lumière des enseignements les plus récents dans le domaine de la nutrition, la politique agricole
commune s'efforcera de promouvoir les conditions de production et les denrées qui sont jugées les plus
appropriées du point de vue de la santé publique.
Deux types de mesures pourraient être envisagés:
— des changements de législation, par exemple pour adapter les dispositions concernant le beurre.
Ainsi, l'appellation «beurre» est interdite aujourd'hui si celui-ci n'a pas un contenu élevé (au moins
80%) en matières grasses. À l'avenir, il conviendrait que l'on puisse aussi appeler «beurre» du
beurre ayant un plus faible contenu en matières grasses, ce qui est plus adapté à l'alimentation des
adultes. Bien entendu, pour mériter son appellation, ce beurre devra être dérivé exclusivement du
lait,
— la promotion de méthodes de production utilisant à bon escient les techniques actuelles permettant
une moindre utilisation de certains produits chimiques, par exemple pour réduire la concentration
des nitrates et nitrites dans les légumes.
Ces différents exemples ne peuvent être, au stade actuel, que purement illustratifs. Mais ils permettent
d'entrevoir le champ d'action important qui s'ouvre à la politique agricole commune.
D. Échanges d'informations et d'expériences en matière d'alimentation
Des expériences pilotes dans le domaine de la nutrition sont en cours dans certaines localités, en Italie,
aux Pays-Bas et en Suède notamment. Celles-ci impliquent les acteurs concernés au niveau local
(détaillants, industrie de l'agro-alimentaire, consommateurs, écoles). Il s'agit, en particulier, de tester
l'impact de campagnes d'information et d'éducation sanitaire en matière d'alimentation.
Action 22: bilan comparé des expériences pilotes en matière d'alimentation
Ces expériences pilotes seront évaluées à partir de 1987 et les résultats en seront diffusés en temps
opportun. Si cela s'avérait approprié, la Commission des Communautés européennes pourrait
encourager d'autres expériences pilotes dans d'autres régions de la Communauté européenne.
Action 23: échange d'informations sur «alimentation et cancer»
La Commission des Communautés européennes veillera, dès 1987, à ce que soient assurés des
échanges réguliers d'informations sur les résultats des études, recherches, expériences en matière de
«nutrition et cancer», par le biais de colloques et conférences, qui seront aussi ouverts à des experts de
pays n'appartenant pas à la Communauté européenne, et par la diffusion large, mais sélective, des
résultats obtenus.
À l'évidence, ces neuf propositions d'action qui visent à améliorer l'alimentation des Européens à des
fins de prévention du cancer, devront encore être complétées, précisées, ou étendues, au fur et à
mesure que des données nouvelles et fiables seront disponibles. Mais d'ores et déjà, on est en droit de
penser qu'elles constitueront une contribution, modeste mais significative, à la prévention du cancer.
On est de plus assuré qu'elles permettront aussi de mieux prévenir les maladies cardio-
vasculaires.
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/25
III. PROTECTION CONTRE LES AGENTS CANCÉRIGÈNES
1. La diversité des agents cancérigènes
Selon Doll et Peto, le tabac, l'alcool et l'alimentation, pris dans leur ensemble, sont à l'origine de plus
des deux tiers des décès par cancer. Le tiers restant résulte donc des autres facteurs de notre
environnement quotidien, et en particulier de la radioactivité et des rayonnements ultraviolets, des
infections par les virus, et des substances chimiques.
A. Radioactivité et rayonnements ultraviolets
L'accident du réacteur de Tchernobyl a attiré l'attention sur les risques que peuvent faire encourir les
rayonnements ionisants.
Tout humain est constamment exposé à un bain de radiations dues aux rayonnements cosmiques et
aux radioéléments naturels présents dans le sol et dans les aliments. À cette dose d'irradiation
inévitable s'ajoute la dose due aux activités humaines dont l'importance est sensiblement voisine.
L'extraction et le traitement de l'uranium et des autres minerais radioactifs, le fonctionnement des
centrales nucléaires et les rejets de corps radioactifs provenant de celles-ci représentent, en moyenne,
pour la population des pays où l'énergie nucléaire est développée, une dose très inférieure à la dose due
à l'irradiation naturelle.
En effet, 80% de la dose due aux activités humaines est liée à l'usage médical des rayonnements
ionisants, le radiodiagnostic essentiellement. Des efforts continus ont donc été déployés dans ce
secteur pour réduire les doses de radiations d'origine médicale. En particulier, les techniques de
radiodiagnostic ont, ces dernières années, bénéficié de progrès substantiels, ce qui est par exemple le
cas de la mammographie (radio du sein).
À cette irradiation de base est venue s'ajouter celle due aux isotopes radioactifs relâchés dans
l'atmosphère lors de l'accident de Tchernobyl. Dans les pays d'Europe occidentale, celle-ci ne dépasse
pas environ le centième de la dose annuelle due à l'irradiation naturelle. Elle atteint environ le dixième
de l'irradiation naturelle dans les pays d'Europe centrale. À titre de comparaison, on peut indiquer que
l'irradiation due à Tchernobyl en Europe occidentale sera inférieure'au centième de la dose due aux
retombées radioactives liées aux explosions atomiques expérimentales des années 50 et 60. Les
conséquences sanitaires seront vraisemblablement extrêmement limitées. Rappelons que Doll et Peto
ont estimé que moins de un pour cent des cancers étaient dus aux rayonnements ionisants.
Parmi les rayonnements non ionisants, les ultraviolets sont cancérigènes. Ils sont présents dans le
rayonnement solaire. Les rayonnements ultraviolets peuvent causer des cancers de la peau s'ils
irradient la couche germinative de l'épiderme. Ceci s'observe en particulier chez les sujets dont la peau
est très blanche. Les rayons ultraviolets sont alors à l'origine d'une proportion élevée des cancer baso-
et spino-cellulaires de la peau qui sont des cancers faciles à traiter et à guérir. On incrimine également
les rayons ultraviolets du soleil pour les mélanomes malins, cancers très graves, difficiles à traiter, dont
la fréquence s'accroît régulièrement pour certaines populations (Australie, en particulier) dont la peau
est très blanche et qui s'exposent fréquemment au soleil. Les expositions les plus dangereuses sont
celles qui s'effectuent lorsque la peau n'est pas bronzée, donc ne filtre pas les rayons solaires. Pour cette
raison, on déconseille généralement les expositions prolongées et brutales au soleil chez des sujets à la
peau très blanche et l'on recommande, dans ce cas, l'usage de crème filtrant les rayons
ultraviolets.
B. Les virus
Il est désormais scientifiquement prouvé que les virus peuvent jouer un rôle capital dans les
mécanismes intimes de formation des cancers humains, depuis que l'Américain Robert Gallo, et
d'autres chercheurs japonais, ont mis en évidence, au début des années 80, le rôle essentiel du
rétrovirus HTLV (Human T — cell Leukemia Virus) dans l'apparition d'un type donné de leucémie
observée surtout au Japon et dans les Caraïbes. Depuis de nombreuses années, toutefois, un petit
nombre de virus sont suspectés d'être impliqués dans la formation de certains cancers. Un cas bien
connu est celui du virus de l'hépatite B qui pourrait être à l'origine du risque accru de cancers du foie
chez les personnes qui ont été atteintes d'hépatite virale, surtout en Afrique où les aflatoxines semblent
être le cofacteur déterminant.
N° C 50/26 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
Par ailleurs, les travaux de l'Allemand Zur Hausen à Heidelberg ont montré que de nombreuses lésions
génitales sont associées à des virus de la famille des papilloma. Certains d'entre eux pourraient être à
l'origine des cancers du col de l'utérus, en particulier le papilloma-virus 16 qui est retrouvé dans plus de
la moitié de ces cancers. Là aussi, des recherches complémentaires s'imposent à la fois pour mettre en
lumière le rôle de cofacteurs éventuels et peut-être aussi, à terme plus éloigné, pour mettre au point des
vaccins. Dans le court terme toutefois, des mesures simples de prévention dans le domaine de l'hygiène
sexuelle peuvent être recommandées.
C. Substances chimiques
Depuis déjà deux siècles, grâce à sir Percival Pott, on sait que certaines substances chimiques de notre
environnement peuvent causer des cancers humains. Il est non moins remarquable que l'explosion du
nombre de produits chimiques nouveaux, qui a accompagné l'essor de la révolution industrielle depuis
deux siècles, et qui corrélativement a entraîné une exposition accrue des travailleurs et des citoyens à
ces substances, n'ait pas été à l'origine d'une épidémie de cancers. En outre, grâce aux registres du
cancer tenus dan certains pays industriels depuis près de cinquante ans, et aux études épidémiolo-
giques effectuées de par le monde, quelques centaines seulement de produits chimiques, sur les
100 000 environ répertoriés par l'European Inventory of Chemical Substances, se sont avérés à ce jour
cancérigènes. Il faut souligner que la coopération internationale en ce domaine a été des plus
fécondes.
C'est en 1965 que le général de Gaulle, alors président de la République française, a proposé aux
grands pays d'affecter une petite partie de leur budget militaire à la création, sous les auspices de
l'Organisation mondiale de la santé, du Centre international de la recherche sur le cancer (CIRC).
Ajourd'hui installé à Lyon, le CIRC évalue depuis 1971 les risques cancérigènes des substances
chimiques et de certains de leurs mélanges, chez l'homme.
Sur les 107 substances, groupes de produits, ou procédés industriels pour lesquels on disposait
d'études épidémiologiques, 39 se sont révélés cancérigènes chez l'hommes, et 68 autres le sont
probablement (J).
Un nombre croissant des autres substances chimiques, pour lesquelles on ne dispose pas d'études
épidémiologiques suffisantes, font l'objet de test chez l'animal. Selon le CIRC, en septembre 1986,
127 d'entre elles se sont révélées cancérigènes en laboratoire, et à ce titre elles sont suspectées d'être
aussi cancérigènes chez l'homme.
Enfin, il a été constaté qu'une forte proportion des produits chimiques cancérigènes provoquent des
mutations du génome des bactéries ou des cellules animales. Cette constatation revêt une importance
pratique considérable car elle offre une possibilité simple, rapide et efficace pour identifier les
substances mutagènes dont on peut penser qu'elles risquent d'être cancérigènes. Un grand nombre de
substances disponibles sur le marché pourraient ainsi faire l'objet de ce type de test.
À l'évidence, il convient d'accélérer à travers le monde les travaux d'évaluation du caractère mutagène
et cancérigène des substances chimiques. Il convient en outre d'exploiter les résultats déjà acquis pour
déterminer si ces substances peuvent être utilisées, et dans quelles conditions.
(!) H. Vainio, K. Hemminki, J. Wilbourn (CIRC), Data on the Carcinogenicity of Chemicals in the IARC
Monographs, in Carcinogenesis, vol. 6, n° 11, p. 1653, 1985.
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/27
2. Actions prévues de 1987 à 1989
A. Traité Euratom et protection contre les rayonnements ionisants
Le traité Euratom assigne pour tâche majeure à la Communauté européenne de l'énergie atomique
d'«établir des normes de sécurité uniforme pour la protection sanitaire de la population et des
travailleurs et de veiller à leur application». Ces normes de radioactivité maximale ont été fixées pour
la première fois en 1959 et elles ont été modifiées à plusieurs reprises depuis lors. En outre, en 1984,
une directive communautaire a été adoptée afin de protéger les patients contre la radioactivité subie à
l'occasion d'examens ou de traitements médicaux.
Proposition d'action 24: protection contre les radiations ionisantes et suivi de Tchernobyl
Au cours de la période 1987-1989, plusieurs actions sont envisagées, notamment: l'examen des
normes d'émissions radioactives des centrales nucléaires; l'établissement de normes maximales de
contamination des denrées alimentaires; l'élaboration de mesures supplémentaires de protection des
ouvriers des centrales nucléaires.
Par ailleurs, une étude de faisabilité sur l'évaluation des effets de la radioactivité naturelle est envisagée
dans le cadre du programme de recherche sur la radioprotection (voir chapitre 4).
B. Protection des travailleurs et des consommateurs contre les substances chimiques cancérigènes
Depuis 1984, la Commission des Communautés européennes procède à la classification et l'étiquetage
des substances chimiques soupçonnées d'être cancérigènes. Les normes optimales d'utilisation de ces
substances sont ensuite déterminées par la Commission des Communautés européennes, ou par le
Conseil, selon les cas.
La Communauté européenne n'a toutefois pas attendu 1983 pour se doter d'un certain nombre de
directives communautaires de protection des travailleurs contre le chlorure de vinyle monomère
(1978) et contre l'amiante (1983). Pour la protection des consommateurs, d'autres directives ont
interdit la mise sur le marché du chlorure de vinyle monomère utilisé comme agent propulseur dans les
aérosols (1976) et de certains ignifuges utilisés dans les vêtements d'enfants (1979, 1983).
Il convient désormais d'accélérer au plan communautaire les travaux de classification et d'étiquetage
ainsi que l'élaboration des conditions optimales d'utilisation des substances cancérigènes ainsi
classifiées.
Action 25: mise sur pied d'une antenne d'observation et établissement d'une liste des substances
chimiques suspectées d'être cancérigènes
Pour recueillir le plus rapidement possible les données concernant les substances suspectes, la
Commission des Communautés européennes créera en son sein, dès 1987, une antenne d'observa-
tion.
Celle-ci établira les contacts appropriés avec les organisations compétentes, notamment le CIRC, pour
éviter tout double emploi et pour dresser une liste communautaire des substances à examiner, selon le
schéma ci-joint.
Les décisions de classification et d'étiquetage pour l'ensemble des substances chimiques sont prises par
la Commission des Communautés européennes, avec l'aide d'un comité d'experts nationaux. Depuis
1984, ce comité s'est attaqué aux substances suspectées d'être cancérigènes et, à la fin de 1986, une
cinquantaine d'entre elles seulement ont pu être classées et étiquetées avec l'avertissement «peut
provoquer le cancer». Il convient donc d'accélérer le rythme de travail en ce domaine.
Action 2 6: accélération des travaux, au niveau communautaire, et mise sur pied d'un groupe spécial de
classification et d'étiquetage des substances cancérigènes
Amorcée en 1986, l'accélération des travaux d'étiquetage et de classification des substances
cancérigènes sera poursuivie de 1987 à 1989 pour atteindre une cadence minimale de 50 évaluations
par an.
De la sorte, 200 substances environ auront été étudiées avant la fin de 1989. Pour mener à bien ce
travail, un groupe spécial «classification et étiquetage des substances cancérigènes» sera mis en place
au sein de la Commission des Communautés européennes.
Parallèlement, il conviendra que la Communauté européenne prenne les décisions qui s'imposent
quant aux normes optimales d'utilisation de ces substances chimiques cancérigènes ou suspectées de
N° C 50/28 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
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26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/29
l'être, afin d'améliorer la prévention des cancers professionnels et la protection des consommateurs. À
l'évidence, il s'agit là d'une tâche délicate compte tenu des implications économiques qui peuvent
découler de décision d'interdiction ou de fixation de valeurs limites admissibles. Dans ce dernier cas, la
situation se complique du fait que, faute de pouvoir faire des expériences sur l'homme, la
détermination de seuils d'exposition est bien souvent autant un choix politique que scientifique. Il en
résulte en conséquence que les décisions correspondantes doivent être prises après un examen
minutieux, sans toutefois que des délais déraisonnables en résultent.
Proposition d'action 27: adoption des directives de protection des travailleurs en cours de discussion
au Conseil (naphtbylamine, aminodiphényle, nitrodiphényle, benzidine, benzène)
Ces deux propositions de directives sont actuellement examinées par le Conseil en vue de leur adoption
pour la fin de 1987 au plus tard. Elles visent des substances incriminées dans la formation de cancers
de la vessie et de la moelle osseuse (voir le tableau 4).
Proposition d'action 28: nouvelles directives de protection des travailleurs contre les substances
cancérigènes
La Commission des Communautés européennes soumettra au Conseil, dès 1987, d'autres proposi-
tions de directives visant à lutter contre les cancers professionnels. À cette fin, elle partira de la liste
d'une cinquantaine de substances chimiques déjà étiquetées à la fin de 1986 comme pouvant
provoquer le cancer. Elle adoptera une approche par paquet, chaque directive fixant les valeurs limites
pour un groupe donné de substances. Ce travail sera complété au fur et à mesure que de nouvelles
substances seront classifiées et étiquetées.
Proposition d'action 29: amélioration de l'organisation pratique de la prévention des cancers
professionnels dans l'entreprise, y compris l'information des employeurs et des employés
Avant la fin de 1988, la Commission des Communautés européennes formulera des propositions
en cette matière, y compris pour les petites et moyennes entreprises. Dès 1987, elle favori-
sera l'élaboration et la publication d'informations appropriées sur la prévention des cancers
professionnels.
Tableau 4
Exemples d'agents et des procédés cancérigènes et leurs effets sur l'homme
Exemples
AGENTS CANCÉRIGÈNES
Amiante
Aminés aromatiques:
— 4-aminodiphényle et ses sels
— Benzidine et ses sels
— 2-naphtylamine et ses sels
— 4-nitrodiphényle
Benzène
Bis-(chlorométhyl)-éther
(Chlorométhyl)-méthyl-éther
Chlorure de vinyle
Chromate de zinc
Trioxide d'arsenic
PROCÉDÉS CANCÉROGÈNES
Extraction souterraine d'hématite {x)
Industrie d'alcool isopropyle (')
Industrie du cuir (tannage) (')
Raffinage du nickel ( ' )
Localisation des cancers
Poumons, plèvre, péritoine
Vessie
Vessie
Vessie
Vessie
Moelle osseuse
Poumons
Poumons
Foie (angiosarcome)
Poumons
Poumons, peau
Poumons
Nez et sinus nasal
Cavités nasales
Poumons, cavités nasales
(') Le ou les composés spécifiques responsables d'un effet cancérogène chez l'homme n'ont pas encore été
identifiés.
N° C 50/30 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
Proposition d'action 30: nouvelles mesures de protection du public contre les substances
cancérigènes
Enfin, sur la base de la liste actuelle de la cinquantaine de substances déjà classifiées et étiquetées, de
nouvelles propositions définissant les conditions optimales d'utilisation des substances cancérigènes
seront élaborées par la Commission des Communautés européennes, notamment dans le cadre du
quatrième programme de protection de l'environnement (1987-1992).
IV. DÉPISTAGE SYSTÉMATIQUE ET DÉTECTION PRÉCOCE
1. Remarques préliminaires
Dans un monde idéal, qui pourrait être accessible dans un avenir pas trop éloigné, tant les progrès en
ces domaines sont rapides, tous les types de cancer devraient pouvoir être dépistés ou détectés
suffisamment tôt. Dans la réalité présente, toutefois, ceci est loin d'être vérifié: d'une part, aucune
technique fiable n'existe à ce jour pour certaines tumeurs. D'autre part, les considérations
économiques ne peuvent être occultées.
Pour certains organes, comme le colon ou le col de l'utérus, un cancer est bien souvent précédé de
lésions précancéreuses: polypes du colon, que l'on peut voir par colonoscopie, ou cellules
précancérigènes du col de l'utérus, que l'on peut analyser après un frottis vaginal. Leur dépistage
systématique, chez les populations à risque, permet de prévenir la formation d'un cancer par simple
exérèse des parties atteintes par ces lésions.
Pour d'autres organes, le sein surtout, il est possible de diagnostiquer suffisamment tôt une tumeur, ce
qui accroît d'autant les chances de succès des traitements à mettre en œuvre. Les progrès récents de
l'imagerie médicale, en particulier de la mammographie, permettent de détecter de plus en plus tôt de
telles tumeurs.
A. Cancers du col de l'utérus
Certains pays d'Europe et d'Amérique du Nord ont mis en œuvre des programmes de dépistage du
cancer du col de l'utérus depuis les années 40. La méthode utilisée est celle de la lecture d'un frottis
vaginal, encore appelé PAP-test, du nom de son inventeur, le biologiste grec Georges Nicholas
Papanicholaou (1883-1962), qui l'a mis au point dès 1941. Le Centre international de recherche sur le
cancer (CIRC) a organisé en novembre 1984 un atelier d'évaluation des programmes en place (*). La
conclusion de cette enquête comparative est que la protection maximale du cancer du col de l'utérus
dans un dépistage de masse est de 90 % pour la tranche d'âge de 20 à 64 ans, que le test ait été effectué
tous les ans ou tous les trois ans. Cette protection maximale tombe à 80 % si le test est effectué tous les
cinq ans. Compte tenu des situations de départ différentes dans les États membres de la Communauté
européenne, le comité de cancérologues européens estime à ce stade que la règle suivante devrait
assurer une protection raisonnable: «Faites pratiquer un frottis vaginal, à un intervalle régulier de trois
à cinq ans, dès l'âge de 20 à 30 ans».
Toutefois, des observations récentes dans certains pays comme le Danemark et le Royaume-Uni
montrent que la fréquence des cancers invasifs chez les jeunes femmes âgées de 20 à 35 ans est en train
de s'accroître. Cette constatation amène certains cancérologues à penser qu'il pourrait y avoir intérêt à
abaisser l'âge à partir duquel il conviendrait de procéder régulièrement à un frottis vaginal.
B. Cancer du sein
Tumeur la plus fréquente chez la femme, cause d'un quart environ des décès chez les femmes de 35 à 54
ans, selon les travaux du Conseil de l'Europe, le cancer du sein peut être détecté de façon précoce en
ayant recours à plusieurs méthodes. Un médecin généraliste, ou une patiente bien entraînée, peut
déceler manuellement des petites grosseurs d'une dizaine de millimètres de diamètre. Dans plus des
trois quarts des cas ces nodules sont bénins et, lorsqu'ils sont malins, ils peuvent être plus aisément
traités.
0) M. Hakama, J. Chamberlain, N. E. Day, A. B. Miller, P. C. Prorok, Evaluation ofScreening programmes for
gynaecological cancer, in British Journal of Cancer, n° 52, p. 669-673, 1985.
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/31
Quant aux techniques d'imagerie médicale, leur bilan est contrasté. La thermographie ou
l'échographie se sont révélées décevantes dans la mesure où elles se sont avérées à peine plus précises
qu'une palpation bien faite. En revanche, la mammographie a fait des progrès considérables tant du
point de vue de la protection des patientes contre les radiations ionisantes que du point de vue du
diagnostic précoce.
Cet examen radiologique du sein surpasse en effet les méthodes manuelles, puisqu'il permet de déceler
des nodules de quelques millimètres de diamètre seulement. De surcroît, ils permettent en général de
déterminer si la tumeur observée est, ou non, maligne.
Des études effectuées aux États-Unis, en Suède et aux Pays-Bas, sur plusieurs dizaines de milliers de
femmes suivies pendant une dizaine d'année, montrent que la mortalité par cancer du sein chez les
personnes âgées de plus de cinquante ans et ayant bénéficié d'une mammographie tous les deux ans, est
réduite de 30% environ.
Toutefois, compte tenu du manque d'équipement et de personnels spécialisés, qui sont observés dans
la plupart des pays de la Communauté européenne, le recours à des mammographies systématiques
reste un objectif à long terme pour bien des pays. En attendant, le comité des cancérologues européens
estime à ce stade qu'il convient de surveiller les seins régulièrement et de faire procéder, si cela est
possible, à des mammographies après l'âge de 50 ans.
C. Cancer du colon et du rectum
Ces cancers également très fréquents après l'âge de 45 ans sont caractérisés par une mortalité élevée car
ils sont bien souvent diagnostiqués trop tardivement. Un des tests de dépistage systématique, la
recherche de sang occulte dans les selles (hémocuit), permet en principe de façon simple et peu
onéreuse la détection des lésions précancéreuses (25 %) ou des tumeurs (75 %) qui saignent. Dans le
passé, cependant, ce test n'a pas confirmé tous les espoirs qui étaient placés en lui. Mais, de nos jours,
le recours à des tests améliorés semble offrir de meilleures possibilités de dépistage.
Le toucher rectal constitue un autre test qui peut être aisément pratiqué par un médecin généraliste
entraîné. Cette technique d'exploration permet de déceler toute grosseur anormale localisée sur le
rectum ou sur la prostate. Enfin, les techniques d'imagerie médicale, comme la colonoscopie,
permettent d'examiner les parois du rectum et du colon, après préparation minutieuse des patients.
Cet examen, long et délicat, n'est recommandable à titre systématique que chez les sujets à risques qui
ont des antécédents personnels ou familiaux de polype.
D. Autres tumeurs
Pour la plupart des autres tumeurs, notamment celles de la peau (carcinomes ou mélanomes), et des
voies aérodigestives, l'autosurveillance devrait permettre au public de déceler de lui-même toute
modification anormale de l'organisme (grains de beauté qui changent de forme ou qui saignent,
changement persistant de la voix, grosseurs anormales, etc.). Dans de telles situations, il convient de
consulter sans tarder un médecin généraliste.
Enfin, la possibilité d'utiliser les résultats de recherches récentes sur les marqueurs de tumeur et sur les
anticorps monoclonaux qui sont capables d'identifier des types spécifiques de cancers permettent
d'espérer que certaines tumeurs pourront, à l'avenir, être décelées à un stade précoce.
2. Actions prévues de 1987 à 1989
Des programmes de dépistage existent dans plusieurs régions de la Communauté européenne pour les
cancers du sein et du col de l'utérus. Il sera utile de promouvoir les échanges d'informations et
d'expériences entre ces programmes, et de procéder à une évaluation actualisée des nouvelles
méthodes disponibles, en tenant compte des infrastructures et des ressources existant aux niveaux
locaux, régionaux et nationaux, ainsi que des implications financières.
Action 31: promotion de politique de dépistage systématique et de détection précoce des cancers du
sein et du col de l'utérus
Dès 1987, la Commission examinera, avec les services de santé des États membres, les politiques
existantes et les voies et moyens permettant, à horizon raisonnable, de mettre en place dans les États
N° C 50/32 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
membres, une politique de dépistage systématique et de détection précoce des cancers du sein et du col
de l'utérus.
Pour les autres cancers fréquents, comme ceux du colon et du rectum, ou ceux de la prostate, les
politiques suivies ou envisagées par les services de santé des États membres sont très diversifiées. Dans
certains cas, leur validité reste discutée. Pour ces cancers, toutefois, des populations à risque bien
défini peuvent être identifiées et faire ainsi l'objet d'un suivi particulier.
Action 32: évaluation et amélioration des politiques de dépistage systématique et de détection
précoces des autres cancers courants
Dès 1987, la Commission des Communautés européennes favorisera les échanges d'expérience
entre États membres afin d'évaluer l'efficacité des programmes existants en vue d'en améliorer
l'efficacité.
V. «CODE EUROPÉEN CONTRE LE CANCER»
Des développements précédents, il ressort que de nombreux cancers peuvent être évités. À défaut,
certains d'entre eux peuvent être guéris pour peu qu'ils soient détectés suffisamment tôt. Ces
considérations de portée générale demandent naturellement à être précisées et communiquées au
grand public, aux enseignants, aux médecins. Il s'agit là d'une mission fondamentale des pouvoirs
publics à tous les niveaux.
Au plan européen, cependant, il serait utopique d'aller dans le sens d'une trop grande précision, en
particulier dans le domaine de l'alimentation. En effet, les habitudes alimentaires sont parties
intégrantes de la culture d'une collectivité et elles sont très variables de pays à pays, voire de région à
région, ou de ville à ville.
Toutefois, les douze cancérologues de haut niveau, qui ont assisté la Commission des Communautés
européennes dans l'élaboration de ce plan d'action, sont d'avis qu'il est possible, et souhaitable,
d'élaborer au niveau européen un petit nombre de règles compréhensibles et acceptables par tous les
Européens. Ce plus petit commun dénominateur constitue ce qu'il est convenu d'appeler un Code
européen contre le cancer. Il se compose de dix règles simples. À ce titre, la dénomination de «Dix
commandements européens contre le cancer» pourra aussi être utilisée. À ce stade, leur libellé est
provisoire et le texte définitif devrait être arrêté dès le premier semestre de 1987.
VERSION PROVISOIRE DU CODE EUROPÉEN CONTRE LE CANCER
Préambule
Ce code fait partie intégrante du plan d'action 1987-1989 du programme «l'Europe contre le cancer»
qui couvre les domaines de la prévention du cancer, de l'information et l'éducation sanitaire du public,
de la formation au cancer des personnels de santé, et de la recherche sur le cancer.
Des cancers peuvent être évités.
1. Ne fumez pas. Si vous ne pouvez absolument pas vous en empêcher, utilisez alors des cigarettes à
faible teneur en goudron, et n'enfumez pas les autres (1).
2. Modérez votre consommation de boissons alcoolisées.
3. Consommez suffisamment de fruits et de légumes frais.
4. Consommez suffisamment de céréales riches en fibres.
5. Ayez une alimentation pauvre en graisses et évitez l'excès de poids.
6. Évitez autant que possible les expositions brutales, intenses et prolongées au soleil, surtout chez
les enfants, et surtout si vous n'y êtes pas habitués.
(J) Dans les pays où cela s'avère approprié, ce commandement sera complété par «Ne consommez pas de tabac à
chiquer ou à priser».
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/33
Certains cancers peuvent être guéris s'ils sont détectés suffisamment tôt.
7. Faites pratiquer un frottis vaginal, à un intervalle régulier de trois à cinq ans, dès l'âge de
20 à 30 ans.
8. Surveillez votre poitrine régulièrement et, si cela est possible, faites procéder à des mannogra-
phies après l'âge de 50 ans.
9. Consultez un médecin si vous constatez qu'un grain de beauté saigne ou change de forme ou de
couleur.
10. Consultez un médecin si vous constatez une grosseur ou un saignement anormaux, une toux ou
un changement de voix persistant.
Action 33: mise en langage «grand public» du Code européen contre le cancer
En liaison étroite avec des spécialistes en communication, ces dix commandements européens seront
mis en forme médiatique, dans toutes les langues de la Communauté européenne, avant la fin du
premier semestre de 1987. Naturellement, ces commandements européens pourront aussi être
complétés et adaptés aux réalités particulières de chacun des pays et de chacun des Européens.
Ainsi, dans les pays où le vin est une boisson courante, le commandement n° 2 pourra être complété
par une indication précisant la quantité maximale tolérable par jour.
De même, un médecin pourra adapter ces commandements à chacun de ses patients. Par exemple,
pour un fumeur invétéré qui ne peut s'empêcher de fumer, il recommandera des cigarettes à faible
teneur en goudron (moins de 10 mg) et en petit nombre (moins de cinq par jour).
En outre, rien n'empêche un pays d'aller plus loin que les règles précédentes en matière de dépistage
systématique et de détection précoce. Ainsi, la règle du frottis vaginal triennal pourrait être appliquée
dès le début de la vie sexuelle, sans devoir attendre l'âge de vingt ans.
À l'évidence, toute les actions précédentes, qui visent à promouvoir une meilleure prévention, un
dépistage plus systématique et un diagnostic plus précoce du cancer, devront, pour être efficaces,
pouvoir s'appuyer sur une population correctement informée et éduquée, et sur des personnels de
santé bien formés.
CHAPITRE 2
INFORMATION ET ÉDUCATION SANITAIRE DU CANCER
Deux faits saillants se sont imposés avec clarté, aux yeux de toute la communauté des cancérologues,
depuis plusieurs années:
— non seulement la plupart des cancers peuvent être évités,
mais
— nombre de ceux qui n'ont pu l'être peuvent être guéris, pour peu qu'ils soient détectés suffisamment
tôt.
Ces deux faits incontestables sont pourtant largement ignorés du public. Dès qu'il est question du
cancer, l'obscurantisme demeure bien souvent la règle. En conséquence, la quarantaine d'actions
communautaires préconisées en matière de prévention, de dépistage et de détection précoce, ne
pourront trouver leur pleine efficacité que si elles s'appuient sur des campagnes complémentaires
d'information et d'éducation sanitaire des jeunes et des adultes.
Dans plusieurs pays européens, de telles campagnes sont déjà menées, à intervalles plus ou moins
réguliers, par des organismes publics ou par des organisations privées comme les ligues et associations
nationales de lutte contre le cancer. De l'avis unanime des cancérologues européens, ces actions, utiles
et nécessaires, devraient être renforcées et complétées par une campagne européenne.
N° C 50/34 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
Naturellement, cette action européenne ne saurait se substituer aux efforts déployés, ou à déployer, au
plan national. En revanche, elle ne pourra que renforcer l'efficacité des actions nationales en
s'assignant et en atteignant les trois objectifs suivants:
— faire prendre tout d'abord conscience aux jeunes et aux adultes qu'un regroupement européen des
efforts, des ressources, des expériences, reste le meilleur garant de réussite dans la lutte contre le
cancer. Ainsi, les règles élémentaires de prévention du cancer qui ont été cautionnées par le comité
des cancérologues européens devraient avoir une plus grande force de conviction et de persuasion
auprès des Européens,
— réaliser ensuite des économies d'échelle, en évitant d'inutiles et coûteuses duplications d'efforts,
par la mise au point en commun de modules de base d'information et d'éducation sanitaire du
public. Naturellement, ces modules de base pourront ensuite être adaptés à la diversité des cultures
nationales et régionales,
— favoriser enfin les échanges d'expériences entre les différents acteurs concernés au sein des pays
européens, afin de tirer le meilleur parti des succès et des échecs rencontrés, ici et là, en matière
d'information et d'éducation sanitaire du public.
I. INFORMATION DU GRAND PUBLIC
Une campagne européenne d'information devrait avant tout se centrer sur la prévention du cancer,
domaine où la marge d'action des individus est la plus grande, et où les chances de succès paraissent les
plus prometteuses.
Il s'agira de sensibiliser le grand public à la lutte contre le tabagisme, à l'amélioration de la nutrition, à
la lutte contre les agents cancérigènes, au dépistage systématique et à la détection précoce des cancers.
Un des supports privilégiés d'une telle campagne sera naturellement constitué par le Code européen
contre le cancer. L'objectif sera bien sûr de convaincre les Européens d'adapter leurs modes de vie aux
nécessités d'une bonne prévention du cancer et d'entreprendre les examens et tests recommandés pour
détecter suffisamment tôt toute tumeur maligne.
Pour faire passer ce message ambitieux auprès du grand public, il conviendrait d'engager un effort
continu, étalé sur au moins trois années. En effet, selon une analyse effectuée en 1984 par
l'International Advertising Association (IAA) 0)» des grandes campagnes d'information menées de
1981 à 1983 dans la Communauté européenne, il ressort que, dans le meilleur des cas, le message
transrnis n'avait été mémorisé que par:
— 15% de la cible visée à l'issue de la première année,
— 30% de la cible visée à l'issue de la deuxième année,
— 60% de la cible visée à l'issue de la troisième année.
De telles données justifient donc bien le principe d'une campagne pluriannuelle d'information qui
devrait culminer, en 1989, sur une année européenne d'information sur le cancer en matière de
prévention, de dépistage et de traitement. Au préalable, toutefois, il convient de faire l'inventaire du
savoir-faire et des expériences acquises au plan national en matière d'information du public sur la
prévention du cancer.
Action 34: établissement d'un répertoire européen des organismes privés de lutte contre le cancer
Dès le début de 1987, seront identifiés les nombreux acteurs privés qui, à un titre ou à un autre,
pourront contribuer au succès du programme «L'Europe contre le cancer» (ligues et associations
nationales de lutte contre le cancer, comités nationaux de lutte contre le tabagisme, etc.).
Dans certains pays, la situation est facile à appréhender puisqu'il existe une fédération unique. Telle
est la réalité allemande ou néerlandaise. Dans d'autres cas, la fragmentation est la règle, comme en
Belgique par exemple, où l'on dénombre une trentaine d'organisations privées de lutte contre le
cancer.
Ce répertoire européen indiquera aussi les missions accomplies par chacun de ces différents acteurs:
financement privé de la recherche? information et sensibilisation du public à la prévention du cancer?
0) European Community Survey of Public Information Campaign 1981-1983, étude réalisée pour la Commission
des Communautés européennes par l'International Advertising Association, mai 1984.
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/35
accompagnement des malades et de leur famille? À ce dernier titre, il sera aussi utile aux malades qui se
déplacent en Europe et qui sauront ainsi où trouver une aide en cas de besoin.
En outre, les organisations privées, qui sensibilisent déjà le public à la prévention du cancer, joueront
un rôle déterminant dans le succès du programme «L'Europe contre le cancer». En effet, ces acteurs
disposent de moyens d'information parfois considérables, comme des revues mensuelles ou
trimestrielles tirant à des centaines de milliers, voire à des millions d'exemplaires. De plus, ces
organismes possèdent une longue expérience en matière de campagne d'information et de
sensibilisation du public; leurs succès, comme leurs échecs, seront riches d'enseignement.
Action 35: bilan comparé des campagnes d'information, privées ou publiques, sur la prévention du
cancer
Une telle étude comparative sera entreprise le plus tôt possible en 1987.
D'ores et déjà, il semblerait que les campagnes soulignant plutôt les aspects positifs («ne pas fumer
pour avoir une meilleure haleine») (*) obtiennent de meilleurs résultats que les campagnes dénonçant
les facteurs de risque («fumer provoque le cancer du poumon»). Les conclusions dégagées par cette
étude comparative seront bien sûr mises à profit pour concevoir et mettre en forme la campagne
européenne 1987-1989.
1. Actions prévues en 1987
Au cours de sa première année d'exécution, le programme «L'Europe contre le cancer» s'efforcera de
sensibiliser le grand public à la prévention du cancer, sans qu'il soit envisagé d'acheter des
espaces publicitaires dans les grands médias. De ce fait, le budget requis est très minime et évalué à
500 000 Écus.
Action 36: sensibilisation des médias à la prévention du cancer et au programme «L'Europe contre le
cancer»
Dès le début de 1987, une agence de publicité, ayant un département «relations publiques», sera
sélectionnée par appel d'offres, pour sensibiliser les médias de chacun des pays de l'Europe des Douze
au programme européen de lutte contre le cancer.
Cette agence veillera en particulier à ce qu'une bonne couverture de presse soit assurée par les grands
médias à l'occasion de chacun des événements suivants:
— le Conseil des ministres de la santé, le 15 mai 1987, qui devrait approuver les grandes lignes de ce
plan d'action communautaire 1987-1989,
— la publication en septembre 1987 d'un sondage «Eurobaromètre» sur l'attitude des Européens face
au cancer et à sa prévention,
— la diffusion par plusieurs chaînes européennes, à l'automne de 1987, d'une émission de télévision
«grand public» sur la prévention du cancer,
— la tenue, en décembre 1987, d'une grande manifestation anniversaire de la première année de mise
en œuvre du programme «L'Europe contre le cancer», manifestation au cours de laquelle seront
présentées les actions envisagées pour 1988 et 1989.
Chacune de ces occasions sera naturellement saisie pour diffuser le Code européen contre le cancer qui
sera alors disponible en langage «grand public», dans chacune des neuf langues de la Communauté
européenne.
Action 3 7: réalisation d'un sondage «Eurobaromètre» sur les attitudes des Européens face au cancer et
à sa prévention
Sur la base d'un questionnaire élaboré en association étroite avec des cancérologues européens, il sera
procédé en mars et avril 1987 à un sondage auprès des Européens afin de connaître dans quelle
mesure, et sous quels aspects, ils se sentent concernés par le cancer et sa prévention.
(') Le slogan «Kiss a non-smoker and see the différence» utilisé dans certains pays anglo-saxons («Embrassez un
non-fumeur et jugez la différence») aurait eu un impact important, surtout chez les jeunes.
N° C 50/36 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
Cette enquête sera menée par des instituts spécialisés, pour le compte de la Commission, dans le cadre
des traditionnels «Eurobaromètre», sondages qui sont effectués deux fois par an, depuis 1974, auprès
d'échantillons représentatifs de la population de chacun des douze pays de la Communauté
européenne. Au total, près de 12 000 personnes âgées de quinze ans ou plus seront oralement
interrogées à domicile, en particulier pour tester leur connaissance du Code européen contre le
cancer.
Les résultats bruts de cette enquête originale devraient être disponibles au début de juin et le rapport de
synthèse au début de septembre 1987. Vu l'importance du sujet, et la nouveauté d'une telle
comparaison internationale, il est vraisemblable que les résultats obtenus seront exploités et
commentés par les milieux scientifiques et médicaux, les organisations privées de lutte contre le
cancer, la presse, la radio et la télévision, ce qui devrait permettre simultanément une large diffusion
des messages de prévention du cancer.
Les membres du comité des cancérologues européens, et les représentants des ligues et associations
nationales contre le cancer pourraient aussi contribuer à amplifier le message, en partici-
pant aux conférences de presse organisées lors de la publication des résultats de ce sondage
«Eurobaromètre».
Action 38: contribution au financement d'émissions de télévision «grand public» sur la prévention du
cancer
La Communauté européenne financera en partie une émission européenne de télévision sur le thème
«mode de vie et cancer», ce programme devant être diffusé par plusieurs chaînes européennes à
l'automne de 1987.
Une émission de télévision «grand public» est, en effet, un instrument privilégié pour faire passer
auprès des Européens le message de la prévention du cancer. Il s'agira en particulier d'illustrer de façon
plaisante et sereine que la grande diversité des habitudes alimentaires et des modes de vie en Europe,
aux plans tant national que régional, peut être associée à une variabilité non moins grande dans la
fréquence des cancers.
En outre, pour mieux prendre en compte la diversité des cultures nationales, il est envisagé d'adopter
une démarche analogue à celle qui fut suivie en 1986 pour la production de l'émission «The Origins of
Man» (Les origines de l'humanité). Ainsi, à partir d'un plan commun élaboré par les huit pays
impliqués, et d'un corpus d'images identiques, le montage final s'est fait dans les studios de la BBC à
Londres, avec des présentateurs de chacun des pays participants, ce qui réglait les problèmes de
langues et permettait de respecter les différences culturelles. Une telle approche, qui permet en outre de
réaliser de substantielles économies, sera privilégiée par la Commission des Communautés
européennes.
Action 39: diffusion du Code européen contre le cancer à l'occasion des manifestations sportives et
culturelles parrainées par la Communauté européenne
À partir de 1987, la Commission des Communautés européennes veillera à ce que les actions qui
s'insèrent dans le cadre habituel de sa politique d'information servent de support à la diffusion du Code
européen contre le cancer.
En particulier, les manifestations sportives à caractère européen, comme la course cycliste du Tour de
l'avenir de la Communauté européenne, constituent un terrain des plus favorables à la communication
au grand public de messages de prévention du cancer. En effet, le thème «sport et prévention du
cancer» est non seulement des plus pertinents, tout sportif de bon niveau respectant au moins les trois
premiers commandements européens: «ne fumez pas, modérez votre consommation d'alcool, évitez
les excès de poids», mais il est aussi particulièrement porteur auprès de jeunes.
En outre, les concerts exceptionnels qui seront donnés en 1987 dans plusieurs villes européennes, pour
célébrer le trentième anniversaire de la signature du traité de Rome, seront aussi mis à profit pour
informer le public sur le programme «L'Europe contre le cancer» et pour diffuser le Code européen
contre le cancer. Les fonds rassemblés à cette occasion seront pour l'essentiel reversés à des
organisations qui œuvrent aussi à la prévention du cancer.
Action 40: manifestation anniversaire de la première année de mise en œuvre du programme
«L'Europe contre le cancer»
En décembre 1987, et si possible lorsque les chefs d'État et de gouvernement se réuniront en conseil
européen à Copenhague, une manifestation empreinte d'une certaine solemnité marquera le premier
anniversaire du programme «L'Europe contre le cancer» et permettra d'annoncer officiellement les
actions prévues pour 1988 et 1989.
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/37
Action 41: préparation des actions à mener en 1989, «année européenne de l'information sur le
cancer»
Dès le second semestre de 1987, la Commission des Communautés européennes amorcera la
préparation des actions à mener à partir de 1988 en se concentrant surtout sur la campagne
d'information qui consacrera 1989 «année européenne de l'information sur le cancer» dans le domaine
de la prévention, du diagnostic et du traitement. Cette préparation se fera avec l'aide d'une agence de
publicité et de relations publiques, en étroite liaison avec les organisations privées de lutte contre le
cancer, et en mobilisant la vingtaine de bureaux de presse et d'information de la Commission des
Communautés européennes qui sont disséminés à travers l'Europe des Douze.
2. Propositions d'actions pour 1988
Avec les actions menées en 1987, une petite partie seulement de l'opinion publique européenne aura
été, à trois ou quatre reprises au moins, sensibilisée par les médias aux commandements européens de
prévention du cancer. Mais, si l'on en croit les professionnels de la communication, moins d'un sizième
des Européens touchés auront retenu ce message de prévention.
Pour conforter et élargir les résultats acquis, il conviendrait de renforcer en 1988 la campagne
d'information et de sensibilisation amorcée en 1987. À cette fin, et sur la base des recommandations
des spécialistes de la communication et des cancérologues européens, la Commission des Commu-
nautés européennes préconise que, en 1988, soit organisée une semaine européenne contre le cancer.
Au cours de celle-ci, les commandements européens de prévention feraient l'objet d'un test de diffusion
par tous les moyens adaptés possibles, y compris par l'achat d'espaces publicitaires dans la presse, à la
radio et à la télévision.
Selon les évaluations fournies par l'étude précitée de l'IAA, et compte tenu du fait que des tarifs
préférentiels devraient pouvoir être négociés, vu l'intérêt particulier du message à diffuser, cette
campagne européenne «multimédia» devrait voir ses coûts contenus dans une enveloppe de 7 millions
d'Écus. À cette somme s'ajouteront naturellement les frais des actions d'encadrement de cette semaine
européenne qui devraient s'élever à 1,5 million d'Ecus environ.
Proposition d'action 42: organisation d'une semaine européenne contre le cancer, servant de test à la
campagne à mener en 1989, année européenne de l'information sur le cancer
Cette semaine européenne, qui pourrait se dérouler au début du mois de juin ou du mois de septembre,
sera le point d'orgue de la campagne 1988 de prévention du cancer. Elle visera à préparer 1989, année
européenne de l'information sur le cancer, en testant les messages de prévention à diffuser.
Des espaces publicitaires dans la presse, la radio et la télévision seront achetés pour diffuser les
principaux commandements européens de prévention du cancer. La mise en forme médiatique des
messages sera effectuée par l'agence de publicité et de relations publiques qui assistera la Commission.
À l'évidence, ces messages pourront être modulés et adaptés à chacune des populations visées.
Cette action médiatique sera simultanément accompagnée d'une campagne de relations publiques
comportant des émissions de radio et de télévision, si possible en Eurovision, ainsi que des articles de
fond et des comptes rendus d'événements liés à cette semaine européenne contre le cancer.
Les organisations publiques et privées de lutte contre le cancer seront étroitement associées à la
préparation et à la mise en oeuvre de cette semaine d'action. En outre, les organisations privées
pourront, au cours de cette période de sensibilisation du public, procéder à des récoltes de fonds, si
cela correspond à leur vocation.
Enfin, il va de soi que, pour trouver son plein effet, cette semaine européenne sera encadrée tout au
long de l'année 1988 par diverses actions d'information et de sensibilisation du public.
Proposition d'action 43: amplification en 1988 des actions d'information et de sensibilisation à la
prévention du cancer menées en 1987
Dans un souci tant de continuité que d'efficacité, les actions menées en 1987 devraient être reconduites
en 1988. Ainsi:
— des sondages «Eurobaromètre» de contrôle seront effectués en mars et avril, et en septembre et
octobre 1988, pour juger de l'impact des campagnes d'action menées en 1987 et 1988,
N° C 50/38 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
— un sondage «Eurobaromètre» sur les attitudes des médecins généralistes face au cancer, à sa
prévention, et à son traitement, complémenteront en mars et avril 1988 l'Eurobaromètre de 1987.
Les résultats obtenus, qui seront largement diffusés dans la presse médicale, permettront
de préciser la stratégie à suivre en matière de formation des médecins de famille (voir le
chapitre 3),
— des aides financières seront allouées à des émissions européennes de télévision sensibilisant le
grand public à la prévention du cancer,
— le Code européen contre le cancer sera diffusé lors des manifestations culturelles et sportives
parrainées par la Communauté européenne,
— une grande manifestation annoncera à la fin de 1988 l'ouverture de l'année européenne de
l'information sur le cancer dans les domaines de la prévention, du diagnostic et du
traitement.
3. Propositions concernant l'année européenne de l'information sur le cancer (1989)
Amorcée en 1987 et consolidée en 1988, la campagne européenne de prévention du cancer devrait
culminer en 1989 sur une année européenne de l'information sur le cancer. Cette suggestion du comité
européen des cancérologues a été soutenue par la Commission des Communautés européennes en
juillet 1986 et le principe en a été décidé en décembre 1986 au conseil européen qui s'est tenu à
Londres. Les grandes lignes de cette action devraient être arrêtées lors de la session de mai 1987 du
Conseil des ministres de la santé de la Communauté européenne. Le coût de cette année européenne ne
devrait pas dépasser 12,5 millions d'Écus.
Les actions à mener en 1989 s'inspireraient naturellement des tests qui ont été fait en 1987 et 1988
pour sensibiliser directement le grand public. Elles seraient en outre complétées par des actions auprès
des personnels de santé et des enseignants qui pourront aussi relayer efficacement le message de
prévention du cancer auprès des jeunes et des adultes.
Proposition d'action 44: sensibilisation des enseignants et des personnels de santé à la diffusion des
commandements européens de prévention du cancer
Une telle action aura été largement préparée, en 1987 et 1988, dans le cadre du volet «éducation
sanitaire» et du volet «formation des personnels de santé du programme "L'Europe contre le cancer"»
(voir ci-après).
Pour atteindre ces acteurs clefs d'une stratégie cohérente et efficace de prévention du cancer, les
supports suivants pourront être utilisés: publication de lettres d'informations claires et accessibles;
diffusion d'affichettes sur le Code européen contre le cancer; mise à disposition de matériel
pédagogique attrayant et performant, etc.
Proposition d'action 45: organisation en 1989 d'une campagne médiatique destinée au grand public:
«Les douze jours des Douze contre le cancer»
Cette action amplifierait, en l'améliorant, le test de la semaine européenne de 1988. Son programme
définitif sera préparé et mis en œuvre en s'appuyant sur l'agence de publicité et relation publique qui
assistera la Commission des Communautés européennes, et en étroite collaboration avec les
organisations publiques et privées de lutte contre le cancer.
Proposition d'action 46: amplification en 1989 des actions d'information et de sensibilisation à la
prévention du cancer menées en 1987 et 1988
L'expérience acquise en 1987 et 1988 sera mise à profit au cours de l'année européenne de
l'information sur le cancer pour amplifier et compléter les actions ayant intéressé les médias et le grand
public au cours des deux années précédentes.
II. ÉDUCATION SANITAIRE
Informer et sensibiliser le grand public est une chose. Lui faire changer son comportement en est une
autre. Or, la prévention du cancer exige que nombre d'habitudes acquises, par expérience personnelle
ou par tradition culturelle, soient modifiées voire abandonnées. À l'évidence, de telles transformations
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/39
ne se produiront pas sous les seuls effets de la campagne européenne ou des campagnes nationales
d'information menées de 1987 à 1989. Rien n'est en effet plus difficile à modifier que les
comportements sociaux.
Affaire de persévérance et de ténacité, une telle action devra s'inscrire dans la durée, en sachant que ses
chances de succès sont d'autant plus faibles qu'elle aura commencé tard dans la vie d'un individu. C'est
pourquoi il importe de sensibiliser les Européens, dès leur plus jeune âge, par des cours d'éducation
sanitaire. Une telle tâche relève avant tout de la responsabilité des enseignants et de leur autorité de
tutelle, locale, régionale ou nationale. La Communauté européenne pourra toutefois apporter une
contribution significative si elle atteint les trois objectifs explicités en introduction à ce deuxième
chapitre (diffusion des commandements européens de prévention; réalisation d'économies d'échelle;
promotion des échanges d'expériences).
Action 47: établissement d'un bilan comparé des programmes d'éducation sanitaire dans les
établissements d'enseignement en Europe
Dès 1987, il sera procédé à un diagnostic comparé des programmes d'éducation sanitaire enseignés
dans les écoles d'Europe, en se centrant sur la dimension de la prévention du cancer.
Proposition d'action 48: élaboration de propositions d'amélioration des programmes d'éducation
sanitaire en Europe
En 1988, et sur la base des résultats de l'enquête précédente, la Commission des Communautés
européennes soumettra au Conseil des propositions visant à améliorer l'éducation sanitaire des jeunes
Européens.
En outre, il sera aussi procédé à une évaluation de la documentation et des matériels pédagogiques
disponibles (manuels, logiciels, jeux et vidéo-cassettes).
Proposition d'action 49: mise à disposition de matériel pédagogique d'éducation sanitaire
À partir de 1988, et surtout en 1989, à l'occasion de l'année européenne de l'information sur le cancer,
la Communauté européenne contribuera à la traduction et à la diffusion des matériels pédagogiques
jugés les plus appropriés.
Enfin, avec l'essor de la télévision, l'éducation sanitaire ne s'adresse plus seulement aux jeunes mais
elle est désormais aussi accessible aux adultes. Certaines chaînes de télévision, britanniques et
néerlandaises notamment, disposent en ce domaine d'une expérience fort intéressante. Il s'agit, d'une
part, de programmes plus spécialement centrés sur les commandements européens visant le dépistage
systématique et la détection précoce des cancers courants et, d'autre part, d'émissions destinées aux
malades et à leur famille, et consacrées aux méthodes de traitement et d'accompagnement de la
maladie.
Proposition d'action 50: contribution au financement d'émissions télévisuelles d'éducation sanitaire
sur la prévention et le traitement du cancer
À compter de 1988, la Commission des Communautés encouragera l'élaboration de programmes
télévisés d'éducation sanitaire, selon les modalités esquissées à l'action 38.
Au total, à travers cette campagne européenne d'information et d'éducation sanitaire à la prévention
du cancer, il serait démontré que douze pays, neuf langues, et au minimum autant de cultures
différentes, peuvent former une communauté vivante, proche des préoccupations directes de chacun
de ses membres. L'Europe des citoyens aurait ainsi acquis une valeur exemplaire.
CHAPITRE 3
FORMATION DES PERSONNELS DE SANTÉ
I. FORMATION ET LUTTE CONTRE LE CANCER
Dans la lutte contre le cancer, les personnels de santé ont un rôle décisif à jouer, qu'il s'agisse des
médecins généralistes, des spécialistes ou des infirmières. Pourtant, de l'avis général des cancérologues
européens, la situation actuelle en Europe devrait être améliorée. D'un côté, certaines pénuries
N° C 50/40 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
spécifiques de personnels de santé (infirmières et spécialistes) se font cruellement sentir dans le
domaine du traitement. D'un autre côté, les programmes de formation de ces personnels ne sont pas
toujours bien adaptés aux nécessités du moment, comme le montre la brève revue suivante.
1. Médecins généralistes
Dans la lutte contre le cancer, les médecins généralistes jouent un rôle de premier plan. En effet, la
confiance qui leur est spontanément accordée, les contacts continus qu'ils nouent avec leurs patients
font des médecins de famille une pierre angulaire de toute politique de prévention, de dépistage
systématique, et de détection précoce des cancers. Leur formation en ces différents domaines est donc
décisive et il est important qu'ils se dotent, au cours de leurs études, de:
— connaissances générales sur la diversité des cancers, sur leurs caractéristiques essentielles, et sur la
façon la plus appropriée de les combattre: prévention, dépistage ou traitement. Ainsi, pour
certaines tumeurs, c'est la prévention qui doit être soulignée (par exemple, ne pas fumer pour éviter
les cancers du poumon); pour d'autres, c'est le dépistage systématique qui est la meilleure solution
(pour le cancer du col de l'utérus, par exemple); enfin, pour d'autres tumeurs comme les cancers
des testicules, c'est le traitement qui demeure la dimension essentielle, d'autant plus qu'ils peuvent
être guéris dans la plupart des cas,
— connaissances appropriées sur les cancers les plus fréquents qu'un généraliste est amené à
rencontrer couramment dans l'exercice de ses fonctions,
— connaissances précises sur les mesures préventives les plus courantes à recommander à leurs
patients,
— connaissances pratiques, tant pour effectuer un simple frottis vaginal que pour mettre en oeuvre les
méthodes manuelles simples de détection précoce de certaines tumeurs, qu'il s'agisse de palpation
des seins ou d'examen vaginal et rectal,
— connaissances suffisantes sur les populations à haut risque de cancer et sur les techniques de
dépistage systématique qui sont disponibles en laboratoire ou en hôpital. Une ignorance de ces
données serait détrimentale à la santé des patients. À l'opposé, la méconnaissance des conditions
optimales de recours à ces examens peut être fort coûteuse à la société, si elle se traduit par une
inflation inopportune de prescriptions,
— connaissances générales sur les possibilités actuelles de traitement et sur les succès considérables
déjà remportés dans la luttte contre le cancer. L'ignorance de ces données est à l'origine du tabou
qui empêche nombre de médecins de discuter ouvertement de la maladie avec leur patient. Mal
informé, le malade risque d'adopter des comportements inadéquats qui retardent le traitement et
compromettent le succès.
Pour améliorer la situation actuelle sur tous ces plans, il conviendrait d'accroître le nombre et la qualité
des enseignants ou de réduire le nombre des étudiants, de mettre à jour le contenu des programmes et
de recourir à des matériels pédagogiques modernes, notamment des supports audiovisuels et des
mannequins adaptés à l'enseignement des méthodes manuelles de dépistage systématique et de
détection précoce. Enfin, les programmes universitaires devraient aussi tenir compte du fait que, de
plus en plus souvent, le médecin de famille est appelé à jouer un rôle actif dans le traitement à domicile
de malades atteints de certains types de cancers.
L'époque actuelle est particulièrement bien choisie pour prendre en compte ces différentes
observations, puisque les pays de l'Europe des Douze sont en train de revoir leurs dispositions
nationales pour s'adapter à la directive adoptée le 15 septembre 1986 par le Conseil des Communautés
européennes. En vertu de celle-ci, les États membres devront, en 1990 au plus tard, dispenser deux
années au minimum de formation spécifique pour les médecins généralistes, en plus des six années au
minimum de tronc commun obligatoire pour l'ensemble des études médicales, conformément à la
directive communautaire de 1975.
2. Spécialistes et oncologistes
(NB: l'appellation «oncologiste» de la racine grecque: oncos- tumeur est généralement préférée à
celle, synonyme, de «cancérologue» de la racine latine: cancro = crabe).
Au cours des vingt dernières années, des mutations fondamentales ont bouleversé les techniques de
traitement du cancer: progrès de la chimiothérapie à la fin des années 60; succès de la chirurgie
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/41
conservatrice à partir de 1973; apparition de traitements intégrés au début des années 70. Avec ces
derniers, le recours à la chirurgie peut fréquemment être réduit en combinant de façon appropriée les
trois principales thérapeutiques actuelles: la chirurgie, la chimiothérapie, la radiothérapie. Ces
techniques, et leur combinaison optimale, devraient donc être désormais connues par tous les
spécialistes appelés à soigner des cancers. Par une bonne maîtrise de ces développements récents de la
science, certaines amputations ou ablations pourraient être évitées, en partie ou en totalité, par
recours à la chimio- et/ou à la radiothérapie.
Par ailleurs, pour certains cancers évolutifs, la réalisation d'emblée d'un acte chirurgical peut être
préjudiciable au malade. Dans ces cas, il convient le plus souvent de faire appel à une autre stratégie
thérapeutique impliquant la chimio- ou la radiothérapie.
Pour faire face à cette évolution incessante des techniques, qui nécessitent une approche concertée
entre spécialistes de plusieurs disciplines, un nombre croissant de pays ont créé des centres
anticancéreux dans lesquels les personnels de santé se consacrent à temps plein au traitement des
cancers. Ces oncologistes ont d'ailleurs bien souvent reçu, au sein même de ces centres anticancéreux,
une formation spécialisée et multidisciplinaire qui leur permet de dialoguer avec leurs confrères pour
mettre au point le protocole thérapeutique le plus adapté. Une telle approche, qui a déjà fait ses
preuves dans plusieurs établissements hospitaliers en Europe, devrait être évaluée en vue de son
extension éventuelle.
3. Infirmières
De tous les personnels de santé, ce sont les infirmières qui sont le plus fréquemment en contact avec les
malades. À ce titre, elles jouent un rôle important dans la lutte contre le cancer, dans le domaine du
traitement en particulier. Dans la Communauté européenne, aujourd'hui, la formation de base des
infirmières non spécialisées est harmonisée par une directive communautaire de 1977 qui impose une
période minimale de formation de trois ans.
Or, depuis plusieurs années, la plupart des pays européens doivent faire face à une pénurie
d'infirmières formées au traitement des cancéreux, à domicile ou en hôpital. En outre, le maniement
délicat et dangereux de certains traitements anticancers nécessitent, dans l'intérêt même des
infirmières, des connaissances de base sur les précautions à prendre. Là aussi, un effort particulier de
formation s'impose, d'autant plus que les contenus des programmes doivent s'adapter aux
changements répétés qui sont enregistrés dans le domaine thérapeutique. Il convient enfin de mieux
prendre en compte les besoins de formation des infirmières qui se spécialisent dans les soins à apporter
aux malades en phase terminale.
II. PROPOSITIONS D'ACTIONS 1987-1989
L'adaptation et l'amélioration de la formation des personnels de santé imposent que des efforts soient
déployés aux plans national et régional, et au niveau des facultés de médecine. La Communauté
européenne a, elle aussi, une contribution à apporter, modeste, mais significative, dans les trois
domaines suivants: échanges d'expériences, échanges d'étudiants, élaboration de contenus minimaux
de formation.
Ce troisième volet trouve une première justification dans la nécessité d'assurer la libre circulation des
personnels de santé et leur liberté d'établissement dans les pays de la Communauté européenne. En
outre, des contenus minimaux de formation des personnels de santé garantissent aux Européens qui se
déplacent dans la Communauté européenne la meilleure qualité possible de soin, que ces déplacements
soient professionnels ou touristiques. Sur toutes ces questions, la Commission des Communautés
européennes est assistée par trois comités consultatifs compétents pour la formation des médecins, des
dentistes, des infirmières. Chacune de ces instances a créé un groupe de travail «formation au cancer»
pour assister les services de la Commission des Communautés européennes dans l'élaboration et le
suivi du plan d'action 1987-1989 esquissé ci-après.
1. Contenu minimal des programmes de formation en université
En matière de formation au cancer, il existe une diversité considérable entre pays européens, et parfois
même entre régions d'un même Etat. Certains pays ont déjà fait, ou sont en train de faire, des efforts
N° C 50/42 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
importants pour adopter une approche programmée et intégrée de l'éducation au cancer dès le début
des études médicales. À cet effet, ils ont créé des chaires d'oncologie. Dans ce système, un accent
particulier est mis sur la nécessité d'une approche multidisciplinaire.
Dans d'autres pays, la formation au cancer est éclatée et répartie à travers l'ensemble du cursus
médical, parfois sans coordination adéquate. De l'avis général des cancérologues européens une telle
situation n'est plus appropriée. Ce point de vue n'est toutefois pas encore perçu ou partagé par
l'ensemble des enseignants ou des médecins. Un diagnostic comparé des systèmes éducatifs en place
s'impose donc.
Action 51: diagnostic comparé des systèmes de formation en universités des personnels de santé
Dès 1987, la Commission des Communautés européennes fera effectuer des études comparatives sur
l'enseignement au cancer dispensé à chacun des niveaux d'enseignement médical: études médicales de
base, formation spécifique des médecins généralistes, des spécialistes, des oncologistes, des
infirmières.
Les experts, qui ont été choisis par les groupes de travail «formation au cancer» ('), remettront leur
rapport à l'automne 1987 pour examen par les comités consultatifs. Ces études comparatives serviront
de base à une action éventuelle de la Communauté européenne sur les contenus minimaux des
programmes de formation au cancer. À cette fin, les experts chargés de procéder au diagnostic
comparé des systèmes éducatifs en place testeront les difficultés éventuelles de mise en oeuvre des
recommandations formulées en 1986 par le comité des cancérologues de haut niveau qui a été nommé
auprès de la Commission des Communautés européennes:
«Étudiant»: les États membres devraient avoir un professeur de cancérologie dans tous les centres
d'enseignement médical qui offrent un programme étendu de cours allant de l'épidémiologie et des
principes de prévention à la détection précoce, aux traitements et aux soins terminaux. Le programme
devrait consister en un minimum de trente heures d'enseignement et être axé sur les dix principaux sites
de tumeur. Enfin, un examen de cancérologie devrait être prévu dans tous les programmes des écoles
de médecine.
«Médecins généralistes»: ils constituent un groupe prioritaire pour la formation au cancer. En outre,
ils devraient être encouragés à suivre un programme de formation continue. Enfin, une lettre ou un
bulletin d'information périodique devrait être envisagé au niveau national.
«Oncologistes»: chaque État membre devrait reconnaître la spécialité de Poncologie (2). Il convien-
drait d'harmoniser la formation de ces spécialistes entre les États membres. Une attention particulière
devrait être accordée à la formation et à la reconnaissance des spécialistes qui s'intéressent surtout à
certaines formes spécifiques de cancers. Il faudrait élaborer un programme communautaire
d'éducation et de formation continue en cancérologie et encourager les initiatives pour la mise au point
de programmes destinés aux oncologistes.
En tout état de cause, les évolutions récentes qui ont bouleversé, et bouleversent encore, le paysage de
la cancérologie, de la prévention au traitement, modifieront aussi la mission et le rôle des personnels de
santé en matière de lutte contre le cancer. Les systèmes éducatifs deuront s'adapter en amont. D'ores et
déjà, les grandes lignes suivantes peuvent être esquissées:
— les études médicales de base devraient permettre aux étudiants de mieux comprendre ces
changements récents et de mieux être informés et formés,
— la formation initiale des médecins généralistes devra leur permettre de faire face aux demandes
émanant d'un public de mieux en mieux informé, de plus en plus désireux de bénéficier d'un
dépistage systématique et d'une détection précoce des cancers, et qui aspirent à un suivi médical
compétent lorsqu'il a eu à subir un traitement spécialisé,
— la formation initiale des spécialistes, y compris des oncologistes, devra leur permettre de mieux
maîtriser les techniques de traitement intégré et de chirurgie conservatrice dans l'intérêt même des
malades.
(') Prof, de Moura (Portugal) pour l'éducation médicale de base; Prof. Larra (France) pour la formation initiale
des médecins généralistes; Dr Costa (Italie) pour la formation des oncologistes; Dr Lister (Royaume-Uni) pour
la formation des autres spécialistes et pour le rapport de synthèse.
(2) Cette spécialisation pourrait distinguer trois catégories: oncologie médicale (en chimiothérapie notamment),
radiothérapie, oncologie chirurgicale.
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/43
Il va de soi que le comité consultatif de la formation des médecins et les experts chargés de procéder au
diagnostic comparé.des systèmes éducatifs en place devront simultanément tester les difficultés
éventuelles de mise en œuvre de ces différentes recommandations afin d'éclairer l'action communau-
taire dans ce domaine.
En 1987, également, le comité consultatif de la formation des infirmières adoptera une approche
similaire, en s'appuyant sur un groupe de travail spécialisé dans la formation au cancer. Le comité
consultatif de la formation des dentistes sera lui aussi consulté à partir de 1987.
Proposition d'action 52: formulation de propositions d'amélioration de l'organisation des études
dans le domaine du cancer (études de base, médecins généralistes, spécialistes, oncologistes,
infirmiers)
En 1988 et 1989, la Commission des Communautés européennes soumettra au Conseil, le cas
échéant, des propositions d'amélioration de la formation au cancer des personnels de santé, sur la base
des conclusions des travaux précédents, après consultation des comités consultatifs existants.
2. Mobilité des étudiants
De l'avis des cancérologues européens, il serait opportun que les étudiants européens puissent effectuer
une partie de leur formation au cancer dans un autre pays membre de la Communauté européenne, en
particulier chez ceux qui disposent d'une expérience et d'infrastructures appropriées. Une telle action
trouvera naturellement sa place dans le cadre du programme communautaire de mobilité des étudiants
(Erasmus) qui pourra allouer des bourses «Erasmus», d'un montant moyen de 2 000 Écus, à des
étudiants qui effectuent une période d'étude reconnue, de six à neuf mois, dans un établissement
universitaire d'un autre État membre.
En outre, pour acquérir l'état d'esprit de multidisciplinarité qui est indispensable au bon traitement des
cancers, les étudiants en spécialité devront avoir la possibilité de faire des stages hospitaliers dans les
autres disciplines. Dans le même esprit, il pourrait être intéressant pour certains étudiants d'effectuer
des stages dans des entreprises spécialisées dans la production des matériels et des médicaments utilisés
pour traiter les cancers (fabricants de matériel chirurgical, d'appareil de radiothérapie, laboratoires
pharmaceutiques ).
De telles possibilités peuvent déjà être mobilisées dans le cadre du programme COMETT de la
Communauté européenne. Celui-ci accorde des bourses d'un montant moyen de 4 000 Écus, sur une
base annuelle, à des étudiants désireux de faire un stage dans une entreprise d'un autre pays de la
Communauté européenne.
Action 53: stimulation de la mobilité des étudiants en médecine et des étudiants infirmiers
Dès 1987, des bourses COMETT seront attribuées à des étudiants en oncologie pour leur permettre de
faire un stage dans une entreprise spécialisée d'un autre pays de la Communauté européenne. Dès son
adoption par le Conseil, le programme Erasmus sera aussi ouvert aux étudiants en médecine et aux
étudiants infirmiers qui effectuent une période d'étude en oncologie dans un autre pays de la
Communauté européenne, pourvu que cette période soit pleinement reconnue par l'université
d'origine.
3. Mise au point en commun et échange de matériels pédagogiques
De l'avis du groupe de travail «formation au cancer des médecins», la jeunesse des programmes
d'enseignement et de formation au cancer, et la rapidité des changements qui affectent ce domaine,
font que les supports audiovisuels utilisés sont bien souvent le fait d'initiatives individuelles qui
mériteraient d'être diffusées et mises à la disposition d'autres facultés de médecine. En outre, pour
apprendre aux futurs médecins généralistes à maîtriser les techniques manuelles de détection précoce
de certains cancers (palpation des seins, examen vaginal ou rectal), il conviendrait de disposer de
maquettes adaptées dont les caractéristiques pourraient être définies en commun. Dans ces deux
domaines, la Communauté européenne pourra favoriser les échanges d'expérience.
N° C 50/44 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
Proposition d'action 54: mise au point en commun de matériels pédagogiques et tests de ceux-ci dans
les facultés de médecine à l'occasion de l'année européenne de l'information sur le cancer
Dès 1987, et sur la base des recommandations du groupe de travail «formation au cancer des
médecins», la Commission des Communautés européennes favorisera les échanges d'expérience dans
le domaine des matériels pédagogiques. En 1989, à l'occasion de l'année européenne contre le cancer,
certains des matériels ainsi élaborés seront mis à la disposition des facultés de médecine pour être
testés.
4. Échanges d'expériences en matière de formation continue
La formation continue au cancer revêt une importance primordiale pour toutes les catégories de
personnels de santé. Cette nécessité est désormais bien perçue, surtout de la part des personnes qui ont
reçu une formation initiale, élémentaire ou avancée, en oncologie. Mais bien des médecins de famille,
bien des infirmières à domicile n'ont jamais eu de formation de base en oncologie au cours de leurs
études. Le problème crucial est de motiver ces personnels de santé,-surtout les plus âgés, pour qu'ils
s'efforcent d'acquérir les connaissances de base en les renouvelant régulièrement au cours de leur vie
professionnelle. À l'évidence, cette tâche sera d'autant plus aisée que les matériels pédagogiques
utilisés seront simples, attrayants et adaptés aux besoins de ces catégories de personnel. Là aussi, la
Communauté européenne pourra apporter une contribution utile en favorisant les échanges
d'expériences. Ainsi, en vue de leur adaptation éventuelle dans d'autres pays européens, les pratiques
existantes seront évaluées, notamment celles qui concernent:
— l'information régulière des médecins généralistes. En France, par exemple, celle-ci est assurée par
le biais d'un bulletin d'information, accessible depuis 1986 par vidéotexte. Ces informations sont
sélectionnées et mises en forme par un comité de cancérologues, avec l'aide de journalistes
médicaux,
— la formation continue des oncologistes à l'École européenne d'oncologie à Milan et à l'École
européenne d'hématologie à Paris.
Action 55: échanges d'expériences en matière de formation continue
Dès 1987, la Commission des Communautés européennes favorisera les échanges d'expériences dans
le secteur de la formation continue au cancer à travers, notamment, des aides à la traduction et à la
diffusion de matériaux pédagogiques adéquats.
En outre, avec l'essor de la révolution informatique, de nombreuses équipes dans la Communauté
européenne travaillent à la mise au point de «systèmes experts». En plein développement aujourd'hui,
ces programmes informatiques d'aide à la décision sont élaborés conjointement par des spécialistes
d'une discipline, l'oncologie dans le présent, et d'un groupe d'informaticiens de haut niveau. Le but
visé est de transférer les connaissances actuelles en oncologie dans un programme avec lequel
l'utilisateur pourra dialoguer, soit pour parfaire sa formation, soit pour mieux choisir le diagnostic ou
le traitement appropriés.
Proposition d'action 56: réalisation en commun de logiciels pour les systèmes experts médicaux sur le
cancer
Dans le cadre de ses programmes de recherche, notamment le programme de biotechnologie
(1986-1989), la Communauté européenne pourra cofinancer certains projets de mise au point en
commun de systèmes experts appliqués au domaine de l'oncologie.
CHAPITRE 4
RECHERCHE SUR LE CANCER
Le malade atteint d'un cancer commence maintenant à avoir conscience de ne pas être irrémédia-
blement condamné. Il sait que ses chances de survie prolongée sont sérieuses et augmentent
régulièrement au fil des années et il attribue à juste titre cette évolution aux avancées de la recherche
biologique et médicale. Grâce à ces différents progrès, il est aujourd'hui possible de tirer d'affaire près
de la moitié des malades, contre un quart à peine il y a trente ans. Il s'agit là, bien évidemment, de
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/45
chiffres globaux car le pronostic de l'évolution d'un cancer est très variable: extrêmement sombre pour
certaines tumeurs comme celles du pancréas, il est en revanche des plus favorables pour d'autres
cancers comme ceux de la peau.
En outre, la plupart des experts considèrent que, d'ici à l'an 2000, on pourrait encore réduire de 15 %
la mortalité par cancer en Europe, pour peu que soit mise en œuvre la politique de prévention qui a été
ci-dessus préconisée. Cela situe bien l'intérêt, mais aussi les limites, de ces mesures qui doivent aussi
être complétées par une relance vigoureuse de la recherche.
Or, les réalisations pratiques de l'Europe en matière de cancer ne sont pas à la hauteur des conceptions
qui sont issues de ses laboratoires. Il est quant même paradoxal que la majorité des substances
anticancéreuses qui sont aujourd'hui produites par recours aux biotechnologies le soient par des
laboratoires américains, alors que l'un de ces procédés révolutionnaires de fabrication, la fusion
cellulaire, a été découvert en France par Georges Barski, et appliqué aux anticorps monoclonaux en
Angleterre par Kohler et Milstein, qui se sont vu décerner le prix Nobel en 1984. Peut-être avons-nous
une première explication de cette disparité par la comparaison des moyens financiers mis en œuvre de
part et d'autre de l'Atlantique.
Certes, le bilan des efforts financiers consentis par l'Europe pour la recherche sur le cancer n'est pas
facile à établir, car il faut tenir compte des programmes nationaux et communautaires, et il faut aussi
faire la part des activités de recherche non directement liées au cancer, mais qui contribuent
indirectement à la solution du problème.
Toutefois, une estimation approximative de l'échelle respective des moyens consacrés nous est donnée
par la comparaison du financement de l'ensemble de la recherche médicale: 5 milliards de dollars des
États-Unis par an pour le National Institute of Health aux États-Unis contre 1,5 milliard par an
environ dans l'Europe à Douze. De surcroît, la recherche sur le cancer faisant l'objet d'un grand
programme national américain depuis 1971, on peut en conclure que la différence dans ce domaine
particulier est encore plus grande que ne l'indiquent les chiffres globaux.
La recherche sur le cancer trouvera, au cours des trois prochaines années, un support financier
européen dans le cadre suivant:
— la proposition de quatrième programme de coordination de la recherche médicale (1987-1989)
transmise au Conseil fin 1986 et qui, selon les propositions de la Commission des Communautés
européennes, devrait être doté de 37 millions d'Écus dont 11 millions pour la recherche sur le
cancer,
— le quatrième programme de recherche médicale dans les industries de la Communauté européenne
du charbon et de l'acier (CECA) (1982-1987) doté de 9 millions d'Écus dont environ 1 million
pour le cancer, et la proposition de cinquième programme (1988-1991) qui sera transmise en 1987
au Conseil. Elle pourrait porter sur une douzaine de millions d'Écus dont 3 millions environ pour
le cancer selon les hypothèses actuellement envisagées par la Commission des Communautés
européennes,
— la proposition de premier programme de recherche en médecine prédictive (1987-1989), qui sera
transmise au début de 1987 au Conseil,
— le programme de recherche en radioprotection (1985-1989) qui est doté de 58 millions d'Écus sur
l'ensemble de la période, dont 5 millions d'Écus environ pourraient être consacrés à la recherche
sur le cancer en 1987-1989,
— le programme de recherche en biotechnologie (1986-1989) qui est doté de 55 millions d'Écus dont
4 millions environ sont en rapport avec la recherche sur le cancer (période 1987-1989),
— le programme de recherches sur l'environnement (1982-1990) qui est doté de 55 millions d'Écus
dont 1 million d'Écus environ concernent le cancer.
En réalité, le total des sommes engagées dans ces recherches est nettement supérieur; dans le cas de
cofinancement, le montant total engagé correspond au moins au double; dans le cas de coordination,
cela peut aller jusqu'à 30 fois plus. Au total les programmes communautaires de recherche sur le
cancer coordonneront des travaux portant sur plus de 300 millions d'Écus de 1987 à 1989.
Si le financement était la seule raison du retard européen, le remède serait facile à définir, sinon à
appliquer. Mais ce retard tient surtout à des raisons structurelles, et en particulier à la fragmentation
N° C 50/46 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
des programmes nationaux et aux duplications intempestives qui en résultent, à une époque où les
ressources tant humaines que financières sont limitées. La mise en commun de ces ressources, à travers
des coopérations européennes, constitue à l'évidence une réponse aussi nécessaire qu'appropriée.
Il s'agit, d'une part, d'assurer les transferts de technologies entre laboratoires de pays différents, pour
donner la première impulsion à des collaborations internationales durables, et, d'autre part, d'intégrer
les meilleurs laboratoires européens en un réseau de recherche sur le cancer. L'objectif est ainsi de créer
une sorte d'institut sans murs, devant conduire à un véritable espace européen de la recherche sur le
cancer. C'est pourquoi une des mesures les plus urgentes est d'accroître la mobilité des chercheurs sur
le cancer en Europe.
Proposition d'action 57: octroi de bourses européennes pour favoriser la mobilité des chercheurs
sur le. cancer
Dans le cadre de sa proposition de programme de recherche médicale (1987-1989) qu'elle a transmise
à la fin de 1986 au Conseil, la Commission des Communautés européennes préconise que, chaque
année, des bourses d'un montant annuel moyen de 20 000 Écus soient attribuées à cinquante
chercheurs pour leur formation à la recherche sur le cancer dans un laboratoire d'un autre pays de la
Communauté européenne.
En facilitant ainsi la circulation des hommes et des idées entre les laboratoires européens, la
Communauté européenne facilitera les transferts d'informations scientifiques et de technologie aux
niveaux universitaire et industriel. En même temps elle créera un état d'esprit européen qui
contribuera à faire de l'Europe plus qu'une entité économique, et elle freinera ainsi la «fuite des
cerveaux» vers les États-Unis. Enfin des liens se tisseront entre laboratoires européens, entre recherche
fondamentale et recherche clinique, conditions nécessaires pour la création d'un réseau de
collaborations ultérieures durables et efficaces dans tous les domaines de la recherche sur le
cancer.
I. RECHERCHES POUR AMÉLIORER LA PRÉVENTION, LE DÉPISTAGE ET LA DÉTECTION DES
CANCERS
A. Amélioration des systèmes d'information sur la fréquence et la nature des cancers
Il ne peut y avoir de bonne recherche sur le cancer sans système d'information adapté. Le programme
de prévention aux États-Unis a été à l'origine basé sur le Connecticut Cancer Registry qui a entrepris la
collecte d'informations sur le cancer dès 1935. Le premier registre en Europe a été établi au Danemark
en 1942, et il a permis à ce pays d'avoir une connaissance exceptionnelle de l'évolution des cancers
depuis la seconde guerre mondiale.
Aujourd'hui, dans la Communauté européenne, les registres de cancer se situent à plusieurs niveaux.
Certains concernent une ville, d'autres couvrent une région, d'autres enfin collectent des données à
l'échelle d'un pays. Cette grande diversité rend difficile la comparaison de ces données et leur
exploitation, et il n'existe pas de registre à l'échelle nationale dans la plupart des pays européens. Ainsi,
en France, les registres du cancer n'existent que dans quatre départements (Doubs, Calvados, Isère et
Bas-Rhin) sur la centaine que compte ce pays.
Or, une épidémiologie à l'échelle européenne suppose un enregistrement harmonisé de tous les cas de
cancer dans la Communauté.
Il est donc nécessaire d'établir une base réglementaire permettant aux chercheurs des États membres de
mener des études épidémiologiques grâce à l'enregistrement des cancers. Il conviendrait aussi
d'atténuer les restrictions législatives à cet enregistrement pour ne pas entraver la recherche
épidémiologique. Ainsi, dans certains pays européens, des travaux sur les cancers professionnels ont
du être interrompus à cause des règles de confidentialité en vigueur qui interdisent toute étude
prospective dans ce domaine. Ces règles devraient être adaptées tout en conservant le caractère
strictement confidentiel des informations médicales.
Action 58: bilan comparé des registres des cancers existants et recommandations sur leur contenu
minimal souhaitable et leurs conditions d'accès
La Commission des Communautés européennes a déjà envoyé en 1986 à chaque registre du cancer
dans les États membres un questionnaire en vue de procéder à une analyse comparative. Les résultats
^ . ^ . 8 7 journal officiel des Communautés européennes ^ C ^ 0 ^ 7
seront analysés en t987 pour déterminer l'étendue des données collectées et pour permettre
l'amélioration deleurcomparabihtéet de leur fiabilité.En outre,uneétudedefaisabihtéseralancéeen
1987en vue de créer un reseau européen des registres du cancer afin d'établi une base de données
européennes sur l'incidence des cancers.
Enfin,eni988seraorgamsée une conférence sur l'amehorationdu système d'enregistrementdes
données sur le cancer,en collaboration avec le Centre international de recherche sur le cancer^CU^C^
et l'Association internationale pour les registres de cancer.Ee cas échéant,des propositions visantà
harmoniser les données collectées pourraient être établies.
Ees mesures de prévention doivent s'appuyer sur la Techei^cheepidemiologique, c'est-à-dire sur les
circonstances d'apparition de la maladie en fonction des caractéristiques de l'individu et de son milieu.
Ees informations que l'on en retire permettent de détecter des causes possibles, de suivre les tendances
de l'évolution pathologique, et de préparer et d'évaluer l'effet des interventions.
C^ ne coopération européenne présenterait l'avantage d'un accèsaune population plus nombreuse,ce
qui renforcerait la validité des conclusions, surtout pour les tumeurs dont la fréquence est rare. Elle
permettrait aussi des comparaisons entre des groupes d'habitants dont le niveau de vie estvoism,mais
dont les habitudes sociales et alimentaires varient asse^ considérablement du nord au sud de
l'Europe.
C'est le domaine où les données épidémiologiques sont les plus incertaines, comme l'illustre
l'ouverture de la fourchette des estimations de lôoll et l^eto,selon I e s q u e l s t 0 a 7 0 ^ d e s décès par
cancers seraient hésàl'alimentation.
En t987devrait être achevée une synthèse effectuée en collaboration avec le Centre international de
recherchessurlecancer^CU^C^,pourfairelepomtsurlesconnaissancesépidémiologiquesactuellesen
vue d'identifier des priorités de recherche et de comparer et harmoniser les méthodes.
Cette phase d'orientation devrait permettre de faire porter les efforts sur des aspects particuliers des
relationsentre alimentation et cancer.C^n certain nombrede thèmes prioritaires ont dé^aeté identifiés,
en particulier le rôle de l'alimentation dans la gastrite atrophique^phase préliminaire du développer
ment de cancers de l'estomac^et le rôle de la consommation de fibres alimentaires et d'autres facteurs
en rapport avec le cancer du colon. Cme grande attention sera également portée au^ facteurs
alimentaires moins étudiés msqu'apresent,mais pour lesquels des présomptions e^istentàun degré
variable,comme celaaété expose dans la partie préventions gi^aisses^surtoutche^ la femme dans la
phase postménopausale^, vitamines, éléments minéraux, mtntes, etc.
^ r o ^ o ^ ^ o ^ ^ ^ o ^ ^ ^ ^ ^ ^ r ^ ^ ^ ^ r ^ ^ r ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ o ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ r ^ ^ ^ ^
Uepuis le début des années^Olecancer du poumon des travailleurs des mines de fer et certains cancers
des sidérurgistes ont attiré l'attention des chercheurs, malgré la diminution de ces activités dans la
dernière décennie,il reste environ^milhons de travailleurs exposés dans les industries du charbon et
de l'acier.Ee quatrième programme de la CECA098^.t987^arenforcé les travaux sur le cancer du
poumon des soudeurs, et sur les cancers des travailleurs des houillères et des coteries. Ee cinquième
programme de l a C E C A O ^ ^ l ^ l ^ ^ ^ ^ ^ ^ r c e s r e c h e r c h e s cofinancées s u r l e c a n c e r d u
poumon, par des travaux sur l'identification des agents cancérigènes en cause.
Ue son côte, le programme ^environnements ^t98^t990^ de laCommissiondes Communautés
européennescofmancedes travaux sur l'effet cance^igènedel'amianteetd'autres matériaux comme les
fibres de verre.
Enfin, pour la première fois depuis son lancement en t978, le programme de recherche médicale
prévoit l'évaluation des méthodes épidémiologiques sur les risques professionnels liés au cancer, en
partant de l'étude critique des résultats publies dans d'autres pays. En particulier, il convient de tirer
N° C 50/48 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
les enseignements méthodologiques des recherches effectuées au Canada sur quinze sites industriels, et
sur l'exposition à 200 substances chimiques.
Action 61: poursuite du cofinancement par la Communauté européenne de recherches sur la
prévention des cancers radio-induits
Dans le cadre du programme de radioprotection (1985-1989) s'achèveront des enquêtes épidémio-
logiques rétrospectives sur les personnes auxquelles on avait administré, il y a quelques années, des
radioéléments émetteurs de particules alpha. Ainsi le thorotrast, à base d'oxyde de thorium, a été
utilisé entre 1929 et 1950 comme agent de contraste radiographique pour les vaisseaux sanguins, et est
responsable de tumeurs du foie. Une recherche analogue est aussi en cours sur le radium 224, utilisé
jadis dans le traitement de certaines inflammations des vertèbres (spondylites), et qui est la cause de
cancers osseux.
Mais c'est surtout la question de l'effet des faibles doses d'irradiation qui est au centre des réflexions
actuelles, qu'il s'agisse de l'usage des radioéléments dans un but médical, de la radioactivité naturelle
de l'environnement, ou de la pollution radioactive accidentelle.
L'exposition à la radioactivité naturelle entre dans ce cadre: le radon, gaz rare radioactif résultant de la
désintégration du radium, peut parfois se trouver en quantité anormalement élevée dans certains
locaux, du fait de la géologie (roches granitiques) et du type de constuction (locaux étanches). La
possibilité qu'il joue une rôle dans l'apparition de tumeurs pulmonaires devrait faire l'objet d'une étude
de faisabilité.
L'accident récent de Tchernobyl a relancé l'intérêt pour les études épidémiologiques dans ce domaine.
Toutefois il ne faut pas trop espérer répondre au problème de l'action des faibles doses par la seule
recherche épidémiologique. En effet, sur la base de calculs théoriques sur la cancérogenèse par
irradiation, on peut, en extrapolant à partir des données sur les irradiations fortes, faire l'hypothèse
que l'Europe à Douze pourrait enregistrer en vingt ans 1 000 à 3 000 cas supplémentaires de cancer
dus à cet accident. À première vue cela paraît appréciable. Mais si on réalise que, pendant la même
période, cette population de 370 millions d'habitants va être affectée par plus de 70 millions de cas de
cancer, on se rend compte de la vraie proportion du phénomène. Cet exemple montre bien la difficulté
de l'évaluation de l'effet des faibles doses de rayonnements ionisants.
Action 62: poursuite du cofinancement par la Communauté européenne de recherches sur les facteurs
cancérigènes de l'environnement
De 1987 à 1989, dans le cadre du programme de recherches sur l'environnement (1982-1990) seront
conduits des travaux qui ont pour but de déceler rapidement les substances cancérigènes parmi les
innombrables polluants de l'environnement. Les travaux financés portent sur l'amélioration de la
détection sur cultures microbiennes, du pouvoir mutagène des substances suspectes et sur la mise au
point de tests de détérioration chromosomique. Tous ces phénomènes sont en effet potentiellement
cancérigènes.
Proposition d'action 63: démarrage d'une coordination européenne de la recherche médicale sur le
thème «cancer et reproduction»
Depuis 1978, l'enregistrement européen des maladies congénitales chez les nouveaux-nés permet
d'effectuer des statistiques et des enquêtes sur les anomalies à la naissance. Pendant la période
1987-1989 on tentera d'établir une relation avec l'apparition ultérieure de cancers chez les enfants
atteints de ces maladies congénitales. La confirmation d'une association entre tumeurs et anomalies
congénitales permettrait d'identifier certains facteurs cancérigènes et leur mécanisme d'action.
Une autre direction de recherche est la surveillance biologique de certaines populations exposées aux
effets mutagènes de facteurs de l'environnement, dans le but de rechercher si on peut détecter une
variation significative dans la fréquence des affections d'origine génétique dont il est possible de faire le
diagnostic au cours des premiers mois de la vie.
Proposition d'action 64: démarrage d'une coordination européenne de la recherche médicale sur le
tabagisme passif
Dès 1987 seront rassemblés les travaux effectués dans ce domaine en vue d'orienter une action
ultérieure. On essaiera de préciser comment évaluer quantitativement le tabagisme passif dont la
mesure objective est difficile. La collaboration du Centre international de recherche sur le cancer
(CIRC) sera sollicitée.
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/49
C. Recherches pour améliorer le dépistage et le diagnostic
Deux domaines de recherche auront une influence particulière sur l'avenir du dépistage du cancer:
l'analyse automatisée des tissus et les perfectionnements de l'imagerie médicinale.
Proposition d'action 65: poursuite de la coordination européenne de la recherche médicale sur
l'analyse automatisée des tissus
Une politique cohérente de détection précoce suppose un nombre énorme d'analyses biologiques
diverses: lecture de frottis, recherche de virus, de protéines caractéristiques, examens histologiques ou
analyse chromosomique pour le diagnostic des tumeurs.
L'infrastructure existante des laboratoires d'analyse ne permettra pas de faire face à l'accroissement
prévisible de la demande. Ainsi, au Royaume-Uni on réalise annuellement 3 millions de frottis
vaginaux pour détecter le cancer du col de l'utérus. Or cela n'est pas suffisant, car un examen
systématique tous les trois ans de la population à risque implique au moins un doublement de cette
cadence. La situation est similaire dans les autres pays européens, où l'on estime que globalement
35 % des femmes concernées demandent à être suivies. Si toutes les femmes exposées au risque
voulaient bénéficier de la prévention, le système s'effondrerait du lui-même.
Observer une préparation au microscope demande en effet un temps de travail important à un
spécialiste qualifié. Aussi l'idée d'y adjoindre un système d'exploration automatique de la préparation,
une caméra vidéo et un système informatique d'analyse de l'image observée a-t-elle fait son chemin,
aussi bien pour l'examen des chromosomes que pour l'étude plus globale des cellules.
L'analyse automatisée des chromosomes (par exemple la recherche de translocations) est capitale non
seulement pour la plupart des leucémies (diagnostic, pronostic, traitement), mais aussi pour nombre
de tumeurs solides. Les coupes de tissus observées au microscope ne montrent qu'un petit nombre de
cellules en division, ce qui rend l'étude manuelle fastidieuse.
Quant à la cytologie (examen des cellules) automatisée elle est en plein développement, surtout pour la
détection des cancers du col de l'utérus au stade préclinique chez des sujets à risque. Trois prototypes
de machines à diagnostic spécialisées sont en cours de commercialisation en Europe (aux Pays-Bas, en
Allemagne et au Royaume-Uni) et vont être rapidement disponibles. Ces appareils sont un excellent
outil de screening, mais il détectent plus de cas suspects que de vrais positifs. Il faut donc tester,
comparer et valider leurs résultats, et mettre au point des systèmes analogues pour d'autres types de
cancers; une autre machine à diagnostic, à caractère plus polyvalent, est à l'étude en France.
Proposition d'action 66: poursuite de la coordination européenne de la recherche sur l'imagerie
médicale
Depuis la découverte des rayons X par Wilhelm Roentgen en 1895, la radiographie classique a fait
d'énormes progrès grâce à l'informatique. À partir d'une série d'examens effectués sous des angles
différents, l'analyse des images par ordinateur permet de reconstituer une image en trois dimensions de
l'objet radiographié: c'est la technique du scanner (ou tomodensitométrie), développée pour la
première fois en 1975 par l'ingénieur britannique G. N. Hounsfield (prix Nobel). On peut ainsi
reconstituer par le calcul des coupes en série de l'organisme examiné (tomographie), dans n'importe
quel plan défini par l'opérateur, et avoir une définition extrêmement précise de la forme et de la
localisation d'une tumeur.
Cette reconstitution d'image en plusieurs dimensions peut être réalisée à partir d'informations de
nature variée comme les propriétés magnétiques de la matière (résonance magnétique nucléaire —
RMN), la radioactivité d'éléments à courte période (tomographie d'émission de positrons — PET), ou
la tomoscintigraphie avec des éléments émetteurs de photons (Single Photon Emission Tomography
= SPET).
Dans la résonance magnétique nucléaire (RMN), l'organisme vivant est soumis à un champ
magnétique, qui influence notamment les noyaux des atomes d'hydrogène, en les écartant de leur
position initiale. Chaque noyau émet en revenant à sa place un faible signal électromagnétique dont
l'analyse globale permet de reconstituer la distribution dans l'espace des atomes d'hydrogène, donc de
la forme des tissus. De plus, selon la structure de la molécule dans laquelle l'atome d'hydrogège est
N° C 50/50 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
engagé, le signal émis est différent et donne une information sur la composition chimique du tissu. Il
est ainsi possible de différencier la matière grise du cerveau de la matière blanche. Le signal émis
dépend aussi des forces intermoléculaires et de la vitesse de déplacement de la molécule, ce qui permet
la mesure de la température (agitation thermique des molécules) et la mesure d'un flux (flux sanguin
dans les vaisseaux, par exemple).
Par rapport au scanner à rayons X, la RMN permet une bien meilleure différenciation des tissus, et
notamment de séparer nettement le tissu tumoral des autres tissus mous environnants (réaction
inflammatoire). La résolution en dimension est également supérieure, et les tumeurs décelables, au lieu
d'être de l'ordre du centimètre avec la radiographie, sont de l'ordre du millimètre.
Les appareils de RMN existants sont fabriqués en peu d'exemplaires et ont souvent le caractère de
prototypes; ce matériel va encore évoluer considérablement dans les années qui viennent, il faut donc
tester et comparer les systèmes existants et accroître leur résolution. C'est l'objectif que s'est fixé la
Communauté européenne pour la période 1987-1989.
La tomographie d'émission de positrons (PET) repose sur un autre principe: on injecte à un organisme
vivant des isotopes à courte vie (par exemple oxygène 15, azote 13 ou carbone 11) émetteurs
d'électrons positifs, et on repère par un scanner leur répartition, ce qui permet d'obtenir des images
d'une qualité exceptionnelle. Là aussi le matériel utilisé est très divers, et la concertation entre les
utilisateurs permettra de comparer les qualités des appareillages en cours de développement.
II. RECHERCHES SUR LA THÉRAPEUTIQUE DES CANCERS
Pour le grand public, c'est le point essentiel de la recherche. Tout en reconnaissant l'importance
majeure de cet aspect, qui tient à son caractère d'urgence, il ne faudrait pas oublier que, à court terme,
la prévention et, pour le futur, la compréhension des mécanismes de la cancérogenèse auront encore
plus de poids pour la santé publique.
A. Thérapeutiques classiques
Grâce aux progrès des techniques d'imagerie médicale, la méthode la plus ancienne de traitement des
cancers qu'est la chirurgie, elle fut utilisée dès le XVIIe siècle, peut désormais être employée bien plus
tôt dans l'évolution d'une tumeur, et surtout de façon bien plus précise. Ainsi, des ablations ou des
amputations considérées comme inévitables, il y a quelques années à peine, peuvent désormais être
évitées et remplacées par une microchirurgie qui respecte beaucoup mieux l'organisme.
La radiothérapie s'est développée très rapidement au début du XXe siècle après la découverte par
Roentgen des rayons X en 1895 et de la radioactivité par Becquerel en 1896. Dès 1900 plusieurs
hôpitaux utilisaient l'irradiation en thérapeutique. Le matériel utilisé a énormément évolué,
notamment en ce qui concerne la précision de l'emploi et la sécurité, tant pour le patient que pour
l'opérateur.
Quant à la chimiothérapie, elle est née après la seconde guerre mondiale avec les ypérites à l'azote, un
dérivé des gaz de combat qui montra une certaine efficacité dans des cas de leucémies. Une longue série
de produits ayant des spécificités diverses a depuis lors été développée: methotraxate (1948),
actionycine D, etc., pour finir avec les derniers-nés, les dérivés du platine (1976) et l'ellipticine
(1982).
Enfin, depuis le début des années 70, de gros progrès ont été faits par la combinaison de plusieurs
chimiothérapies et par l'association judicieuse des trois principales techniques: chirurgie, radio-
thérapie et chimiothérapie.
Proposition d'action 67: renforcement de la coordination européenne de la recherche médicale en
matière de contrôle des essais thérapeutiques multicentres
Pour tester la valeur d'un traitement présumé anticancéreux, il est important de disposer d'une
méthodologie éprouvée qui permette de parvenir à des résultats dépourvus d'ambiguïté. À cet égard,
les différents protocoles thérapeutiques qui établissent l'ordre dans lequel les techniques sont utilisées,
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/51
et l'importance des doses choisies, jouent un rôle déterminant. Ces choix sont effectués par une équipe
pluridisciplinaire composée d'un chirurgien, d'un radiologue et d'un chimiothérapeute. À l'évidence, il
convient d'enregistrer soigneusement ces protocoles, surtout lorsqu'ils sont nouveaux, afin de mieux
évaluer leur efficacité. Un tel contrôle des essais thérapeutiques sera d'autant plus utile qu'il porte sur
un échantillonnage de malades aussi vaste que possible, et selon des modes d'enregistrement
harmonisés. La dimension européenne est à cet égard essentielle.
Créée en 1962, l'European Organisation for Research and Treatment of Cancer (EORTC) est un
organisme sans but lucratif, qui joue un rôle déterminant dans la coordination et l'exploitation de la
recherche européenne sur les essais thérapeutiques. À la fin de 1985, elle disposait déjà d'une banque
de données regroupant les protocoles de soins administrés à 30 000 malades répartis entre les
différents centres anticancers et hôpitaux qui appartiennent à ce réseau de l'EORTC; chaque année
5 000 cas nouveaux sont enregistrés et 5 à 10 000 cas antérieurs continuent à être suivis.
Il était donc logique de s'appuyer sur l'expérience incontestée de l'EORTC dans le domaine des bases
expérimentales et cliniques du traitement du cancer.
Le soutien de la Communauté européenne porte sur trois thèmes:
— réseau informatisé: mise en place et maintenance du réseau informatique «Eurocode», qui
permettra par son faible coût de faciliter l'accès à des données cliniques précieuses pour les
oncologistes, et qui devrait créer chez eux un nouvel esprit de communication,
— contrôle de qualité: vérification de la fiabilité du transfert des données depuis le dossier clinique
jusqu'à l'ordinateur, ainsi que de la bonne application des protocoles thérapeutiques,
— coordination: amélioration de la coordination entre l'EORTC et les différents groupes nationaux
actifs en matière de recherches cliniques, afin d'envisager des actions conjointes.
B. Thérapeutiques nouvelles issues de la biologie moléculaire et des biotechnologies
Par ailleurs, grâce à la révolution biotechnologique, qui s'est pour l'essentiel amorcée aux États-Unis
au début des années 70, une nouvelle classe de médicaments anticancéreux a fait son apparition depuis
quelques années, les modificateurs du comportement biologique, parmi lesquels on peut mentionner
Pinterleukine 2 qui a donné des résultats très encourageants sur plusieurs types de cancer, l'interféron
alpha, qui est capable de guérir (à près de 90%) un type particulier de leucémie (leucémie à
tricholeucytes), jusque là très difficile à combattre; l'interféron gamma, qui semble actif sur certaines
tumeurs solides, ainsi qu'une autre molécule, le facteur de nécrose des tumeurs. Toutes ces molécules,
et bien d'autres encore (lymphotoxine, nécrosine, etc.), sont très activement étudiées, et on peut
s'attendre à des développements importants en peu d'années.
D'autres substances appartiennent au groupe des facteurs de différenciation qui semblent permettre la
maturation des cellules cancéreuses, ce qui a pour résultat de les faire revenir à l'état initial.
Enfin, les anticorps monoclonaux, qui ont une très grande spécificité pour l'antigène qu'ils
reconnaissent, peuvent être marqués par un radioélément, pour localiser précocement un cancer au
moyen d'un scanner. Ils peuvent aussi être utilisés pour modifier le développement de certains cancers
(anticorps antifacteurs de croissance et anticorps antirécepteurs de ces facteurs de croissance). Enfin
ils peuvent être couplés avec une substance à forte toxicité cellulaire capables de détruire les cellules
cancéreuses sans endommager les cellules normales: c'est le «ciblage» des médicaments.
À ce jour, malheureusement, ce n'est pas en Europe, mais aux États-Unis que s'observe l'essentiel des
développements industriels dans ce domaine des nouveaux médicaments biotechnologiques anti-
cancer. La recherche médicale et biotechnologique en Europe doit donc relever ce défi qui n'est pas
seulement médical mais aussi économique.
Action 68: cofinancement d'un réseau européen de banques de données sur les cultures de cellules
produisant des anticorps monoclonaux
Le programme de biotechnologie de la Communauté européenne a entrepris de favoriser la
structuration d'un réseau de collections d'hybridomes (pour la synthèse des anticorps monoclonaux).
Depuis mars 1986 le Centre européen de recherches documentaires sur les immunoclones (CERDIC) a
été installé à Nice et il constitue le nœud européen de l'organisation internationale Hybridoma Data
Bank (HDB).
N° C 50/52 Journal officiel des Communautés européennes 26. 2. 87
En effet, un laboratoire européen éprouve souvent des difficultés à se procurer le matériel vivant dont
il a besoin pour ses expériences et en particulier les lignées cellulaires productrices d'anticorps
monoclonaux qui pourraient être utilisées pour le ciblage des médicaments anticancéreux. Ce matériel
est disponible dans des collections de notoriété variable, qu'il est nécessaire d'organiser en un réseau
informatisé.
Action 69: cofinancement par la Communauté européenne de recherches sur l'ingénierie génétique et
sur l'ingénierie des protéines pour la production de médicaments anticancer
De telles actions sont menées dans le cadre du programme de biotechnologie (1986-1989). Le clonage
consiste à introduire dans une cellule en culture le code génétique d'une protéine intéressante, de façon
à la produire en grande quantité, à bas prix et sans danger. On sait déjà produire certains interférons,
plusieurs interleukines, le facteur de nécrose des tumeurs (TNF), ou une substance d'origine
embryonnaire (Mullerian inhihiting substance) qui serait capable d'arrêter le développement des
cancers ovariens.
L'expression d'une protéine clonée peut théoriquement se faire à très bas prix, dans une cellule
microbienne telle que le colibacille (Escherichia coli). En pratique, de nombreuses difficultés
surgissent parce que les cellules microbiennes ne sont pas capables d'assurer, après la transcription de
la protéine, certaines modifications indispensables à son activité (glycosylation, par exemple).
Le but de cet aspect du programme de biotechnologie est de développer dans les laboratoires
européens le savoir-faire qui leur permettra de mettre au point rapidement la production par clonage
de n'importe quelle substance biologique. Le bénéfice pour la recherche sur le cancer est donc indirect,
mais bien réel.
Une fois la protéine clonée, il faut la fabriquer en grande quantité. Le problème se pose aussi pour les
anticorps monoclonaux. Le programme de biotechnologie finance donc également des travaux sur la
culture à grande échelle des cellules animales ou humaines.
Par ailleurs, les moyens conjugués de la physique (diffraction des rayons X), de la biochimie et de
l'informatique permettent maintenant d'établir la configuration spatiale de la structure d'une molécule
de protéine, visualisée sur un écran d'ordinateur. Ceci permet d'établir un-parallèle entre la structure
moléculaire et l'activité biologique d'une protéine. Plus encore, cela permettra de prévoir quelle
modification apportée à une molécule en accroîtrait l'activité biochimique et biologique. L'objectif
ambitieux du génie protéique est donc de synthétiser des molécules plus performantes que celles
existant dans la nature. L'application au cancer se fera notamment par l'étude des relations entre
l'activité des molécules anticancéreuses et leur structure spatiale.
Proposition d'action 70: cofinancement par la Communauté européenne de recherches sur le ciblage
de médicaments anti-cancéreux
Cette action sera menée dans le programme de médecine prédictive que la Commission des
Communautés européennes transmettra au Conseil en 1987.
La médecine prédictive a pour but de prévoir les facteurs de risques particuliers à un individu ou à une
population, facteurs liés à la constitution génétique ou à l'environnement. Elle se situe donc en amont
de la médecine préventive, dont elle prépare l'action. Ce programme concerne principalement la
recherche fondamentale, dont on traitera plus loin, mais inclut des aspects plus appliqués comme le
ciblage des médicaments.
Le principe du ciblage est simple: en couplant deux molécules, un anticorps monoclonal, qui est
capable de reconnaître une cellule cancéreuse et de se fixer sur elle, et une substance toxique pour les
cellules, on peut diriger spécifiquement une substance cytotoxique vers les cellules tumorales et les
détruire en épargnant les cellules normales.
La mise au point de ces associations constituerait une amélioration énorme de la chimiothérapie. Mais
si le principe est simple, la réalisation pratique se révèle difficile.
Action 71: cofinancement par la Communauté européenne de recherches sur la pharmacologie des
substances antitumorales
Le programme de biotechnologies (1986-1989) soutient plusieurs recherches de pharmacologie et
toxicologie in vitro, dont l'une dans le domaine du cancer; ces méthodes devraient conduire à une
accélération des procédures de recherche de substances à activité antitumorale, et à l'éclaircissement
des mécanismes d'actions des drogues efficaces déjà connues.
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/53
Le développement de méthodes de pharmacologie et de toxicologie in vitro vise trois objectifs. Le
premier, scientifique, est d'étudier l'activité des molécules d'une façon plus analytique, en isolant
l'effet des médicaments sur un mécanisme particulier, ce qui permet entre autres une approche plus
précise de la relation structure-activité des molécules. Le deuxième, économique, est de permettre de
faire rapidement et à peu de frais un premier criblage de l'activité des molécules nouvelles dont on
espère des propriétés pharmaceutiques intéressantes. Le troisième, humanitaire, est de réduire le
nombre d'animaux utilisés dans l'expérimentation pharmaceutique.
Mais la pharmacologie préclinique devrait aussi être développée in vivo. L'étude in vivo permet par
certaines techniques particulières, comme les xénogreffes, de se rapprocher des conditions du
traitement clinique. Les xénogreffes sont des greffes de tissus cancéreux humains sur des souris
appartenant à une souche dépourvue de défenses immunitaires («nude») et qui ne rejettent pas la
greffe. La tumeur d'origine humaine va donc se développer et se prêter à des tests in vivo proches des
conditions du traitement, à la fois par l'origine humaine des cellules et par le comportement
pharmacocinétique de la souris, qui n'est pas trop éloigné de celui de l'homme. La possibilité d'une
action européenne dans ce domaine devrait être envisagée à l'avenir.
Enfin il conviendrait que les laboratoires et entreprises pharmaceutiques spécialisés dans les
médicaments anticancer puissent bénéficier de procédures communes d'évaluation.
Proposition d'action 72: harmonisation des normes d'essai des médicaments anticancéreux
Le Conseil vient d'adopter des propositions de la Commission relatives aux médicaments de haute
technologie/biotechnologie, et les nouveaux médicaments anticancéreux pourront bénéficier d'une
procédure d'évaluation commune aux divers États membres, ce qui devrait accélérer leur utilisation
pratique. Outre cet effet d'accélération de la commercialisation, il est évident que l'industrie
pharmaceutique pourra beaucoup mieux rentabiliser un investissement dans le grand marché
européen, donc investir sur des maladies moins répandues. Il sera également plus facile de trouver les
experts nécessaires sur une base multinationale centralisée.
III. RECHERCHES FONDAMENTALES SUR LE CANCER
Jusqu'à une date récente, on ne connaissait pas chez l'homme de virus cancérigène, et cette lacune était
d'autant plus surprenante que ceux-ci étaient nombreux chez les animaux, par exemple les leucoses
(tumeurs ganglionnaires) des volailles, des bovins ou du chat, et reconnus depuis le début du siècle.
Dès 1908, les Danois Ellerman et Bang démontraient le caractère contagieux de la leucémie
érythroblastique des volailles, et en 1917 l'Allemand Rous apportait la première preuve de
l'intervention directe d'un virus filtrant dans un sarcome de la poule (le sarcome de Rous). Le fait se
heurta à tant d'incrédulité qu'il lui fallut attendre une cinquantaine d'années pour obtenir le prix
Nobel!
L'étude du génome de certains de ces virus cancérigènes (rétrovirus) a permis de découvrir des gènes
responsables de la cancerisation, les oncogènes viraux, qui sont capables de déclencher des tumeurs
après qu'ils se soient incorporés dans le génome des cellules de l'animal atteint.
Ces résultats ont entraîné un regain d'intérêt pour la recherche de virus oncogènes pour l'homme.
Différentes observations récentes mettent en cause la présence fréquente d'un virus dans des cas de
cancer. Ces virus seraient donc soit la cause directe, soit un facteur favorisant. On peut mentionner
comme exemple de ces relations plus ou moins étroites les rapports du cancer du col de l'utérus et des
organes génitaux externes avec le virus des papillomes humains, ceux de tumeurs des ganglions
lymphatiques (Lymphome de Burkitt) avec le virus d'Epstein-Barr, ceux du sarcome de Kaposi avec le
virus du SIDA, ceux des leucémies et lymphomes à cellules T avec les virus HTLV 1 et 2, enfin ceux du
cancer du foie avec le virus de l'hépatite B.
La découverte en 1976, par le chercheur français Dominique Stehelin (*) en collaboration avec une
équipe américaine, dans le génome des cellules animales et humaines normales de gènes qui ont une
séquence codante voisine des oncogènes des rétrovirus, a conduit à revoir complètement les
mécanismes de cancérogenèse. En 1982, un groupe de chercheurs américains, dirigé par l'Espagnol
M. Barbacid (2), démontrait que l'activation d'un oncogène humain (responsable d'un cancer de la
(') D. Stehelin, V. E. Varmus, J. M Bishop & P. K. Vogt, 1976, DNA related to the transforminggene(s) ofavian
sarcoma virus is présent in normal avian DNA, in Nature 260, p. 170-173.
(2) Reddy, E. P. Reynolds R. K., Santos E. ÔC Barbacid M., 1982, A point mutation responsable for the
acquisition of transforming properties by the T 24 human bladder cercinoma antigen, in Nature 300, p.
149-152.
^ C ^ ^ l tournai officiel des Communautés européennes ^ . ^ . ^
vessie^étaitdueàune mutation d'un acide amme d'un oncogène,et en 1^ ^^ 3 le même laboratoire
démontrait que le carcinome mammaire provoqué che^ le rat par un agent chimique résultait d'une
mutation spécifiqued'un oncogène qui se produittou^ours sur lemême acide aminé.P'exploration des
aspects génétiques du cancer qui vient de s'amorcer doit s'amplifieràl'avemr.
Cette action sera proposée par la Commission européenne dans le programme de médecine prédictive
O ^ ^ l ^ ^ qui sera transmise au début d e l ^ ^ a u Conseil. Pesoncogènes cellulaires ont des
fonctions normales importantes, dans la régulation de la division et de la différenciation cellulaires.
Une tumeur peut donc être dueades perturbations d'origine externe telles que l'apport d'un oncogène
viral, la mutation d'un oncogène de la cellule, une rupture chromosomique séparant un oncogène de
son svstème de régulation adjacent sur la chaîne d'APo^,ouàtoute autre perturbation du svstème de
contrôle d'un oncogène.
C^ n connaît actuellement plus de ^^oncogenes dont on sait repérer le code génétique dans certaines
tumeurs comme les leucémies ou les Ivmphomes et ceci revêt une certaine importance pratique car,
selon l'oncogène en cause, le pronostic peut être plus ou moins severe.
Actuellement, sur plus de ^0 000 gènes humains, on en a séquence environ ^ 0 dont ^0
pathologiques,ce qui donne une idée du travail qui resteafaire pour connaître l'ensemble du génome
humain.C^nad'ailleurs pu comparer l'enjeu etlesmovensnecessairesaunetelleentrepriseaceux de la
conquête de la lune.
Cetenormetravailpourraitpresqueêtrequahfiederoutiniersilesinnovationstechmques^séquençage
automatique^n'v tenaient un aussi grand rôle,car les méthodes manuelles actuellement disponibles
sont trop lentes pour une oeuvre de cette ampleur.
ée problème de la régulation de l'expression des oncogenesesttout aussi important que l'inventaire du
génome,et sans doute plus abordable ûe nombreux modèles peuvent être étudiés,àcommencer par
les plus simples des levures, par exemple, possèdent plusieurs oncogenes, identifiés par hvbndation
avec les gènes correspondants des mammifères^
One autre approche est la recherche de marqueurs génétiques qui présentent une corrélation avec
certains états pathologiques. Ainsi le svstème^dCA, qui valut au chercheur français ]eanUausset le
prix l^obelest^il en rapport avec le cancer de la gorge des pêcheurs de la région de Canton. C^ n peut
espérer que d'autres marqueurs, comme le polymorphisme des fragments de restriction, pourront
indiquer des liaisons génétiques plus intéressantes encore avec la pathologie cancéreuse.
Cette action figurera dans la proposition de programme de médecine p r é d i c t i v e ^ l ^ ^ t ^ ^ P
P'utilisation pratique des données obtenues sur le génome humain va nécessiter la mise aupomt
d'outils adéquats pour la reconnaissance de lapresence d'un gène particulier^les sondes d'acides
nucléiques.
One sonde est tout simplement la copie d'un gène que l'on peut marquer par un radioélément ou tout
autre svsteme.Cette sondeaune très forte affinité pour l'information génétiquecomplémentaire,etva
se fixeraelle de façon parfaitement spécifique,ce qui établit la présence ou l'absence d'un gène.
ûe tels systèmes sont de^a opérationnels pour certains gènes,mais il resteàétendre leur domaine,et
surtoutàles rendre d'un emploi plus commode,car actuellement ils restent reservésàdes laboratoires
spécialises, et ne peuvent pas être utilises couramment par des laboratoires cliniques. Ils permettent
par exemple le repérage rapide des oncogenes dans une cellule tumorale, et donc donneront des
indications précieuses sur le pronostic d'un cancer. Ils peuvent permettre aussi de détecter le génome
d'un virus dans une cellule, et donc de diagnostiquer par exemple la présence de virus papillomateux
dans les cellules du col de l'utérus lors des états précancéreux.
Ainsi la Communauté européenne va s'engager dans un effort de recherche multidisciplmaireàlong
terme qui implique entre autres lacooperationde médecins,de biologistes dans presque tous les
26. 2. 87 Journal officiel des Communautés européennes N° C 50/55
domaines des sciences fondamentales, et de spécialistes de l'électronique et du traitement des données.
C'est la première fois qu'une aussi vaste tentative d'intégration (multinationale, multidisciplinaire,
multisectorielle) est faite en vue d'une action commune.
Les spécialistes ne manqueront pas de faire remarquer, à juste titre, que tel ou tel aspect mériterait un
meilleur traitement. Nous avons aperçu au passage quelques-uns de ces aspects: la nutrition, la
pharmacologie préclinique, la virologie, entre autres. Ce programme de recherche sur le cancer ne
pourra donc pas remplir tous ses objectifs en quelques années et la continuité de l'effort s'imposera
au-delà de 1989.
CONCLUSION
Si toutes les propositions de ce plan d'action 1987-1989 étaient adoptées, le programme «L'Europe
contre le cancer» permettrait indiscutablement d'enregistrer des progrès dans la lutte contre le cancer.
À l'évidence, ces progrès ne pourront que s'amorcer au cours de cette première période triennale de
mise en œuvre du programme. La poursuite de l'action sera nécessaire au-delà de 1989 pour conforter
les résultats enregistrés et pour les renforcer. Au préalable, il conviendra bien sûr d'évaluer tout au
long de ces trois premières années les actions engagées et les résultats obtenus.
Action 75: Une évaluation régulière de ce plan d'action 1987-1989 sera effectuée, avec l'aide du
comité des cancérologues européens, et un bilan d'ensemble sera élaboré en 1989, en vue de sa
transmission au Conseil, au Parlement européen et au Comité économique et social.
L'ensemble des 75 actions ou propositions d'actions contenues dans ce plan d'action 1987-1989
précise la contribution de la Communauté européenne à la mise en œuvre du programme «L'Europe
contre le cancer».
En matière de prévention du cancer (actions ou propositions d'actions 1 à 33), le Conseil est invité à
prendre note des actions déjà engagées ou qui le seront dès 1987 et il est appelé à adopter dans les
meilleurs délais les propositions d'actions qui lui seront soumises au cours de la période 1987-1989.
Celles-ci s'inscrivent dans la droite ligne de la résolution adoptée le 23 juillet 1986 concernant un
programme des Communautés européennes axé sur la prévention (').
Dans le domaine de la recherche sur le cancer (actions ou propositions d'actions 57 à 74), le Conseil est
également invité à prendre note des actions déjà engagées ou qui le seront dès 1987 et il est appelé à
adopter dans les meilleurs délais les propositions d'actions qui lui ont déjà été soumises (proposition de
règlement concernant un quatrième programme de recherche en médecine et santé) (2) ou qui le seront
prochainement (proposition concernant un programme de recherche en médecine prédictive).
Le Conseil est enfin appelé à adopter dans les meilleurs délais la proposition ci-annexée de décision sur
les volets «information du public» et «formation des personnels de santé» du programme «L'Europe
contre le cancer».
(!) JO n° C 184 du 23. 7. 1986, p. 19.
(2) Doc. COM(86) 549 final du 29 octobre 1986.
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